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Violences policières : les réactions suite aux propos de Camélia Jordana

Publié le

par Astrid Van Laer

À gauche : © On n’est pas couchés
À droite : © GONZALO FUENTES / POOL / AFP

"Quand j'ai les cheveux frisés, je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France", expliquait ce week-end l'artiste.

"Je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France" : les propos de Camélia Jordana au sujet des violences policières sur France 2 samedi soir entraînent depuis des réactions en chaîne, notamment celle du ministre de l’Intérieur lui-même. 

Pour rappel, la chanteuse était invitée ce week-end dans l’émission présentée par Laurent Ruquier, "On n’est pas couchés". À cette occasion, la jeune femme y a déclaré, alors qu’elle débattait avec l’écrivain Philippe Besson des violences policières en France : "il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic et j’en fais partie". 

"Ils font ce qu’on leur demande et par ailleurs, ils sont extrêmement mal payés eux aussi pour faire ce qu’on leur demande, ils obéissent aux ordres" : Philippe Besson défendait pour sa part l’idée qu’on peut "contester les ordres d’un gouvernement", mais pas les forces de l’ordre elles-mêmes, qui les appliquent. Ce à quoi Camélia Jordana lui a répondu : "Je parle des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue et qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau. C’est un fait."

"Ils sont là fondamentalement pour nous protéger, assurer notre sécurité et je ne voudrais pas qu’on l’oublie", lui a-t-il alors rétorqué. Et la jeune femme d’arguer :

"Il y a des milliers de personnes qui ne se sentent pas en sécurité face à un flic. Et j’en fais partie. Aujourd’hui, j’ai les cheveux défrisés, quand j’ai les cheveux frisés, je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France. Vraiment."

"S’il y avait autre chose que des non-lieux en permanence, peut-être que les flics ne seraient pas détestés"

Pour Philippe Besson, les violences policières sont "l’arbre qui cache la forêt" et "95 % des flics [sic] font bien leur travail", l’actrice lui a répondu :

"Je l’entends, je ne remets pas ça en question. Je suis simplement en train de vous dire que peut-être que si certaines mesures étaient prises, plutôt que d’avoir des non-lieux en permanence à chaque fois qu’un homme ou une femme, généralement ce sont les hommes qui se font tuer, noir ou arabe ou simplement pas blanc… 

S’il y avait autre chose que des non-lieux en permanence, s’il y avait autre chose qu’une Assa Traoré qui se fait mettre en examen… Assa Traoré est mise en examen […]. Si on avait autre chose que ça comme image, peut-être que les flics ne seraient pas détestés en fait."

Une séquence qui a mobilisé de nombreux internautes. Sur Twitter aujourd’hui, les hashtags #MoiAussiJAiPeurDevantLaPolice et #JeNeSuisPasCameliaJordana étaient les deux plus utilisés sur le réseau social en France. Le premier ayant été utilisé, à l’heure nous écrivons ces lignes, à 48 300 reprises, et le second, 9 900 fois.

Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner avait lui aussi réagi durant le week-end, avant que l’actrice ne lui réponde :

"Je n’entends pas poursuivre ces propos"

Interrogé en marge d’un déplacement ce lundi, l’ancien porte-parole du gouvernement a déclaré : "Il n’est pas question de laisser salir l’honneur de la République quand elle est mise en cause par ce type d’allégation."

Pour le syndicat des forces de l’ordre Alliance Police Nationale, les propos de Camélia Jordana sont "scandaleux et inqualifiables" et constituent des "accusations inadmissibles". Il a annoncé qu’il comptait saisir le Procureur de la République et demandé au ministre de l’Intérieur de faire pareil.

Une requête à laquelle le ministre n’entend pas donner suite : "Je suis très attaché au débat public […] donc je n’entends pas poursuivre ces propos. Par contre la liberté du débat public ne permet pas de dire tout et n’importe quoi", a-t-il dit cet après-midi.

SOS Racisme, qui avait appelé le Premier ministre début mai à ouvrir un chantier de "lutte contre le racisme au sein de la police et de la gendarmerie", a pour sa part "apporté son soutien" à l’analyse faite par Camélia Jordana et détaillé dans un communiqué : 

"Nous regrettons que le ministre de l’Intérieur, en s’agrippant à l’emploi du terme 'massacrer', ait cru utile de condamner les propos de Camélia Jordana.

Cette attitude, qui a également été celle de plusieurs syndicats policiers, est symptomatique de l’impossibilité dans notre pays de traiter du sujet – malheureusement réel – du racisme au sein des forces de l’ordre."

Le président de l’ONG, Dominique Soppo, a ajouté : "les réactions aux propos de Camélia Jordana montrent – au mieux – la grande immaturité qui saisit notre pays dès lors que l’on parle du sujet qu’elle a évoqué". Et de conclure :

 "À celles et ceux qui ont condamné les propos de Camélia Jordana, il est utile de rappeler ce qu’est la décence républicaine : il est toujours préférable de dénoncer le racisme plutôt que de dénoncer celles et ceux qui le dénoncent."

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