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Violences des forces de l'ordre : la police des polices "sur-sollicitée" en 2019

Publié le

par Astrid Van Laer

© PATRICK KOVARIK / AFP

868 enquêtes portent sur des "violences volontaires", un chiffre qui a bondi de 41 % par rapport à 2018.

C’est en partie l’effet "gilets jaunes" : l’IGPN, la police des polices, a été chargée en 2019 d’un nombre inédit d’enquêtes judiciaires, dont plus de la moitié visent des accusations de "violences" des forces de l’ordre.

En effet, l’an dernier, l’Inspection générale de la police nationale s’est vue confier 1 460 enquêtes par la justice, un chiffre en hausse de 23,7 % par rapport à 2018, selon son rapport annuel publié en plein cœur d’une nouvelle polémique sur les violences policières.

Avec 310 dossiers en 2019, "le mouvement des gilets jaunes a entraîné une sur-sollicitation de l’Inspection générale de la police nationale",  précise le rapport. 

Sur les 1 460 enquêtes judiciaires confiées l’année dernière aux "bœufs-carottes", 868 portent sur des "violences volontaires", un chiffre qui a bondi de 41 % par rapport à 2018, avec 256 cas supplémentaires. 

Ces recours contestés à la force relèvent pour 38,8 % d’interventions ou d’interpellations dans le cadre de manifestations, pour 12,8 % de contrôles d’identité ou routiers et 14,1 % découlent d'"allégations de violences sur des personnes retenues".

"Ces saisines de l’autorité judiciaire ne constituent pas une présomption de faute des agents", met en garde Brigitte Jullien, la directrice de l’IGPN, une institution dont l’impartialité est régulièrement mise en cause.

"Cette approche erronée rend encore plus compliquée la compréhension in fine des décisions nombreuses de classement [sans suite, ndlr] qui sont prises par l’autorité judiciaire et, en aucun cas, par l’IGPN", précise le rapport.

Selon Brigitte Jullien, sur les 399 dossiers "gilets jaunes" attribués à l’IGPN depuis le début du mouvement en novembre 2018, 130 concernent des blessures graves et 274 ont été transmis à la justice. "Aujourd’hui, on a une douzaine de policiers qui sont susceptibles de faire l’objet de poursuites judiciaires", détaille-t-elle auprès de l’AFP.

Selon la police des polices, le niveau d’enquêtes qui lui ont été attribuées en 2019 tient à la récurrence des manifestations, à la hausse des violences contre les forces de l’ordre entraînant des "ripostes nombreuses et plus fermes" mais aussi au choix des autorités judiciaires, en particulier à Paris, de confier à l’IGPN les plaintes relatives à l’usage de la force, "quelle que soit la gravité des faits".

L’impartialité de l’IGPN mise en doute

Au cœur des polémiques sur le maintien de l’ordre, l’usage des lanceurs de balle de défense (LBD) et des grenades à main de désencerclement (GMD) accusées d’avoir blessé ou mutilé plusieurs manifestants, a chuté après avoir atteint des niveaux sans précédent en 2018, année marquée par de violentes manifestations de gilets jaunes, un mouvement lycéen et des débordements en marge de la Coupe du monde de football. 

Leur usage reste cependant à des niveaux importants : 10 785 tirs de LBD contre 18 976 en 2018, enregistrant ainsi une baisse de 43 %, et 3 244 grenades contre 5 420 l’année précédente, en baisse de 40 %.

"La médiatisation de certaines blessures et les réactions suscitées par l’utilisation de cette arme [le LBD, ndlr] ont vraisemblablement joué un rôle inhibiteur pour les forces de l’ordre", relève le rapport.

Des "gilets jaunes" éborgnés aux retentissantes affaires Steve Caniço à Nantes ou Cédric Chouviat à Paris, la thématique des violences policières, une terminologie récusée par l’exécutif, s’est de fait imposée dans le débat public. Et avec elle, la question du rôle et de l’impartialité de l’IGPN, mise notamment en doute par l’opposition de gauche ou le député ex-LREM, Aurélien Taché. De son côté la directrice de l’IGPN se défend ainsi :

"Toutes les institutions, les médecins et les avocats, ont des Ordres internes, ça ne remet pas en cause leur impartialité. Ce n’est pas parce qu’au détour d’affaires médiatiques, l’IGPN a rendu des conclusions qui ne vont pas dans le sens souhaité que nous sommes partiaux. Nous faisons notre travail en toute objectivité."

En janvier dernier, après la mort de Cédric Chouviat lors d’une interpellation, Emmanuel Macron avait demandé au ministère de l’Intérieur de faire, "dans les meilleurs délais, des propositions claires pour améliorer la déontologie, les éléments de contrôle" des forces de l’ordre.

Et les récentes manifestations en France contre les violences policières, dans le sillage de la mort de George Floyd aux États-Unis, ne font que renforcer la pression sur la place Beauvau. 

Konbini news avec AFP

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