© JACQUES DEMARTHON / AFP

Valéry Giscard d'Estaing fait l'objet d'une plainte pour agression sexuelle

Une journaliste allemande l'accuse de lui avoir mis la main aux fesses plusieurs fois.

Les faits remonteraient à décembre 2018. L'ancien président de la République, Valéry Giscard d'Estaing, reçoit une journaliste allemande, Ann-Kathrin Stracke, dans son bureau du boulevard Saint-Germain, à Paris.

Ils doivent enregistrer un entretien pour la chaîne allemande WDR, autour de l'ancien chancelier fédéral Helmut Schmidt, dont l'Allemagne est censée célébrer le 100e anniversaire de naissance, révèle Le Monde, mercredi 6 mai.

Publicité

Élu en 1974, Valéry Giscard d'Estaing était à l'Élysée lorsque Helmut Schmidt était au pouvoir. Au terme de l'entretien, Ann-Kathrin Stracke sollicite une photo souvenir avec l'ancien président et son équipe.

C'est l'assistante de VGE qui est derrière la caméra. Valéry Giscard d'Estaing aurait alors enserré la journaliste de son bras, avant de lui toucher la taille et de lui poser la main sur une fesse, raconte Le Monde qui a pu consulter la plainte déposée par la journaliste de 37 ans. Le quotidien français révèle l'affaire avec le journal allemand Süddeutsche Zeitung.

"Très surprise et désapprouvant ces atteintes qui m’ont mise extrêmement mal à l’aise, j’ai tenté de repousser la main de M. Giscard d’Estaing, sans toutefois y parvenir", aurait déclaré la jeune femme dans sa déposition. La première photo est ratée, il faut recommencer. C'est alors qu'il aurait répété les mêmes gestes : "J’ai eu l’impression qu’il insistait."

Publicité

L'ancien président aurait ensuite prétexté de lui montrer une galerie de photos pour à nouveau la toucher et se faire encore plus pressant. Elle raconte avoir essayé de se dégager "plusieurs fois et de toutes [ses] forces", obligeant son cameraman à intervenir. 

"Faites de beaux rêves"

Ce dernier aurait fait tomber l'abat-jour d'une lampe afin de créer une diversion, avant de tenter de placer une chaise entre sa collègue et l'ancien chef d'État français.

Puis viennent les au revoir, lors desquels VGE lui fait des "baisers appuyés", avant de lui glisser un petit mot dans l'oreille."Faites de beaux rêves", aurait-il susurré en allemand. "Eh bien, vous l’avez sacrément charmé", l'aurait enfin congratulé l'assistante de l'ancien chef d'État.

Publicité

De retour en Allemagne, Ann-Kathrin Stracke en parle à sa rédaction à Cologne. Un rapport d'une quinzaine de pages consignant son témoignage et celui de son cameraman est rédigé, au terme duquel un courrier est adressé par la WDR à VGE, qui en accuse réception. Puis plus rien, jusqu'à ce qu'Ann-Kathrin Stracke dépose finalement plainte.

Contactée par Le Monde, elle explique pourquoi elle a attendu si longtemps : "Dans un premier temps, je n’ai pas pensé porter plainte, d’autant que je n’avais aucune idée de la façon dont fonctionne la justice française." Entre temps, il y a eu le mouvement #MeToo, qui l'a convaincue de sortir du silence. Sa plainte a été adressée au parquet de Paris, le 10 mars.

Contacté par Le Monde et la Süddeutsche Zeitung, le directeur de cabinet de VGE assure que l'ancien président de 94 ans ne se souvient même pas de cette rencontre avec la journaliste. "Si ce qui lui est reproché était vrai, il en serait bien sûr navré, mais il ne se souvient de rien", ajoute-t-il avant de rappeler que l'ancien chef d'État n'a jamais été visé par ce genre d'accusations. 

Publicité

Par Clothilde Bru, publié le 07/05/2020