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Un travailleur français sur 5 présente des risques de troubles mentaux

22 % des travailleurs français sont en situation de "détresse orientant vers un trouble mental".

"Les pathologies mentales liées au travail sont en augmentation constante", alerte la Fondation Pierre Deniker pour la recherche et la prévention en santé mentale, qui rend publics ce lundi 26 novembre les résultats d’une étude épidémiologique reliant travail et santé psychique, qu’elle qualifie d'"enjeu majeur de santé publique".

Cette étude épidémiologique a été réalisée à partir d’un questionnaire en ligne auprès d’un échantillon de 3 200 actifs occupés français. Une cinquantaine de questions a permis de déterminer les caractéristiques sociodémographiques, l’état de santé et les conditions de travail des enquêtés en fonction de plusieurs critères comme leur âge, leur habitat ou leur situation familiale.

Ils ont ensuite dû répondre à un questionnaire d’autoévaluation de santé mentale qui explorait plusieurs "dimensions" telles que les symptômes physiques, l’anxiété et l’insomnie, le dysfonctionnement social et la dépression.

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Le résultat de cette étude est alarmant : 22 % des Français actifs interrogés présentent "une détresse orientant vers un trouble mental". Le stress semble être le facteur principal d’aggravation de cette détresse. Le chiffre est significativement plus important chez les femmes que chez les hommes : 26 % contre 19 %.

Le temps de trajet pour se rendre au travail a également une incidence sur la santé mentale puisque cette étude distingue les actifs qui passent plus d’1h30 par jour dans les transports de ceux dont le temps de transport est inférieur à 1 h 30. Le pourcentage de ceux présentant une détresse s’élève à 28 % chez les premiers mais tombe à 21 % lorsque l’on s’intéresse à la seconde catégorie.

"S’en tenir aux problématiques de bien-être au travail ou de burn-out ne suffit pas"

Dans le rapport sont également listés tous les facteurs supplémentaires qui ont une incidence sur l’état mental : avoir un travail valorisant, la solidarité et la communication au travail. Pour les indépendants, avoir confiance en l’avenir professionnel est important. Pour les femmes, le harcèlement joue évidemment un rôle majeur d’aggravation des risques de troubles mentaux. Enfin, selon l’étude, les hommes ont pour leur part une appétence pour la solidarité au travail.

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Pour le Professeur Raphaël Gaillard, président de la fondation Pierre Deniker, chef de pôle à l’hôpital Sainte-Anne, "[s'] en tenir aux problématiques de bien-être au travail ou de burn-out ne suffit pas : il faut investir la question du lien entre l’exposition à des facteurs de risques psychosociaux et la présence d’une détresse orientant vers un trouble mental, afin de prévenir celle-ci."

En conséquence, la fondation demande la "[mise] en place une politique de prévention ciblée et adaptée." Et le professeur Gaillard d’ajouter :

"Nous devons impérativement constituer des cohortes de plusieurs dizaines de milliers de personnes, permettant l’observation et l’analyse prospective. À partir de ces études de cohortes, seules à même de démontrer un lien de causalité, nous pourrons formuler des mesures de prévention, dont l’efficacité devra être évaluée à son tour."

Enfin, les médecins de la Fondation enjoignent les pouvoirs publics et les entreprises à "devenir parties prenantes d’une politique de progrès ambitieuse pour la santé mentale des actifs en France".

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Par Astrid Van Laer, publié le 26/11/2018

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