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Un nombre impressionnant de mineurs afflue vers Ceuta au péril de leur vie

Publié le

par Clothilde Bru

© Spanish Guardia Civil/Handout via REUTERS

L’image d’un bébé sauvé in extremis de la noyade par un sauveteur de la garde civile a fait le tour du monde.

L’image d’un bébé sauvé de la noyade par un agent de la garde civile espagnole a fait le tour du monde, suscitant l’effroi sur les réseaux sociaux. Mais on a aussi vu des adolescents seuls, parfois très jeunes, tenter leur chance à la frontière, arriver par la mer sur la plage espagnole, se faire refouler ou traîner dans les rues de Ceuta.

Mohamed, 17 ans, a tout laissé tomber cette semaine, ses études en lycée professionnel, ses examens finaux et sa famille : son seul projet est désormais de rallier l’enclave espagnole de Ceuta, comme des centaines de mineurs marocains qui ne voient aucun avenir dans leur pays.

Depuis lundi 18 mai, une marée humaine de plus de 8 000 candidats à l’exil, en grande majorité des Marocains, a rejoint sans entrave le petit port espagnol à la faveur d’un relâchement des contrôles frontaliers : parmi eux, un nombre impressionnant de jeunes partis seuls ou d’enfants en bas âge, emmenés par leur famille.

© REUTERS/Jon Nazca

"Je cherche ma fille de 15 ans, elle est sortie de la maison pour traverser, une autre fille m’a dit l’avoir vue à Ceuta, je n’ai pas de nouvelles, personne ne sait rien", déclare, visiblement inquiet, Abdelhak Bouchahtaoui, un quinquagénaire croisé près de la frontière.

De nombreux parents s’approchent des barrières érigées sur la route vers l’Espagne dans l’espoir d’avoir des nouvelles de leurs enfants partis de l’autre côté.

"Ma mère ne cesse de m’appeler pour que je revienne mais l’aventure ne me fait pas peur", lâche Abdellah, 16 ans, refoulé mardi par les gardes espagnols.

Ce jeune déscolarisé depuis deux ans et employé comme mécanicien à Tanger a passé la nuit dans un jardin près du passage frontalier. D’autres ont investi les ruelles de Fnideq, où les habitants leur ont donné à boire et à manger.

1 500 mineurs expulsés

La plupart des mineurs désireux de s’exiler viennent d’un milieu défavorisé, sont déscolarisés et exercent parfois des petits métiers pour survivre. À Fnideq, tous rêvent d’une nouvelle brèche dans les contrôles frontaliers.

Au moins 4 800 migrants, dont 1 500 mineurs, ont été expulsés depuis lundi, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur espagnol.

Cet afflux "impressionnant" de mineurs vers la frontière est une première d’après Omar Naji, un militant marocain des droits humains qui suit la question migratoire.

"Leur expulsion par l’Espagne est contraire aux traités internationaux des droits des enfants", s’indigne-t-il. "Les autorités marocaines les ont impliqués pour faire pression sur l’Espagne à des fins politiques", condamne-t-il du même souffle.

Mercredi après-midi, le flux vers Ceuta a peu à peu décru. Les quelques téméraires qui tentaient de rallier l’enclave à la nage ont été rapidement ramenés vers la rive marocaine par la marine royale. Côté espagnol, ceux qui arrivaient par la mer ont été très vite appréhendés et ramenés vers la frontière.

En 2018, le Conseil économique, social et environnemental du Maroc (CESE), un organisme officiel, s’était alarmé du fossé "vertigineux" séparant les 11 millions de jeunes Marocains du reste de la société et du "défi majeur" posé par leur insertion sociale.

Décrochage scolaire, chômage, emplois peu qualifiés, bas salaires, absence de couverture sociale… les jeunes de 15-34 ans, qui représentent un tiers de la population, restent les grands oubliés de la croissance, selon ce rapport.

La situation s’est encore aggravée avec la crise liée à la pandémie du Covid-19. L’an dernier, deux jeunes urbains sur cinq étaient au chômage, selon les chiffres officiels.

Konbini news avec AFP

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