Possum interactive

Un film d'animation pour montrer l'absurdité de notre système alimentaire

"Nous faire croire que le mode de vie occidental n'est pas négociable, c'est juste une folie !"

Est-ce qu’on est plus forts que le soleil ? est un film d’animation sur le sujet de l’alimentation et les incohérences de notre système de production, produit par Possum interactive. C’est un "entretien dessiné", dans lequel l’équipe de créatifs a souhaité illustrer les idées de Maxime de Rostolan, entrepreneur et militant écologiste.

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Maxime de Rostolan, racontez-nous comment est né ce projet.

L’équipe de Possum interactive a suivi l’aventure "Fermes d’avenir". Ils m’ont parlé d’un projet de film d’animation sur l’alimentation et m’ont proposé de les aider sur le scénario ; j’ai accepté avec plaisir. On n’a pas réussi à trouver un fil simple et évident tout de suite, donc ils m’ont proposé de passer 2 heures dans une pièce insonorisée pour enregistrer un entretien. Ensuite, ils ont extrait des phrases et ça a donné le scénario.

Pourquoi avoir choisi le thème de l’alimentation ?

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Dans son livre Biomimétisme, la scientifique américaine Janine Benyus parle de ce que la nature peut nous apprendre sur nos modes d’organisation. Elle priorise et dit qu’il faut s’occuper de l’agriculture et de l’alimentation avant tout. L’alimentation est fondamentale, c’est le premier socle.

Pour faire différemment de ce que l’on fait aujourd’hui, par quoi commence-t-on ?

Quand on me dit que "la permaculture, c’est bien, mais ça ne fonctionne pas économiquement", je réponds qu’il faut changer de boussole ! Est-ce qu’on peut se dire que c’est peut-être notre modèle économique qui ne fonctionne pas pour préserver la nature, plutôt que de se dire que c’est préserver la nature qui ne fonctionne pas dans l’économie ?

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Il est important de commencer à se fixer des objectifs qui soient le reflet des enjeux qu’on a à relever ensemble. L’un des principaux enjeux, c’est de capter du carbone. Quels outils on a pour ça ? Les sols, les océans et les arbres. Sur les océans on ne peut pas faire grand-chose, mais sur les sols on peut agir avec l’agroécologie.

Olivier De Schutter, ancien rapporteur des Nations unies sur le droit à l’alimentation, présente l’agroécologie comme l’unique solution et je partage complètement cette position. Ce n’est pas une solution, c’est LA seule solution pour pallier tous les dégâts des agricultures industrielle et chimique, qui nous emmènent dans le mur à tout point de vue !

"On crée toutes les conditions défavorables à notre survie". Qu’est-ce que ça dit de notre société ?

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Ça reflète une vision court-termiste pathologique, un individualisme généralisé et ça traduit aussi une inversion des valeurs. La science est aujourd’hui malmenée par des gens qui nous servent une théorie économique, comme si c’était un vrai point de repère. On s’est complètement déconnectés de la nature et du vivant. S’inféoder aux injonctions du modèle capitaliste fait qu’on oublie de les remettre en question.

Pourquoi on nous fait croire que le mode de vie occidental n’est pas négociable et comment ?

Ça, c’est George Bush père qui a dit en 1992 : "Le mode de vie américain n’est pas négociable". Concrètement, on peut le traduire par : "Si vous voulez manger autant de viande, on doit faire des fermes de mille vaches" ou : "Si vous voulez avoir vos pots de Nutella, il faut défoncer la forêt amazonienne".

Or, on ne nous a jamais vraiment demandé si on voulait tout ça. La réponse, c’est qu’on n’en veut pas ! Le problème, c’est qu’il y a eu trop d’investissements et qu’on ne veut pas revenir en arrière.

Concrètement, comment on fait pour désobéir à ce modèle économique bien ancré dans notre société ?

Il y a plein de manières de désobéir. Il y a la "désobéissance passive", il s’agit de ne pas offrir son cerveau à la production de contenus qu’on nous envoie toute la journée et d’essayer de conserver notre esprit critique, plutôt que de le détruire. Ensuite, il y a la "désobéissance institutionnelle" : c’est plutôt de la résistance, comme être dans l’opposition face à un élu, un mandat.

Et puis, il y a la "désobéissance civile", qui peut être pacifiste, avec par exemple, les actions d’Extinction Rebellion (on bloque des centres-villes, des commerces, des symboles de ce monde ultralibéral) et une autre forme, qui peut être plus violente, avec du sabotage. Je suis définitivement non-violent, mais je pense qu’on a la même colère. On est en colère, mais ceux de la branche "violente" estiment que la non-violence protège l’État.

Si "en plantant des milliards d’arbres, on crée la richesse de demain", qu’est-ce qu’on attend ? Comment on s’y prend pour planter 200 arbres par humain ?

On nous dit qu’on doit planter des milliards d’arbres. Aujourd’hui, on en plante des millions, donc il faut agir, en planter fois mille. C’est un chantier qui devra être mené, si on envisage une suite à l’humanité.

Soit on se dit "c’est mort, c’est cool on va s’acheter des Hummer et profitons tant qu’il reste du pétrole", soit on se dit "préparons la suite, créons des conditions favorables à notre survie". Pour ça, on commence par planter des arbres pour régénérer les écosystèmes.

Par Lila Blumberg, publié le 03/03/2020