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Un an après, voici comment se passe le nouveau retour de l’école à la maison

Publié le

par Pauline Ferrari

© GUILLAUME SOUVANT / AFP

Rien ne semble avoir changé.

"J’ai envie de partir en courant", soupire Sylvie, mère de famille. À la maison, elle se "sent débordée" et cumule télétravail, organisation de la vie quotidienne et, depuis ce matin, le retour de l’école à domicile, à la suite des annonces d’Emmanuel Macron. Jeudi dernier, le chef de l’État a annoncé un troisième confinement pour l’ensemble du territoire et la fermeture des écoles pour les quatre prochaines semaines. Les vacances de printemps ont été unifiées en France à partir du 12 avril, avant une rentrée le 26 avril en présentiel dans les écoles, et en distanciel pendant une semaine de plus dans les collèges et lycées.

Des milliers d’élèves se retrouvent désormais en distanciel, un an après le premier confinement. "J’ai l’impression que rien n’a été organisé. On a simplement reçu une fiche avec du travail à faire, alors qu’on doit gérer le télétravail en plus", souligne Sylvie, dont son fils est en CM2. Une double journée de travail qui épuise les parents, qui ont dû aussi s’adapter au changement des vacances scolaires. "Je ne peux pas être en télétravail tous les jours en raison de mon métier. Alors pour garder mon fils, on se débrouille avec d’autres parents d’élèves", raconte-t-elle.

En mars 2020, le premier confinement avait déjà entraîné une fermeture des écoles et un passage au distanciel compliqué, tant du côté des élèves que des enseignants. "L’an dernier, mes collègues et moi avions improvisé constamment. D’abord, nos outils comme l’ENT [environnement numérique de travail] ou l’outil CNED de classe virtuelle ne fonctionnaient pas. Nous avions pallié avec des serveurs Discord et des groupes WhatsApp, ce qui nous a ensuite été reproché, puisque non conforme en termes de RGPD", se rappelle Ludovic, professeur d’histoire-géographie dans un collège des Yvelines, interrogé par Konbini news. Après plusieurs semaines, une routine s’était mise en place, bon gré mal gré. "Nous avions perdu beaucoup d’élèves, la plupart ne faisant que partiellement le travail", raconte l’enseignant.

Une première matinée marquée par des bugs informatiques

D’autant que dès ce mardi 6 avril au matin, premier jour en distanciel, les environnements numériques de travail (ENT) ne fonctionnaient tout simplement pas dans plusieurs départements. "Ce matin nous avons identifié des problèmes de connexion en Île-de-France, dans le Grand Est, en Normandie, vers Orléans-Tours… et sur le site virtuel du CNED", a indiqué à l’AFP Sophie Vénétitay, du syndicat Snes-FSU.

"Mon ENT est toujours inaccessible. Les classes virtuelles du CNED ne marchent pas non plus. Tous les collègues avec qui je suis en contact sont sur la touche parce que les outils ne marchent pas", déplore Ludovic. "Il semble que ce sont à la fois les environnements numériques de travail liés aux collectivités et au ministère de l’Éducation qui ont planté", a expliqué Sophie Vénétitay à l’AFP. Sur Twitter, de nombreux enseignants ont posté des captures d’écran des différents espaces de travail numériques à l’arrêt.

"On se retrouve exactement dans la même situation que l’an dernier, on a l’impression qu’aucune leçon n’a été tirée. Il y a beaucoup de colère et d’amertume", a ajouté Sophie Vénétitay. Même colère du côté de Ludovic : "Aucune leçon n’a été tirée du premier confinement en termes de stabilité des outils. Le ministère n’était pas prêt." Pour expliquer ces difficultés de connexion, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a pointé du doigt auprès de France Info "des attaques informatiques apparemment venues de l’étranger pour empêcher les serveurs de fonctionner".

“Le ministère n’a rien fait en un an”

Si l’ombre du distanciel planait sur l’enseignement depuis septembre, de nombreux enseignants et parents reprochent à l’Éducation nationale le manque de moyens mis en place. "Je m’étais préparé à cette éventualité dès le début de l’année, comme nombre de mes collègues. Ce qui a été particulièrement désagréable, c’est que nous n’ayons pas été prévenus avant l’allocution. On s’est encore retrouvés à devoir préparer la transition en quelques jours, sans voir toutes nos classes une dernière fois", souligne Ludovic.

Une organisation de dernière minute à contre-courant des déclarations de Jean-Michel Blanquer : le ministre de l’Éducation a assuré que tout était "prêt" si un nouvel épisode d’école à distance était mis en place. "Nous n’avons eu, depuis septembre, aucune réunion, aucune concertation pour monter un plan qu’il suffirait d’activer, malgré nos demandes constantes. Résultat, les ordres de la direction sont arrivés jeudi soir et ont été communiqués aux familles le vendredi matin, dans l’improvisation totale", soupire Ludovic.

Une improvisation qui a des conséquences sur l’organisation de toute la famille. "J’ai passé mon week-end à trouver des ressources éducatives à mon fils pour que je puisse télétravailler tranquille", explique Sylvie, qui doit gérer l’école à la maison de son fils de CM2.

Le basculement en distanciel en quelques jours risque de continuer à creuser les inégalités scolaires, particulièrement pour les élèves scolarisés en éducation prioritaire. "Le plus dur va être de garder contact. [...] Cette année, je me suis cantonné à la messagerie de l’ENT et aux classes virtuelles comme moyens de liaison. Or, tout est en panne", rapporte Ludovic. Le professeur d’histoire-géographie se retrouve donc bloqué, sans moyen de contact avec ses élèves ou possibilité de planifier le travail de la semaine.

Ludovic ne décolère pas : "Le ministère n’a rien fait en un an et on se retrouve précisément au même point qu’en mars dernier. Les outils ne marchent pas, je ne peux rien faire. Personnellement, je rends mon tablier." Les cours en distanciel devraient durer encore plusieurs semaines, entrecoupés de vacances unifiées, comme l’a annoncé Emmanuel Macron.

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