Tunisians hold up signs and wave flags during a demonstration to mark Tunisia’s Women’s Day and to demand equal inheritance rights between men and women on August 13, 2018, in the capital Tunis. – Tunisia’s President Beji Caid Essebsi announced plans to submit a draft bill to parliament equalising inheritance rights between men and women. The proposal to equalise inheritance is among the most hotly debated of a raft of proposed social reforms, guided by a commission the president set up a year ago. (Photo by FETHI BELAID / AFP)

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Tunisie : un homme porte plainte pour viol, il finit en prison

En Tunisie, l’homosexualité est passible d’une peine de trois ans de prison.

 

Manifestation à Tunis, le 13 août 2018. © FETHI BELAID / AFP

Six mois de prison : c’est la peine dont a écopé un Tunisien pour homosexualité. L’homme s’était pourtant initialement rendu au commissariat pour porter plainte pour viol, d’après les informations transmises lundi par le parquet et une association de défense des droits LGBT.

Âgé de 22 ans, il s’était rendu à un rendez-vous de nature sexuelle avec un autre homme rencontré sur Facebook, rapporte l’association Shams. L’homosexualité étant illégale en Tunisie, les lieux de rencontre sont rares, et les réseaux sociaux forment une alternative, parfois risquée.

Arrivée au rendez-vous, la victime s’est retrouvée face à deux hommes qui l’ont violé et puis lui ont volé ses effets, selon la version de la victime relayée par l’association Shams.

Il s’est ensuite rendu au commissariat pour dénoncer ses agresseurs, mais le procureur a ordonné un test anal, pratique contestée mais fréquente en Tunisie, pour établir s’il avait déjà eu des relations homosexuelles par le passé.

Il a été condamné à six mois de prison pour sodomie, et deux mois pour dénonciations calomnieuses, la cour ayant estimé qu’il ne s’agissait pas d’un viol mais d’une dispute à la suite de la relation sexuelle, a indiqué le parquet de Sfax.

Les deux autres hommes ont quant à eux été condamnés chacun à six mois de prison pour sodomie, 15 jours pour violences, et un mois et demi pour vol, selon la même source.

Des examens anaux "humiliants"

Dans un communiqué, l’Association tunisienne Damj défendant les droits des homosexuels, a dénoncé ce "genre de procès qui représente une violation flagrante aux droits de l’Homme et à la dignité morale".

Elle a appelé à "l’arrêt immédiat" de toutes les poursuites judiciaires se basant sur l’article 230 qui pénalise les rapports homosexuels et de la fin des examens anaux "humiliants". Cette association a réclamé "la révision de tous les textes juridiques discriminatoires qui vont contre la liberté et qui ne correspondent plus avec les libertés individuelles stipulées dans la nouvelle Constitution".

Les condamnations pour homosexualité se sont multipliées ces dernières années. En 2018, 127 personnes ont été condamnées à des peines de prison pour homosexualité, contre 79 en 2017, et 56 en 2016 selon Shams.

"Les juges deviennent de plus en plus stricts sur les affaires de mœurs", a souligné l’avocat Mounir Baatour, qui dirige l’association Shams, mettant cela sur le compte de "l’influence grandissante" du parti d’inspiration islamiste Ennahdha dans les tribunaux.

L’an passé, Hugo Clément et Clément Brelet s’étaient rendus à Tunis et ont rencontré plusieurs victimes de cette législation :

Par Astrid Van Laer, publié le 12/02/2019