Un technicien travaille sur une chaÓne de production de steaks hachÈs, le 23 juin 2011, ‡ l’entreprise Spanghero de Castelnaudary. La sociÈtÈ Spanghero de Castelnaudary (Aude) a annoncÈ le 22 juin 2011 le retrait de la vente de tonnes de steaks hachÈs parce qu’elle soupÁonne une contamination par la bactÈrie E.coli. AFP PHOTO REMY GABALDA (Photo by REMY GABALDA / AFP)

Tonnes de steaks frauduleux fournies à des assos caritatives : l'État a été "négligent"

"C'est une population extrêmement importante et très sensible, ce qui rend d'autant plus scandaleux ce qui vient de se passer."

L’affaire avait scandalisé l’Hexagone : on apprenait le mois dernier que pas moins de 1 500 tonnes de steaks de très mauvaise qualité, mais sans danger pour la santé, avaient été distribuées à des associations caritatives. Le rapport accablant rendu hier par la Commission des affaires économiques du Sénat n’arrange rien : entre l’impossibilité de déterminer l’origine de la viande et l’insuffisance des contrôles, l’État a été jugé "défaillant".

"Personne ne peut aujourd’hui déterminer l’origine de la viande contenue dans les steaks hachés distribués dans le cadre du marché public incriminé", indique ce rapport. Ce sont les associations qui avaient alerté les autorités début mars sur la présence de taches brunâtres suspectes sur les steaks hachés fournis grâce au Fonds européen d’aide aux plus démunis (Fead). 

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"Tous les auditionnés, les entreprises concernées comme les administrations, ont confirmé qu’il leur était impossible de garantir que l’origine des carcasses utilisées par l’industriel était polonaise", souligne le rapport.

"Ainsi, les carcasses de viandes utilisées par l’industriel Biernacki peuvent très bien être polonaises, ukrainiennes ou brésiliennes, sans qu’il ait à en rendre compte à quiconque", appuie-t-il.

Les steaks hachés, censés ne contenir que du muscle selon la législation en vigueur, "contenaient quand même de l’estomac, des amygdales, du cartilage, des cœurs de bœuf, du soja, de l’amidon et des morceaux de viande déjà transformés", a déclaré le rapporteur Fabien Gay, avant de s’insurger :

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"On demande à nos agriculteurs de tracer chaque bête, chaque morceau de viande, on est en train de passer un traité de libre-échange avec le Canada [le CETA], où on nous dit : 'Il n’y a pas de problème, la traçabilité sera assurée.'

Et aujourd’hui, au sein de l’Union européenne, avec un marché public, on produit de la viande dont on ne connaît pas la traçabilité."

Le rapport a émis une vingtaine de recommandations, dont notamment l’amélioration du cahier des charges des appels d’offres.

Un événement "scandaleux"

La première piste consiste à "mettre en place un critère de traçabilité sur les matières premières utilisées pour produire les denrées Fead dans les appels d’offres". L’appel d’offres du Fead concernait près de 1 500 tonnes de steaks hachés surgelés pour la somme de 5,2 millions d’euros.

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Le rapporteur du texte a également dénoncé "des trous dans la raquette et des défaillances lourdes des autorités de l’État concernant les contrôles".

"Depuis deux ans, on ne demande plus les tests gustatifs pour les steaks hachés", indique M. Gay, selon qui ces contrôles moindres constituent pour les négociants et traders "une incitation à la course aux prix, au détriment de la qualité".

Il dénonce par ailleurs un manque de moyens de FranceAgriMer, l’opérateur public chargé de l’achat des denrées alimentaires financées par le Fead, et va jusqu’à évoquer "une négligence" de l’État.

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"Malgré des alertes à répétition portant sur l’industriel polonais produisant les steaks hachés depuis des années, notamment en 2015 au sujet de la présence de salmonelles, le dernier contrôle sur place par l’administration date par exemple de 2013 alors que les services sont censés contrôler chaque industriel au moins une année sur deux", déplore dans un communiqué la commission des affaires économiques du Sénat.

"Depuis plusieurs années […], les Banques alimentaires alertent leurs tutelles sur le fait qu’elles ont toujours affaire aux mêmes traders, que l’on ne voit pas apparaître de processus clair de certification, d’assurance qualité, de politique de responsabilité sociale des entreprises (RSE) ni de traçabilité", a déploré Jacques Bailet, président du réseau des Banques alimentaires, lors d’une audition citée dans le rapport.

"Plus de cinq millions de personnes, en France, sont susceptibles d’avoir accès à l’aide alimentaire. C’est une population extrêmement importante et très sensible, ce qui rend d’autant plus scandaleux ce qui vient de se passer", relève dans le rapport Patrice Blanc, président des Restos du Coeur.

Konbini avec AFP

Par Astrid Van Laer, publié le 25/07/2019

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