NAROK, KENYA – DECEMBER 20: Renu Regina Masiaine, 15, tearfully explains her reason for going to the Tasaru Safehouse for Girls December 20, 2006 in Narok, Kenya. The Tasaru Safehouse receives young Maasai girls from preteens to late teens who seek refuge from female circumcision and early marriage. In 2001, the Kenyan government passed the Children’s Act which highlights the right of a child to receive an education. It also issues a ban on what is now referred to as Female Genital Mutilation (FGM) and early marriage (below 18 years). News of the recent law and the conviction to conform with the changing belief system has not reached many in the rural and remote areas of the Rift Valley. In Maasai culture, Regina is considered an orphan because she does not have a fatherm who died when she was a baby. Her fate is to be decided by her older brother who follows the father as the final decision maker in the family. In Maasai culture women are considered property or juveniles incapable of making decisions for themselves. Thus when Regina expressed to her brother her desire to continue her schooling, he adviced her to take refuge at Tasaru where she would no longer be under the reach and jurisdiction of her uncles who they believed planned on having her circumcised and married off. (Photo by Marvi Lacar/Getty Images)

Témoignage : une excision pour mes dix ans

En vacances en Guinée, Mariata a été emmenée en brousse par sa tante. Elle avait 10 ans. Elle ne pouvait pas se douter que c’était pour être excisée…

(Photo by Marvi Lacar/Getty Images)

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J’avais 10 ans. Je partais pour les vacances chez mes grands-parents dans mon village, en Guinée. J’étais excitée d’aller chez mes cousins et cousines. Toute la famille était contente de me voir. Au village, on se levait le matin pour aller chercher l’eau dans la rivière. Sur la route, je voyais les animaux, le paysage était très beau. Je croisais certaines personnes partant aux champs pour cultiver le riz.

On était quatre filles du village. Ma tante avait décidé de nous faire exciser par une vieille dame. Elle habitait en brousse. À notre arrivée, je voyais les filles assises sur un banc dehors. Elles rentraient chacune leur tour dans la maison. J’avais pas compris que c’était pour l’excision. J’entendais les cris. J’avais peur.

Et puis, on m’a appelée. Je voyais le sang par terre. La dame qui nous excisait portait une robe rouge. On m’a dit de m’allonger par terre dans la maison. Il y avait quatre femmes. Deux personnes ont attrapé mes pieds et les deux autres ont attrapé mes deux bras. Après, j’ai commencé à crier. Elle a utilisé la même lame qu’avec les filles d’avant.

De retour à la maison on chantait pour nous. J’avais trop mal. Parmi nous, il y avait une petite fille de 7 ans. Elle pleurait. Elle perdait beaucoup de sang. J’ai demandé à ma tante pourquoi elle avait décidé de nous exciser. Elle m’a répondu que c’était une coutume et une tradition. Je pleurais. Je me suis dit que j’avais perdu une partie de mon corps.

Ils disaient : “Aujourd’hui, tu deviens une femme”

Quand tu es excisée au village, le lendemain matin, tu vas faire des travaux. Si tu ne travailles pas, t’es mal vue, on te prive de manger, on te frappe. Moi, j’ai travaillé. Ma tante nous a dit d’aller aux champs pour cultiver le fonio, on cherchait des fagots dans la brousse pour cuisiner. C’est à partir de ce moment, l’excision, que tu commences à faire la cuisine, arranger et nettoyer la maison, faire la vaisselle… Que tu deviens une femme. Moi, j’avais 10 ans.

La nuit, tout le village s’est réuni autour d’un feu. Ça chantait, ça dansait. Certaines personnes racontaient des contes. Il y avait la lune. C’était des chansons sentimentales et tristes qui disaient : “Aujourd’hui on t’a excisée donc tu deviens une femme.” Tout le monde répétait le chant, mais moi, j’avais pas envie. J’étais fâchée, je me sentais mal, triste. Je ne connaissais pas les gens de ce village.

Le mois que j’ai passé dans ce village a changé la femme que je suis devenue. Quand tu es excisée, tu ne tomberas pas facilement amoureuse. T’as pas envie de faire des trucs. Je ne pourrais pas vous expliquer comment j’ai vécu ce moment difficile et douloureux. On ne nous demande pas notre avis, c’est une surprise.

Je suis à Paris depuis le 18 septembre 2017. J’ai perdu une partie de moi-même en Guinée. Mon rêve, c’est de travailler un jour dans les organisations internationales pour lutter contre l’excision. En France l’excision est interdite par la loi : pourquoi les femmes ont plus de liberté en France que dans certains pays ?

Mariata, 16 ans, en formation pro, Paris

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la Zone d’Expression Prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

Par La Zep, publié le 09/10/2018

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