©PhotoAlto/Frederic Cirou via Getty Images

Témoignage : Noirs dans un immeuble de Blancs, on fait tache

Depuis son déménagement dans un nouvel immeuble "de Blancs", Caricia est confrontée au racisme "ordinaire". Elle témoigne.

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Le premier jour, quand nous avons emménagé avec ma famille dans un quartier bourgeois de Paris, les voisins ont demandé à ma mère si elle était la nouvelle femme de ménage. Ce n’était que le début. Nous avons subi une forme de bizutage pour la simple raison que nous étions l’une des seules familles noires de l’immeuble. Les voisins nous méprisaient, nous lançaient des regards pleins de dégoût, ne nous répondaient pas. Nous venions seulement d’arriver…

Avant, j’habitais dans le 20e arrondissement, vers Ménilmontant. C’était l’inverse. Tout le monde se connaissait, au point que, le matin, quand ma mère se levait pour aller au travail et mon frère pour aller au collège, ils me déposaient chez la voisine. C’est elle qui s’occupait de moi, qui m’accompagnait partout avec mes amis, qui m’emmenait à la fête des voisins. L’été, nous faisions de grands repas au quartier. Nos vies se ressemblaient, nous restions tous ensemble, et j’adorais ça. Mais mon nouveau quartier ne ressemble pas au précédent.

Un jour, on accueillait de la famille : des cousins, des oncles et des tantes. Bien sûr, on faisait un peu de bruit. L’un de nos voisins est descendu et nous a lâché : "Ici, ce n’est pas la jungle, alors contrôlez le bruit !" Une autre voisine nous a traités de singes et de sales nègres. Ce jour-là, j’ai compris que dans l’esprit de certaines personnes, les Noirs et les Blancs ne peuvent pas cohabiter…

Avec mon frère, on voulait riposter

Petit à petit, ma mère n’arrivait plus à encaisser. J’ai compris à quel point elle avait pris sur elle pour éviter les conflits, mais aussi que les injures l’avaient blessée. Au début, je croyais qu’elle avait peur de nos voisins. À chaque fois que nous subissions du racisme, elle ne disait rien. À chaque fois, avec mon frère, on voulait riposter. Elle nous retenait, elle nous répétait que ça n’en valait pas la peine, mais je sentais ses poings se serrer…

Je suis aussi la seule Noire à l’école. J’ai l’impression d’être une curiosité avec tous les regards tournés vers moi. Dans les magasins où je vais, les vigiles se sentent obligés de me suivre. C’est pareil pour mes frères. Tous les jours, je dis bonjour à ma voisine. Tous les jours, elle a peur de moi. J’aimerais vivre dans un monde où, lorsqu’une vieille dame blanche croise un jeune Noir ou Maghrébin, la peur ne s'empare pas d'elle. J’aimerais surtout que le fait d'être noire me demande moins d’efforts. Ce qu’il faut, c’est faire découvrir à chacun la culture de l’autre, et montrer à quel point la société est faite de mélanges pour éviter que des frontières se creusent.

Caricia, 15 ans, collégienne, Paris

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la Zone d’Expression Prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

Par La Zep, publié le 25/09/2018

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