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Témoignage : le métro, c’est un supplice quand t’es une femme !

Regards appuyés, mains baladeuses, frottements… Pour Lydia, prendre le métro est un supplice quotidien.

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Si t’es une femme en France, prendre le métro c’est comme se jeter dans une arène pleine de taureaux avec un drapeau rouge où serait écrit en gros « touchez-moi ». Quand bien même on arrive à passer les longs couloirs sans se prendre de remarques, une fois dans le wagon, toute la mauvaise éducation d’une partie de la population te retombe dessus : les regards malsains, les mains baladeuses, les frotteurs… et j’en passe.

Si t’as VRAIMENT de la chance, ton wagon sera vide et la seule personne qui montera à l’arrêt suivant se sentira obligée de s’asseoir très près de toi pour se masturber et murmurer des petits surnoms péjoratifs :"salope", "chaudasse" et plein d’autres variantes qui te feront te sentir au top de ta confiance !

Aujourd’hui, j’ai 17 ans. Ça fait plus de cinq ans que je prends ce métro, que ce soit pour aller au taf, en cours ou juste me balader au-delà de mon territoire quotidien, et malheureusement, il m’arrive toujours une merde. Il y a quelques mois, j’ai pris le métro avec ma petite sœur de 9 ans. Ce jour-là, un groupe de garçons s’est assis près de nous. Au début, ils ne nous dérangeaient pas plus que ça, mais au bout de quelques minutes, l’un d’eux a insisté pour avoir mon numéro.

Il n’avait sans doute pas compris mon premier "NON" et a répété la demande une deuxième, puis une troisième fois. Un de ses amis s’en est alors mêlé et a pensé qu’il serait efficace de forcer sur mon poignet pour que je change d’avis. J’ai profité d’un relâchement de sa part pour prendre ma sœur et sortir du wagon.

Comment expliquer à une petite fille la situation ?

À votre avis, comment on peut expliquer à une petite fille de 9 ans sans lui faire peur que des gens peuvent parfois être méchants envers les autres sans raison et que si les personnes autour ne nous aident pas, c’est qu’ils ont simplement peur d’être en danger eux aussi ? Malheureusement, je n’ai pas su avoir les mots justes sur le moment et j’ai simplement dit que c’était des amis qui voulaient jouer.

Un jour de janvier, j’avais mis une jupe pour aller à un anniversaire. Dans certains pays, elle aurait été jugée trop courte, dans d’autres peut-être trop longue, mais pour moi, elle était simplement parfaite. C’est sûrement pour ça que je me suis pris une main aux fesses et qu’un inconnu m’a plaquée contre la porte du métro pour m’embrasser.

On m’a pourtant répété que l’habit ne fait pas le moine, que la taille d’une jupe ne caractérise pas la valeur d’une femme et que nos rouges à lèvres n’autorisent pas autrui à y goûter. À ce moment-là, l’unique chose qui m’a sauvée, c’est de savoir mettre une droite bien placée.

Quand t’es une femme dans le métro parisien, il y a plein de sentiments qui se bousculent au fond de toi : l’oppression, la peur, la détresse, le stress, la paranoïa et l’appréhension. Un vrai ascenseur émotionnel.

Enfin, on dit souvent que les Parisiens sont pressés et qu’on court après le temps. Pour moi, c’est faux : on court juste pour écourter le supplice de ce métro.

Lydia, 17 ans, lycéenne, Bagnolet

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la Zone d’Expression Prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

Par La Zep, publié le 21/09/2018

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