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Témoignage : ma jeunesse ne m’a pas protégé du Covid-19, j’ai failli y passer

Publié le

par La Zep

© kieferpix / Getty Images

J'ai vécu l'épidémie de coronavirus depuis mon lit d'hôpital, malgré mes 22 ans. Et les séquelles se font encore sentir.

Depuis que je suis sorti de l’hôpital, sur les réseaux sociaux, je vois la plupart de mes amis sortir sans respecter les gestes barrières ou les consignes de sécurité et cela me désole qu’ils prennent le risque de se retrouver à l’hôpital. Parce que, malgré notre âge, le Covid, nous pouvons l’avoir.

J’ai contracté les premiers symptômes du Covid le 19 mars 2020 : fièvre, toux, fatigue, puis difficultés respiratoires et enfin, perte de goût et d’odorat, le tout étalé sur deux semaines. Le 23 avril, j’ai été pris de violentes douleurs au ventre, suivies de vomissements. Un premier médecin m’a diagnostiqué une grippe intestinale, un second une appendicite et m’a envoyé aux urgences. Je m’y rends sans savoir que j’allais y rester pendant presque trois semaines pour le Covid.

Aux urgences, la piste de l’appendicite est écartée immédiatement. J’ai ensuite été testé pour de nombreux virus. Tous se sont avérés négatifs, y compris le Covid. Avec une inflammation des organes, les médecins penchent alors pour la piste de la maladie de Crohn ou de l’iléite aiguë et ils me soignent contre ces pathologies durant plusieurs jours. Enfin, un second test au coronavirus se révèle positif. Je suis donc transféré au service interne Covid.

Nous sommes avertis, je ne passerai peut-être pas la nuit

Comme mon état ne s’améliorait toujours pas, les médecins ont cherché une piste différente. Cela faisait presque une semaine que je n’avais pas dormi et les hallucinations visuelles et auditives ont commencé, avec une douleur physique intense et constante. C’était assez difficile à gérer. Durant la nuit du 28 avril, ma tension chute autour de 3, au lieu de 12, avec un pouls de plus de 150 battements par minute et 42 de fièvre. Mes parents et moi-même sommes avertis que je ne passerai peut-être pas la nuit.

Je suis transféré au service de réanimation spécial Covid de l’hôpital, on me pose des cathéters dans le cou et dans l’artère du bras droit pour pouvoir me faire des prises de sang rapidement, suivre ma tension en continu et m’injecter facilement des médicaments. Je suis également muni d’une aide respiratoire jusqu’à la fin de mon séjour de dix jours en réanimation.

J’ai passé la nuit sous morphine pour calmer la douleur et baisser la fièvre mais mon foie n’a pas supporté, alors je n’ai plus eu droit aux antalgiques pour calmer la douleur intense au niveau de l’abdomen. Une radio faite le lendemain montre que les tissus de mon cœur et mes poumons sont noyés dans un mélange d’eau, de sécrétion et de sang, en plus d’une embolie pulmonaire durant la nuit.

À partir de ces examens, les médecins déduisent au bout de deux jours, en travaillant avec l’hôpital Necker spécialisé dans les maladies infantiles, que j’ai probablement contracté un dérivé de la maladie de Kawasaki (ou une myocardite aiguë), à cause du Covid. Je suis actuellement le seul jeune adulte à l’avoir eue en France. Les médecins sont persuadés que cela a à voir avec mon ADN et ils me soignent dès lors avec des immunoglobulines. Des sortes d’anticorps.

Aides-soignants et médecins se relaient à mon chevet

Après une semaine de fièvre qui chute doucement de 42 à 37, la tension qui remonte et les douleurs qui disparaissent lentement, les médecins sont confiants. Ils suivent tous les jours l’évolution au niveau du cœur et des poumons avec des radios et des IRM. Puis je passe une semaine en surveillance dans un autre service, car j’avais également un risque d’infarctus non nul. Je suis sorti guéri, mais affaibli de ces trois semaines d’hospitalisation.

Durant cette période en réanimation, à cause de la fièvre (et de ma myopie !), je ne me rendais pas réellement compte de ce qu’il se passait. Le monde était assez flou autour de moi, donc les infirmiers, les aides-soignants et les médecins se relayaient à mon chevet toute la journée. Ils étaient pour la plupart aussi âgés que moi. Tout le service était assez troublé de me voir : depuis le début de la pandémie, j’étais l’un des plus jeunes admis en réanimation dans cet hôpital. Ils n’ont jamais hésité à m’expliquer quand ça allait mal pour moi.

La douleur physique était assez compliquée à supporter, mais le pire était de me dire qu’aussi jeune, je risquais de ne pas sortir de l’hôpital sans voir ma famille et mes amis proches, car à cause du Covid, les visites étaient interdites.

Je suis sorti le 14 mai de l’hôpital. Le retour à la vie normale est compliqué physiquement comme psychologiquement. Je dois faire une rééducation physique pour réapprendre à marcher et à respirer normalement. Suivi par mail et téléphone par une psychologue de l’hôpital où j’ai séjourné, c’est assez dur pour moi d’accepter ce que j’ai vécu.

À savoir qu’à partir d’aujourd’hui, je suis supposé cardiaque jusqu’à ce que mes cardiologues prouvent le contraire. Je suis également interdit de tout effort physique intense, donc de sport, pour une durée d’au moins trois mois. À ce jour, les médecins ne savent toujours pas si j’ai contracté une deuxième fois le Covid ou s’il n’a pas quitté mon corps durant un mois et demi.

Depuis, j’ai un léger syndrome post-traumatique

Je ne me sens plus du tout comme avant. J’ai compris qu’il fallait surtout profiter des gens autour de soi. Quand on m’a annoncé que j’allais peut-être y passer, j’ai rédigé des messages aux personnes qui comptent pour moi : mes parents, mes amis proches, dont un certain Thomas et mon ex-copine, Orsola. Je ne leur ai jamais envoyé, mais ça m’a permis de revaloriser l’importance de ces relations.

Il va me falloir du temps pour m’en remettre, mais je ne perds pas espoir. Les médecins sont confiants pour mon rétablissement. J’ai quand même un léger syndrome post-traumatique. Un soir, deux semaines après ma sortie de l’hôpital, j’ai fondu en larmes : "Merde, j’ai vraiment failli y passer."

Je suis également devenu très susceptible et facilement irrité quand les gens abordent le sujet du virus. Ma famille et mes amis ont aussi été touchés psychologiquement. La plupart ont eu très peur et ont été sensibilisés aux risques réels du Covid.

J’ai une grande reconnaissance et un grand respect envers le personnel soignant et tout le personnel de l’hôpital, sans qui je ne serais plus là. Surtout, je ne me mets plus trop de barrières dans la vie. Je suis moins raisonnable et j’essaie de faire un maximum de choses. D’autres n’ont pas eu ma chance, alors je me sens redevable et je profite de la vie, pour eux.

Hugues, 22 ans, étudiant, Paris

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la zone d’expression prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

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