(Photo by Jens Kalaene/picture alliance via Getty Images)

Témoignage : je suis une grosse qui s’assume enfin

"N’oubliez jamais que la beauté ne se mesure pas à un chiffre."

Le chiffre que vous devez retenir, c’est 82. Pourquoi ? Déjà pour le 8. Remarquez à quel point le huit possède deux rondeurs absolument parfaites. Mais pour ne pas se sentir exclu de la société, il s’inflige punitions et douleur en mettant une ceinture autour de sa taille : il se crée une taille de guêpe. Le 8 fait donc disparaître ses rondeurs.

C’est ce que ressentent la moitié des "grosses" dans notre société. Nous nous sentons toujours exclues à cause des grandes marques qui s’arrêtent au 40 ou à cause des tailles L qui ressemblent finalement à des M. Nous sommes condamnées à "subir" notre corps et à envier toutes ces femmes à qui "tout va".

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Ce genre de réflexions chez une femme, cela devrait être totalement interdit. Chaque femme, de n’importe quelle morphologie, devrait être fière de son corps et surtout ne jamais douter d’elle. Ce serait si beau si tout le monde pouvait penser ça.

Moi, aujourd’hui, c’est presque le cas, mais je reviens de loin. Je fais 82 kg pour 1 mètre 60, j’ai 20 ans, je fais du 44 et du 95D. Depuis petite, j’ai toujours été bien en chair, j’ai toujours aimé profiter de tous les moments que je vivais. Je ne me privais pas vraiment d’un bon gâteau. En même temps, quel enfant se priverait ?!

J’ai donc toujours été une petite boule. Je n’ai jamais compris pourquoi les autres enfants se sentaient toujours obligés de se moquer de ma "différence". Mais quand tu as 5 ans, tu es formaté, alors tu penses que ce qui est normal, c’est une petite fille toute fine et toute plate. Comment voulez-vous qu’une petite fille apprenne à avoir confiance en elle si toute la société lui fait comprendre qu’une fille qui rentre dans du S et du 34 sera toujours plus belle ?

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J’ai longtemps dû faire croire à ma mère que personne ne se moquait de moi. Je lui disais : "Mais maman, pourquoi ils se moqueraient de moi ?" La vérité, c’est que je pouvais entendre toutes sortes de moqueries ; aussi stupides les unes que les autres. Nous avons, par exemple : "Si on te pousse, tu roules ?" Ou encore, ma préférée : "Quand tu prends l’avion tu as besoin de deux places pour ta graisse et toi ?"

Eh bien, je m’en suis relevée. Et aujourd’hui, je suis bien plus heureuse que toutes ces personnes qui ont pu un jour se moquer de moi.

Les moqueries sonnaient dans ma tête comme des hurlements

Passons en revue ces années. En primaire, j’ai dû faire face à toutes les moqueries de la Terre. En CM2, d’autres filles commençaient à avoir des formes. Quel soulagement ! Les garçons étaient tellement focalisés sur leurs poitrines naissantes qu’ils en oubliaient presque la petite boule que j’étais. C’est malheureux d’être soulagée que d’autres filles subissent des moqueries pour avoir enfin la paix.

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L’été du CM2 à la sixième m’a été fatal. Je suis arrivée à la rentrée avec un 85C. J’ai eu le droit à des remarques sexuelles totalement déplacées. Les troisièmes rigolaient et disaient que je pouvais jouer dans des films porno. Je ne comprenais pas trop ce qu’ils disaient, je me suis donc rendue sur un de ces sites. Imaginez la tête d’une enfant de 10 ans quand elle comprend à quoi pensent les garçons quand ils la regardent.

En cinquième, je me suis retrouvée dans un collège privé qui avait tout d’une prison. Les élèves ressemblaient à des animaux en cage, prêts à se bouffer les uns les autres pour survivre. S’il y a bien une chose qui m’a traumatisée là-bas, c’est la piscine. Obligatoire, bien entendu. Le couloir où les lycéens pouvaient aller se détendre donnait dessus. Imaginez une jeune fille, complexée par son corps, qui voit les lycéens se moquer d’elle depuis leur couloir. Les moqueries sonnaient dans ma tête comme des hurlements.

J’ai découvert à cette époque la triste maladie qu’est la boulimie. Une maladie terrible car quoi que tu fasses, elle restera en toi : tu te souviendras toute ta vie de la sensation que tu éprouvais à ce moment précis. Tu en viens à t’en vouloir d’être grosse, à manger en cachette et à finalement trouver un moyen de tout faire ressortir. Plus les années passaient, plus mon rapport à la nourriture devenait compliqué. C’est mon premier amour qui, sans aucun doute, m’a sauvée de cette sombre phase. Et pour ça, je ne le remercierai jamais assez. Parfois, il suffit de peu pour pouvoir s’en sortir, une main tendue ou encore une rencontre…

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J’ai perdu 17 kg mais je me sentais fausse

Puis, je suis arrivée au lycée. Nouvel établissement, nouvelles copines. Ce lycée semblait bien plus tolérant que ce que j’avais connu par le passé. Je subissais quelques moqueries, mais largement supportables par rapport à ce que j’avais déjà dû affronter. Mais ça n’a pas non plus été de tout repos. Quelqu’un de mon entourage est tombé gravement malade. J’ai compensé ma tristesse par la nourriture et je ne faisais que manger. Une fois que la maladie fut éradiquée, j’ai pris une décision radicale. Il fallait que je maigrisse.

Je suis passée de : "Bonjour, je fais 70 kg, j’ai 16 ans, je fais 1m59 et je fais du 85D" à "je fais 53 kg pour 1m59 et je fais un 85D" (héhé, ma poitrine était toujours là, je l’aime). Ce régime fut un véritable coup de fouet. Tout ce que j’avais alors connu auparavant a disparu. Tout mon entourage était beaucoup plus gentil avec moi. Que ce soit mes amis ou ma famille. C’est à ce moment précis qu’on se rend compte que l’image que l’on dégage est très importante pour l’acceptation des autres et donc inévitablement pour l’acceptation de soi. Je pouvais faire comme tout le monde, échanger mes vêtements avec mes copines, avoir des garçons qui s’intéressent à moi.

Mais, ce n’est pas ça le bonheur. Je ne reconnaissais pas la personne dans le miroir. J’avais en face de moi quelqu’un de fade, quelqu’un de faible. Attention, je ne dis pas que les jeunes femmes fines sont fades, je dis juste que certaines femmes sont plus belles fines et d’autres plus belles avec leurs formes. Le principal est de s’accepter tel que l’on est. Et ce n’était pas mon cas. Je n’étais plus moi-même et tout le monde semblait adorer ça.

Maintenant, je m’assume

Cette étrangère, je devais rapidement la faire sortir de mon corps. J’ai donc décidé de reprendre du poids petit à petit. C’est là que j’ai rencontré mon deuxième grand amour. En première année d’études supérieures. Il a toujours accepté ma prise de poids, n’a jamais rien dit et me trouvait de plus en plus belle.

Malheureusement, ma mère et ma sœur ne semblaient pas accepter cette décision. C’est à cause de ces relations avec ma famille qu’à 19 ans, je me suis retrouvée sous antidépresseurs. À cause de ces drogues, j’ai beaucoup grossi. Après cette prise de poids conséquente, je me suis demandé si ce n’était pas trop, si cette étrangère n’était pas mieux et pas plus appréciée que la vraie moi.

C’est à ce moment précis que j’ai rencontré une professeure qui a marqué à jamais mon parcours. Elle avait de très très belles formes. Le plus beau chez elle, c’est qu’elle les assumait, les portait fièrement. Elle était incroyable, elle respirait la confiance. C’est grâce à elle que je me suis autorisée à porter des décolletés, car avant, je trouvais ça vulgaire sur moi, c’est grâce à elle que j’ai appris à accepter toutes mes rondeurs, tous mes bourrelets qui sont finalement super agréables. J’ai enfin compris qui je suis et qui je veux être. Je veux être fière de mon corps, fière de mes rondeurs, fière d’être moi. Si un jour cette femme me lit : sachez que vous m’avez sauvée de moi-même.

Aujourd’hui, je suis une jeune femme qui s’assume, qui assume de manger plus que les autres. J’assume mes rondeurs, je ris de mon double menton, mais surtout, je me sens belle. Je me sens désirée. N’oubliez jamais que la beauté ne se mesure pas à un chiffre. Je suis certaine que le 8 a été créé avant le 0. Le 0 est le résultat d’un chiffre heureux qui s’assume. Je m’appelle Victoria et je suis un 0.

Victoria, 21 ans, étudiante, Paris

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la Zone d’Expression Prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

Par La Zep, publié le 25/03/2019

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