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Témoignage : je suis tombée amoureuse d’une personne, pas de son sexe

Quand Léa a embrassé une fille pour la première fois, elle s’est sentie assaillie de questions. Elle a finalement refusé de se laisser enfermer dans une case.

(© Jody Amiet/AFP)

Il y a trois ans, je suis tombée amoureuse d’une fille. Une situation plutôt compliquée à gérer quand tu es toujours sortie avec des hommes et que tu ne regardes qu’eux. Avant de me lancer, beaucoup de choses se sont passées dans ma tête.

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Au début, c’était juste une amie. Je la connaissais depuis peu, mais notre relation était déjà très forte. Je ne me suis pas posé de questions, je la voyais comme mon amie. Et puis, notre relation est devenue plus bizarre, on était vraiment proches, mais pas comme deux copines. Je n’avais jamais été aussi proche, aussi tactile.

Mais je faisais comme si de rien n’était. On n’en parlait pas, on savait toutes les deux, dans notre tête, que c’était bizarre, mais on ne se disait rien. Un vendredi, on est sorties un peu, on a bu un peu, puis on est rentrées et au moment de se coucher, on s’est fait un petit bisou. Sur la bouche. Puis plus rien, on s’est endormies.

À l’âge con, où les réputations se faisaient vite

Le lendemain, on n’en a pas parlé. Le même soir, dans une soirée avec nos amies, on a bu un peu trop et quand on est rentrées, on s’est réellement embrassées. Puis, la panique. Je ne comprenais vraiment pas ce qui m’arrivait. Je me demandais si j’aimais les filles ou non. Ça me prenait beaucoup trop la tête. Je n’arrivais pas à comprendre. Pourquoi est-ce que je faisais ça avec une fille alors qu’aucune fille ne m’attirait ? J’essayais de regarder des filles, pour voir si j’étais bi ou gay, mais non, rien. C’était un peu le brouillard.

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Et puis, je me suis mis la pression. Je me suis demandé qui allait réagir et comment. Qui allait dire quoi ? Mon père, ma mère, mes frères, qu’allaient-ils en penser ? Peur de mes grands-parents, pour qui tout ça n’est pas normal. Ils sont de la vieille école. Et puis les potes au lycée. On était à l’âge con où les réputations se faisaient vite et les rumeurs aussi. J’ai donc aussi ressenti cette peur de me faire juger par toutes les personnes de mon entourage. On était les premières à avoir une relation gay, donc les gens allaient forcément parler de nous. Et ça me faisait très peur.

Alors on se cachait. On n’osait pas le dire à nos amis, alors qu’ils étaient très ouverts d’esprit ! On s’est cachées pendant près de quatre mois. Je faisais beaucoup de crises d’angoisse. J’étais vraiment perdue dans ma tête. Je n’en pouvais plus d’être aussi mal. Et juste parce que j’étais tombée amoureuse d’une fille !

Dans mon nouveau lycée, tous homophobes

Et puis, j’ai lâché l’affaire. J’ai décidé de ne plus me prendre la tête et de vivre ça comme ça venait. J’étais juste tombée amoureuse d’une personne et pas de son sexe ! J’ai assumé et ça s’est plutôt bien passé. Mon entourage proche a très bien réagi, je n’ai plus eu peur de ce qu’on pouvait dire de nous. J’étais bien, je pouvais lui tenir la main ou l’embrasser, rien ne pouvait m’atteindre.

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Mais bon, comme je le disais, les années lycée, c’est l’âge con. L’année dernière, j’ai changé de lycée et je me suis un peu retrouvée comme deux ans plus tôt. Avec cette peur de dire que j’aimais une fille. Car, en fait, avant même que je puisse faire connaissance avec ces gens-là, je me suis rendu compte que l’ensemble de ma nouvelle classe était sexiste et homophobe. Une seule fille ne l’était pas.

L’homophobie, pour eux, c’était une très grande fierté. Donc je n’ai pas osé dire que je sortais avec une fille. C’était ma dernière année, je voulais passer mon bac et je n’avais pas envie de leur dire. Ils étaient beaucoup trop cons pour comprendre quoi que ce soit et j’avais peur de me retrouver toute seule.

Cette année, je suis à la fac. On n’est plus ensemble avec cette fille, mais j’ai décidé que, peu importe avec qui je serai, je le dirai, et je l’ai dit ! Personne ne m’a fait de réflexion et j’adore ça ! Je suis très heureuse et je me sens vraiment soulagée de pouvoir parler sans avoir peur.

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Après m’être posé beaucoup de questions pour comprendre si c’était les filles, les garçons ou les deux, j’ai réalisé que j’étais juste tombée amoureuse. J’ai laissé de côté la prise de tête pour vivre mes histoires comme j’en ai envie !

Léa, 19 ans, étudiante, Paris

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la Zone d’Expression Prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

Par La Zep, publié le 30/11/2018

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