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Témoignage : je sors d’un bac +5, bien sûr que je n’ai pas d’expérience !

Publié le

par La Zep

© Tim Gouw / Unsplash

Mon diplôme en poche, j'ai cherché partout et trouvé... nulle part. Ni stage ni service civique qui aille.

Depuis que je cherche du travail, on m’a carrément proposé de travailler bénévolement pour des start-up ou des entreprises. Le recruteur d’une start-up m’a même demandé si c’était possible de réaliser la refonte totale de l’identité visuelle et graphique de son site sans percevoir de revenus. Pas facile de trouver un travail dans le milieu du cinéma d’animation et du graphisme… même avec un bac +5 !

Alors, après huit mois et une centaine de CV envoyés, voyant le peu d’opportunités qui s’offraient à moi et pour acquérir une première expérience professionnelle, j’ai décidé de faire un service civique. Mais, même là, je suis toujours dans cette frustration de ne pas pouvoir démontrer au plus grand nombre mon plein potentiel.

Après l’obtention d’un master en Gestion de production et techniques numériques d’animation fin juin 2019, j’ai recherché un travail dans le milieu du graphisme/motion design, et plus précisément dans des studios d’animation. J’ai cherché sur LinkedIn et Facebook, sur des plateformes dédiées à la recherche d’emploi comme Indeed, Pôle emploi ou encore ParisJob. J’ai également participé à des salons de l’emploi et à des salons liés aux métiers artistiques.

Puis, j’ai envoyé des candidatures spontanées. J’ai cherché ensuite des offres en tant que graphiste et monteur vidéo junior, toujours en adéquation avec mon diplôme. En retour, j’ai eu droit en majorité à des "nous n’avons plus de postes à pourvoir", "nous ne recherchons pas de profils dans ces domaines d’application". Trop peu de retours positifs sur mon profil artistique et mes compétences.

Alors je me suis replié sur un stage, pour avoir une opportunité de premier CDD ou CDI à la clé. J’ai eu cette fois pas mal de retours, mais pas pour un stage non conventionné. Et je ne suis plus étudiant.

Pour mes amis de promo, c’est la même chose

Les entreprises liées au secteur du cinéma d’animation recherchent des profils avec des hauts niveaux après un master, ayant une maîtrise complète des logiciels et sans aucune expérience professionnelle. J’ai postulé pour des entreprises comme Mikros ou Supamonks Studio, j'ai reçu un retour encourageant mais pas de proposition de poste car j’étais peu expérimenté. Je l’avais déjà remarqué lors de mon jury de fin d’année, face à des recruteurs exigeants et voulant des profils très compétents. Alors que nous étions plutôt en cours de professionnalisation.

Pourtant, j’ai eu un parcours orienté vers le milieu artistique. Plus jeune et pendant huit ans, j’ai participé à un atelier d’arts plastiques et à un atelier de bande dessinée à l’espace Jean-Roger Caussimon à Tremblay-en-France, dans le 93. Ma curiosité pour le monde de l’art m’a amené, dès la fin du collège, à intégrer un bac STD2A (Sciences et techniques des arts appliqués). Pour, finalement, intégrer un master en École supérieure des Arts appliqués.

Mes amis de promo rencontrent aussi des problèmes à trouver un premier emploi. On ne nous a absolument pas aidés pour notre recherche de stage dans une entreprise et pour notre recherche d’emploi. Nous avons eu de temps en temps des opportunités de stage envoyées par mail, mais pas au cas par cas : les annonces étaient balancées par mail pour une classe de vingt-cinq élèves, c’était à nous de nous imposer pour saisir l’opportunité.

N’avoir aucune responsabilité avec un bac +5… c’est frustrant

J’ai donc regardé du côté des petites structures et centres culturels, sans retour… Mais ça m’a donné envie de participer à des projets proches des milieux associatifs. Pour faire des ateliers, des projets pour la jeunesse.

J’ai donc cherché un service civique dans le milieu artistique. Ayant trouvé peu de missions artistiques, j’ai pris la première que j’ai trouvée en rapport avec l’art. En mai 2020, j’ai trouvé une association qui, de prime abord, propose un travail en atelier avec des enfants sur la pratique artistique. Mais ma fonction première, pour l’instant, est de réaliser des PDF sur des grands principes artistiques, comme la synthèse des couleurs. Mes cours n’ont pour but que de me former à la pratique artistique… alors que je suis déjà praticien et que je connais la plupart des thèmes abordés.

Je pensais réaliser des ateliers artistiques ou des cours pour des enfants. Il n’en est rien. Je me retrouve dans des ateliers de peinture pour des enfants entre 6 et 12 ans mais en tant qu’animateur passif, à donner du matériel et à le ranger une fois qu’ils sont terminés. Cela crée une frustration. Je ne peux pas m’exprimer, partager mes projets ou en réaliser en équipe. La part d’apprentissage est trop faible pour être utile à la suite de mon parcours professionnel.

Je dois attendre que le local de l’association soit opérationnel pour, éventuellement, commencer des ateliers plus intéressants avec des projets plus formateurs. Ma mission dure dix mois mais, à l’heure actuelle, je suis en plein doute : est-ce que je reste dans l’association ?

Mes premiers clients sont des amis

Je me tourne donc désormais quasi exclusivement vers mes propres projets. Je réalise des logos, des illustrations et divers projets graphiques pour alimenter mon propre site web professionnel. Ces projets, parfois rémunérés, sont plus concrets et me permettent de progresser dans mes compétences artistiques et de valoriser mon travail auprès de futurs recruteurs.

Je n’ai pas encore de statut d’autoentrepreneur ou d’indépendant mais je compte en avoir un dans un avenir proche. Mes premiers clients sont, pour la totalité, des amis qui ont besoin de mes prestations et souhaitent me donner une première expérience dans mon travail.

Je dédie également mon temps libre à parfaire mes connaissances et mon apprentissage à l’aide de divers tutoriels. Avec tout ce savoir, je compte, dans un futur relativement proche, avoir une maîtrise complète des logiciels liés à la création artistique, principalement sur la suite Adobe. La période du Covid-19 que nous vivons a joué en ma défaveur, mais je ne suis pas trop inquiet pour l’avenir. J’essaie de relativiser en réalisant des projets qui prouvent mon expérience et mes compétences. Pour satisfaire mes futurs recruteurs.

Condo, 23 ans, volontaire en service civique, Tremblay-en-France

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la zone d’expression prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

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