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Témoignage : j’ai un bac +5 option chômage

Publié le

par La Zep

© Andrea Piacquadio / Pexels

Master en poche, je voulais bosser, mais enfermée dans le chômage, les portes de la vie active restent closes.

Je me suis orientée vers les études sup', parce qu’on me rabâchait le sempiternel discours : "Sans diplôme, tu trouveras difficilement, voire pas de travail." Diplômée depuis fin 2019, je suis au chômage depuis une quinzaine de mois. Cette situation s’éternise beaucoup trop à mon goût et ma santé commence à en prendre un coup…

J’ai fait une licence sciences du langage, puis un master TAL (traitement automatique des langues). Au bout de cinq ans, je n’en pouvais plus des études. Je voulais entrer le plus vite possible dans le monde du travail, pour avoir une première expérience et montrer de quoi je suis capable, pour prouver à ma famille et mes professeurs qui ont suivi mon parcours que je pouvais y arriver.

Une fois diplômé, quand on est en recherche d’emploi, c’est obligatoire de s’inscrire sur la liste des employeurs, donc de se créer un compte sur Pôle emploi. Ça ne sert à rien ! On est aussi obligés de mettre à jour son compte, à moins de se faire radier de la liste de demandeurs d’emploi (logique ?).

Pôle emploi s’est réveillé six mois après mon inscription

Au début, j’ai suivi les conseils d’autres étudiants travaillant dans ce secteur. Utiliser des mots-clés en anglais pour cibler les emplois assez spécifiques. Des offres telles que computational linguist, NLP engineer, R&D engineer… Des débouchés vraiment liés à mes études, mais ces emplois ne sont pas inventoriés dans la liste des fiches métiers de Pôle emploi. Il n’y a que sur Indeed que ce type de recherches fonctionnent, car ce sont des postes rares, encore peu connus.

Pôle emploi s’est réveillé six mois après mon inscription : un entretien qui n’a mené nulle part, de la paperasse en ligne. Quelques mois plus tard, je suis convoquée avec d’autres jeunes à une réunion d’info. Pourquoi ? Pour s’entendre dire que Pôle emploi n’a pas les moyens de nous aider et qu’il nous renvoie donc vers une mission locale.

Mission locale qui n’est pas non plus d’une aide extrême, mais c’est déjà mieux : ils m’ont proposé les chèques mobilité pour m’aider à payer en partie la recharge de ma carte Navigo. Hélas, avec le confinement, je n’ai pas pu en bénéficier.

En tutorat, j’ai plus eu l’impression d’aller voir un psy

En plus de tout ça, je suis suivie par l’association NQT [Nos quartiers ont des talents], qui aide les jeunes à s’insérer professionnellement à l’aide d’un tutorat. J’ai eu des échanges téléphoniques et deux entretiens avec mon parrain, juste avant la longue période de confinement. Je n’ai donc pas pu faire beaucoup de choses pour améliorer ma situation. Les premières séances consistaient à me présenter et à reprendre confiance en moi et en mes compétences. J’avais plus l’impression d’aller voir un psy qu’une personne pouvant m’aider à entrer dans le monde du travail.

De plus, l’association est bien gentille de nous inviter dans des salons ou pour des entretiens, mais cela demande souvent de se déplacer loin et quand on n’a plus le statut d’étudiant, cela revient cher niveau transports en commun.

Mes candidatures spontanées, mes entretiens dans le vent, les entreprises qui "oublient" de répondre ou font des promesses pour ensuite retourner leur veste m’ont plongée dans une spirale infernale de dépression. Je me suis dit qu’un contrat d’apprentissage dans une formation qui me plaît pourrait changer la donne et me permettre au moins de gagner en expérience et faire un boulot dans lequel je m’épanouis.

J’ai été agréablement surprise de voir ma candidature validée par le service de formation, mais – rire amer – que j’étais naïve… Cette pré-inscription ne signifie rien : pour assister aux cours du cursus, il faut trouver un contrat d’apprentissage de trois ans.

C’est surréaliste, la durée de ce contrat. J’ai rapidement compris le piège, je n’ai pas encore vu une seule offre proposant un contrat de cette durée et l’école n’aide pas à trouver une entreprise, preuve qu’il ne faut jamais se fier aux informations inscrites sur les brochures. Il était pourtant noté que "le service entreprise de l’école" nous accompagne dans les démarches de recherche de contrat…

Un profil inintéressant ? Je reste au chômage

On nous demande de réaliser un CV selon des modèles fournis, puis après validation, celui-ci est diffusé aux entreprises partenaires et si celles-ci sont intéressées par notre profil, elles nous recontacteront, mais l’école ne prend pas en compte les cas particuliers comme le mien, celui d’une étudiante qui cherche à être formée dans un domaine très différent de son diplôme et qui, par conséquent, n’a pas la maîtrise des outils et logiciels requis par les entreprises. Donc forcément, un profil inintéressant.

Leur aide consiste uniquement à donner des pistes : contacter des agences de communication visuelle, faire le plus possible de candidatures spontanées, commencer par rechercher dans sa ville puis élargir les recherches… Bref, des choses assez évidentes. Pas de contrat, pas de formation. Je vous laisse deviner mon quotidien : des tonnes de candidatures spontanées avec soit des refus, soit – eh bien – rien du tout. Ça, c’est ce que je supporte le moins : être laissée dans le flou.

Autres blocages classiques : le manque d’expérience et les prérequis indispensables. "On va te former, mais tu dois déjà savoir maîtriser tel logiciel." Encore une fois, juste une histoire de rentabilité. En fait, les entreprises ne veulent pas te former, parce que ça coûte et que le temps, c’est de l’argent. Je hais ce mot. L’argent, toujours l’argent. J’en ai juste marre de ce cercle vicieux.

Que ce soit pour trouver un travail ou un job alimentaire, on n’a jamais assez d’expérience ou trop. Bref. Je suis dégoûtée et j’ai honte d’en venir à écrire ça, mais… je commence à comprendre les personnes qui se suicident par désespoir, parce que rien ne change.

Les entreprises ne se rendent pas compte de leurs exigences !

C’était déjà difficile avant le coronavirus, mais "l’après-coronavirus" a empiré la situation. Les entreprises sont encore plus frileuses qu’auparavant, puisqu’elles se retrouvent dans des situations financièrement compliquées. Certaines disent avec humour qu’elles ne recherchent pas "le mouton à cinq pattes", mais j’ai l’impression qu’elles ne se rendent pas compte du niveau de leurs exigences et du manque de cohérence de leurs offres. Par exemple, j’ai vu des offres ouvertes à des personnes sans expérience, mais qui requièrent quand même la maîtrise de logiciels spéciaux.

Je voulais tellement travailler que je me suis mise à postuler pour des jobs qui n’ont rien à voir avec ma certification, comme dans la restauration, parce que je ne supporte plus cette dépendance financière vis-à-vis de mes parents. J’ai juste l’impression d’être un boulet.

Malgré mes recherches régulières et mes multiples tentatives de candidatures spontanées, je n’ai encore rien trouvé. J’ai bien reçu des propositions d’emploi récemment, mais qui n’ont rien à voir avec mon profil ou ma recherche. J’ai vraiment tout tenté, chaque fois que je voyais une opportunité. Comme la plateforme Talents diversité, qui met en contact des jeunes en recherche d’emploi ou de contrat d’alternance avec des entreprises.

Marre du chômage, laissez-moi tenter ma chance

Mon seul plan B repose maintenant sur l’aide d’un ami qui a suivi la même formation et qui m’a proposé de transmettre mon CV à son patron. J’attends encore son retour…

Certes, je ne suis pas à la rue ni seule, mais ça limite ma liberté et mes envies et j’ai l’impression de gâcher mon existence, en plus de celle de mes parents, parce que les études c’est aussi beaucoup de temps et d’énergie. J’ai l’impression d’avoir perdu l’un et l’autre à faire des études qui ne mènent nulle part. Alors qu’on nous présentait le TAL comme un secteur d’avenir avec de nombreux débouchés, on ne veut pas nous laisser tenter notre chance ni nous former… Qu’est-on censé faire, en fait ?

Clarisse, 24 ans, en recherche d’emploi, Montrouge

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la zone d’expression prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

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