© Sara Bentot / Konbini

Témoignage : harcelée, j’en étais arrivée à me faire mal moi-même

Tombée en dépression et hospitalisée après avoir été harcelée, Estelle s’en est sortie grâce à sa passion pour le football.

J’ai été victime de harcèlement depuis la fin de l’école primaire. J’ai été critiquée et insultée. Et je n’avais pas d’échappatoire : dans mon collège de secteur, j’ai retrouvé la plupart des personnes de mon ancienne école. Le harcèlement n’a pas cessé et il s’est transformé en violences physiques régulières. J’ai mis du temps à m’en sortir mais j’ai réussi.

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J’en étais arrivée à me faire mal moi-même

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Les surveillants de mon établissement n’agissaient plus. Je me faisais frapper devant eux et leur seule réaction était de rire. N’ayant pas d’aide de mon établissement, n’ayant pas d’amis et des parents qui ne savaient rien de la situation, je me suis retrouvée seule. Je me sentais impuissante face à eux, j’ai commencé à croire à leurs horreurs, et à penser que c’était normal.

Le soir, j’en étais arrivée à me faire mal pour me délivrer de cette douleur. Le jour où je suis rentrée de l’école le visage ensanglanté, mes parents ont compris et ont essayé d’agir en me changeant de collège. Mais là encore, les blessures du passé étaient présentes. J’étais renfermée et j’avais peur des gens de mon âge. L’intégration fut très compliquée. Impossible même.

Les années se sont enchaînées. Le calvaire a continué. À 16 ans, lorsque je suis allée au Lycée Cognacq-Jay à Argenteuil, cela a été l’année de trop, le coup de trop. J’ai développé une phobie scolaire et la dépression a gagné du terrain. Jusqu’à ce que j’éclate.

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Je me suis retrouvée internée un mois en psychiatrie, à devoir prendre des antidépresseurs et calmants plusieurs fois par jour. Sortie de là, j’étais toujours suivie en soins de jour. Deux fois par semaine pendant sept mois. N’étant plus en état de retrouver le chemin de l’école, les médecins m’ont déclarée dyspraxique, dépressive et avec un trouble du comportement. Je me suis retrouvée déscolarisée, à broyer du noir dans ma chambre.

Taper dans le ballon et évacuer la haine

Rentrée 2014. Passionnée de football depuis longtemps, pour m’aider à me resocialiser, j’ai décidé de pratiquer ce sport d’équipe. Je me suis inscrite en club, à Franconville. Au mois de novembre, j’ai commencé la pratique et contre toute attente, malgré des débuts assez durs, j’ai réussi à m’intégrer au groupe et à me faire des amies.

Le travail en équipe m’a permis de m’intégrer à un groupe. Les sorties en dehors du complexe, au stade pour voir des matchs, les tournois… Rester toute la journée ensemble a resserré ces liens. Cela m’a permis de retrouver une confiance en moi énorme et de me sentir pour la première fois importante pour quelque chose et pour quelqu’un.

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Un mois plus tard, j’ai pu retrouver le chemin de l’école, me calmer, et arrêter tout traitement. J’ai continué en parallèle de mes cours la pratique dans ce club, ce qui m’a permis de me défouler. Taper dans le ballon et ne pas garder cette haine qui me bouffait depuis tant d’années.

Quatre ans plus tard, c’est derrière moi : j’ai réussi à avancer, reprendre confiance en moi et je peux revivre plus sereinement qu’avant. J’ai réussi à rattraper ma scolarité et à décrocher mon bac. Les cicatrices du passé ne se sont toujours pas estompées. Elles restent en moi. Mes faiblesses du passé sont mes plus grandes forces et j’ai appris à vivre avec et à passer au-dessus de tout ce qui peut me nuire.

Estelle, 20 ans, étudiante, Cormeilles-en-Parisis

 

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la Zone d’Expression Prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

Par La Zep, publié le 04/02/2019

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