© PHILIPPE DESMAZES / AFP

Témoignage : "financièrement, pendant mes études, j'étais en mode survie"

 450 euros de bourse, un loyer à payer et des factures accumulées... c'était la survie au quotidien.

Quand il a fallu quitter le domicile familial pour entamer ma licence de sociologie, la précarité, j’ai été obligée de cohabiter avec. Et c’est avec elle que j’ai vraiment compris tout le chemin que je me devais de parcourir…

Toute ma licence, j’ai dû jongler entre payer un loyer à 300 euros, les charges, Internet, une carte de transport, acheter à manger, des livres et autres articles en ligne, renoncer à me cultiver et à me sociabiliser. Le tout avec 450 euros de bourse.

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Pas la possibilité d’aller voir le dernier film dont mes potes se feront le plaisir de brosser une critique autour d’un verre. Pas trop les moyens d’aller à cette expo, pourtant à un prix avantageux pour les étudiants, encore moins de partir en week-end sur un coup de tête…

Ma calculatrice était ma meilleure amie

Quand je faisais mes courses, la calculatrice était ma meilleure amie : faire les fins de marché, c'était un parcours obligé. Chaque mois, je priais pour ne pas avoir un imprévu. Finir la fin du mois avec 50 euros, c’était un exploit. Heureusement que j’avais de l’aide de mes parents de temps à autre… quand ils pouvaient.

Mes parents sont des immigrés d’Afrique noire, leur parcours en France depuis notre arrivée sur le territoire français est synonyme de précarité, de pauvreté, de combativité dans le silence et la résilience. Pour ma part, je ne veux pas être qualifiée de résiliante. Je le suis bien malgré moi. La précarité, je l’ai connue bien avant la fac. Elle et moi, nous nous toisions de loin.

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Quand il fallait payer les timbres pour ma carte annuelle de séjour étudiante, de 45 euros à Tours et de 75 euros à Bordeaux, c’était la révision totale du budget. Les prix sont totalement arbitraires d’une ville à l’autre et basés sur quoi ? Personne ne nous le dit et c’est une économie parallèle sur le dos des étudiants étrangers. Aucune folie, aucune insouciance n’était permise. Finir le mois, penser au prochain…

Mes années de master à Bordeaux et à Nantes n’ont pas été mieux. J’ai juste vendu ma force de travail dans des jobs de plongeuse les jeudis, vendredis, samedis, de 20h à 23h, ou de vendeuse intérimaire pendant les vacances, de serveuse en extra… Pensant investir cette force pour mon avenir… Lol.

L’ivresse de ceux qui n'ont rien à perdre mais tout à construire

En master 2, il m’est arrivé d’avoir des crises d’angoisse parce que je ne savais plus comment j’allais pouvoir payer mon loyer de 430 euros toutes charges comprises dans le délai exigé par l’agence. Mon salaire de plongeuse de 300 euros tombait en début de mois, ma bourse de 450 euros du Crous et mes APL en milieu de mois. C’est la seule fois où j’ai écrit un courrier au Crous pour demander une avance ou à changer mes périodicités pour qu’elles soient en adéquation avec le paiement de mes loyers.

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C’était une angoisse mensuelle, une gymnastique psychique épuisante… qui a été atténuée cette fois-là par une aide ponctuelle de 200 euros de l’organisme. Aujourd’hui, à bac +5, on me classerait  – en terme de capital intellectuel – dans la case des CSP+. Pourtant, en tant que journaliste pigiste #LaPrécaritéTue toujours, lancinante, je me retrouve dans une profession hypocrite qui exploite nos situations instables.

Néanmoins, l’État nous demande de faire avec. Faire mieux, encore, plus vite, plus fort. D’être dignes, malgré toutes les oppressions économiques et systémiques qui nous rongent. Faire pour obtenir, tel le Saint-Graal, le minimum de confort matériel pour vivre. Pourtant la précarité s’amplifie, s’insinue et nous fait survivre.

#LaPrécaritéTue et je suis une survivante comme des milliers d’étudiants qui se battent, l’angoisse aux tripes mois après mois, année après année… Mais broyés par un système social qui se nourrit de ses failles.

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Et ivres de justice, on dénonce partout cette précarité étudiante, tout le temps, avec nos moyens et l’ivresse de celles et de ceux qui n’ont plus rien à perdre mais tout à construire.

Douce Dibondo, 26 ans, journaliste indépendante, Paris

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la Zone d’Expression Prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

 

Par La Zep, publié le 03/12/2019

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