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Témoignage : en sortant de l’école, je ne savais ni lire, ni écrire

Publié le

par La Zep

© Priscilla Du Preez / Unsplash

Je n'ai jamais su écrire, c'est un vrai handicap. Grâce à mes enfants, j'ai enfin appris à lire, mais l'écriture reste impossible.

La rédaction de ce témoignage est passée par l’oral pour compenser l’illettrisme de Stéphane. Mais ces mots sont tous les siens.

Pour moi, écrire, c’est zéro. Catastrophique. Même un mot, je galère. Déjà en primaire, j’allais au fond de la classe et ma feuille était toujours blanche. Au collège, j’étais en Segpa et c’était pareil : j’attendais que l’heure passe… J’ai arrêté l’école à 16 ans.

En sortant de l’école, je ne savais ni lire ni écrire. Ma famille était au courant. Mais personne d’autre. Mes copains ne le savaient pas. Ma copine je l’appelais, mais je ne lui envoyais pas de textos. Pour les papiers, je me faisais aider par ma famille. Pour le travail, au début, je le cachais. Mais j’étais perdu. J’allais aux réunions d’entretien, je mettais juste mon nom et mon prénom. Et puis, à la fin, je disais : "Ben voilà, je ne sais pas lire, ni écrire."

C’est avec mes enfants que j’ai appris la lecture. Ma fille et mon fils venaient avec leurs cahiers, j’étais obligé de lire avec eux. C’est comme ça que j’ai repris confiance en moi. Mais écrire, je n’y arrive pas. Ça ne rentre pas. Je l’avoue : je ne sais toujours pas écrire.

On croit que je ne sais pas faire de métier

Alors, à chaque fois, on me dit la même chose : il faut faire une remise à niveau. Mais, pour moi, c’est une perte de temps. Il faut aller dans un centre de formation et être assis quatre heures sur une chaise pour apprendre. Je n’y arrive pas. Alors je suis toujours recalé. Et, comme je ne sais pas écrire, on croit que je ne sais pas faire de métier.

Depuis quatre ou cinq ans, je travaille dans l’entretien des espaces verts pour la ville. J’ai appris sur le tas. Je sais tailler, faire des boutures, débroussailler, bêcher, faire des massifs, faire des gazons, tondre, planter des arbres, réparer les engins mécaniques : la débroussailleuse, le taille-haie, la tondeuse, le motoculteur, la tronçonneuse. J’apprends en regardant ou à l’oral.

C’est comme le permis de conduire : je pensais que je ne l’aurais jamais. J’ai appris le code à l’oral avec un ordinateur qui posait des questions. On devait juste cocher et je l’ai eu. Et quand je dois prendre des notes ou envoyer un message, je prends mon téléphone et ça écrit à ma place avec la reconnaissance vocale.

Aujourd’hui, dans mon travail, je suis passé chef de file. Je prends deux ou trois personnes avec moi pour aller sur un chantier et je leur explique le travail à faire. Je voudrais bien continuer pour devenir encadrant plus tard. Mais malgré tout ce que je sais faire, si mon contrat s’arrête demain, je ne sais pas où je pourrais travailler à cause de… l’écriture.

Stéphane, 30 ans, salarié, Grande-Synthe

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la Zone d’Expression Prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

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