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Témoignage : dans mon lycée, le protocole sanitaire renforcé, c’est du blabla

Publié le

par La Zep

Image d’illustration – Lycée dans le Val d’Oise, 2 novembre 2020. © BERTRAND GUAY / AFP

Les cours à 35, la cantine et la récré blindées, ça me fait flipper : pour ma santé et celle de ma famille.

Quand j’ai appris que quasi-tout était reconfiné sauf les établissements scolaires, j’ai été un peu surprise. Au lycée, le risque d’attraper le coronavirus est constant. Je m’attendais à de nouvelles mesures, mais dans mon établissement, le protocole sanitaire n’a pas été renforcé depuis la rentrée. Sur le papier peut-être, mais pas en pratique.

Je me dis qu’ils ont sorti ce protocole sanitaire pour alléger leur conscience, mais qu’en pratique, rien n’est applicable. Jean-Michel Blanquer le sait. À chaque fois, dans ses discours, il dit "dans la mesure du possible", mais lui-même sait que ce n’est pas possible quand on est 2 000 élèves. Comment sommes-nous censés respecter les gestes barrières, la distanciation et empêcher le brassage des élèves dans un lycée de cette taille ?

En cours, on est toujours en classe entière

Avant le confinement, les salles étaient aérées toutes les trois heures. Maintenant, certains professeurs gardent les fenêtres ouvertes pendant tout le cours – c’est l’une des seules nouveautés. En plus du froid, nos feuilles volent, alors ce n’est pas pratique.

En section générale, il n’y a plus de "classe" à proprement parler, à cause de la réforme du bac. Dans ta classe, tu peux avoir des élèves qui ont pris des spécialités totalement différentes des tiennes. De ce fait, c’est impossible d’avoir une salle par classe. Le ministre devrait le savoir, c’est sa réforme.

En tant qu’élèves, même si on a envie de faire plus attention et de respecter les gestes barrières, on ne peut pas. Le bus pour se rendre en cours le matin est blindé, à la récréation tout le monde est dans le hall ou devant pour fumer. Il n’y a pas de distanciation possible. En cours, on n’est pas en demi-groupes non plus, on est toujours en classe entière.

Les cours d’EPS sont également maintenus, toujours en classe entière et sans masque. Je ne comprends pas pourquoi, dans ce cas-là, les salles de sport sont fermées, alors que les personnes y vont seules, tandis que nous, on est 30, 35 à faire des sports collectifs. C’est assez contradictoire.

Je sais qu’ils essayent d’alléger la cantine, parce que mon lycée sert 1 700 repas par jour. Le lundi, je déjeunais toujours de midi à 13 heures et maintenant, j’y vais de 13 heures à 14 heures, mais c’est tout. Je ne pense pas que ce soit réellement efficace, on est tous sans masque et la queue pour la cantine n’a pas diminué.

En fait, c’était une rentrée normale, un peu comme si de rien n’était. Lundi, on a un peu parlé de Samuel Paty, mais concernant les nouvelles mesures sanitaires, personne n’a donné son avis, rien.

Au lycée, l’administration dissimule les cas de Covid

J’entends dire à la télé que le virus ne circule pas dans les établissements scolaires… C’est totalement faux. Dans mon établissement, avant les vacances, les cas de Covid étaient dissimulés par l’administration, mais on finit toujours par l’apprendre. Une amie ou quelqu’un de sa classe va l’avoir et l’information va circuler rapidement, mais ce n’est jamais l’administration qui nous en informe.

J’ai appris qu’une camarade de ma classe l’avait eu via ses réseaux sociaux. Elle était absente environ trois semaines. Quand les cas s’additionnaient réellement dans une classe, l’administration pouvait le dire pour que les autres se fassent tester, mais c’était rare. Une amie était même "cas contact" à cause des cas de Covid dans sa classe, mais ils lui ont dit d’aller au lycée, le temps qu’elle reçoive les résultats de son test. Le lycée nous informe seulement lorsqu’un enseignant est contaminé.

Le fait de ne jamais réellement savoir, ça installe une sorte de crainte générale, surtout pour ceux qui font plus attention. Il y a une partie des élèves qui sont un peu inconscients. Il y a beaucoup de fumeurs et, à la sortie, tout le monde s’agglutine pour fumer, sans distanciation, sans masque. Il n’y a pas de récréations en décalé pour y remédier. Les surveillants ne disent rien. Ils ne surveillent jamais les sorties du lycée et encore moins aux heures de récréation.

J’aimerais un vrai protocole sanitaire renforcé

J’ai un peu peur d’aller au lycée, j’ai peur d’attraper le coronavirus et de le refiler à ma famille. Ma sœur et moi, on est les seules qui sortent souvent pour aller dans nos établissements respectifs.

J’aimerais un vrai protocole sanitaire renforcé, de vraies mesures limitant le nombre d’élèves présents dans l’établissement pour diminuer les contacts et, si ce n’est pas possible, reprendre les cours à distance le temps que la situation s’améliore. J’ai la crainte qu’on ne puisse pas finir le programme, mais j’arrive à m’organiser à distance. On est quand même dans une deuxième vague de coronavirus et je trouve que les mesures dans mon lycée ne sont pas adaptées à la situation.

Mardi 3 novembre, on aurait aimé faire un blocus pour dénoncer la mauvaise gestion de la crise sanitaire dans les établissements, mais on a rapidement été arrêtés par le CPE et la police est intervenue. Ça n’a pas été violent. Le CPE a appelé la police par peur que ça dégénère et pour nous dissuader. Les élèves ont pris peur et ça s’est vite calmé. Malheureusement, on n’était pas assez nombreux pour que ça tienne.

Quand on demande la reprise des cours à distance, on nous catégorise de fainéants. Selon certaines personnes sur les réseaux sociaux, on demanderait ça parce qu’on n’aurait pas envie de travailler, alors qu’on ne veut simplement pas prendre de risques pour nos familles et pour nous-mêmes. On est laissés de côté dans les décisions, tandis qu’on fait partie des rares à devoir sortir, la moitié du pays étant confinée.

Chloé, 16 ans, lycéenne, Île-de-France

Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la zone d’expression prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

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