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Témoignage : à mon harceleur, j’espère que maintenant tu comprends

Je me suis fait harceler pendant des années par le même enfant. Aujourd'hui, j'ai décidé de parler et de lui écrire une lettre.

"Salut la moche, alors ça fait quoi d’être moche et petite comme toi ?" Je me souviens encore de la première fois où je me suis sentie harcelée et ça a commencé avec cette phrase. C’était pendant la récréation au début de l’année, j’étais en CE1 à Nanterre, j’avais 7 ans. T’es venu me voir alors que je ne te connaissais pas et tu m’as dit ces mots.

Je ne sais pas pourquoi tu m’as prise pour cible ? Peut-être parce que j’étais une fille très timide et que je n’avais presque pas d’amis. Mais ce n’était pas une raison pour me harceler toutes ces années ! Tous les jours, tu te moquais de moi, il ne se passait pas un jour sans que tu m’insultes ou me tapes.

Je me souviens qu’une fois, je montais pour aller en cours, coiffée avec des tresses. Tu m’as tiré les cheveux et je suis tombée dans les escaliers. Tous les élèves se sont moqués de moi et personne ne m’a demandé si je m’étais fait mal. Aujourd’hui encore, je peux me rappeler de ton visage rigolant de moi.

Au début, j’essayais de ne pas te calculer mais je pleurais très souvent car tu te moquais de moi sur des choses qui me blessaient énormément, comme par exemple sur le fait que je sois petite de taille ou que je ne sois pas forcément la fille la plus belle de l’école. J’étais la seule que tu harcelais, les autres t’aimaient bien, t’étais même un garçon très populaire.

Mon harceleur prenait du plaisir à me faire du mal

Au bout de quelques mois, j’ai décidé de parler de toi à ma mère. Elle a pris rendez-vous avec ma maîtresse qui était aussi la tienne. Je ne sais plus combien de fois ma maman est venue la voir à l’école pour lui dire que sa fille se faisait harceler. Mais cela ne changeait rien, tu ne t’arrêtais jamais, tu prenais du plaisir à me faire du mal.

J’ai supporté tout ça pendant deux ans, jusqu’au jour où en CM1, pendant la récréation, tu m’as baissé le pantalon devant tous les élèves. Je me suis sentie blessée, humiliée de voir que tout le monde se moquait de moi. Toi, tu te sentais fier, comme d’habitude ! Ce jour-là, je n’ai plus voulu retourner à l’école de toute ma vie.

Quand je suis rentrée chez moi, j’ai tout raconté à ma mère et le lendemain elle m’a ramenée chez le directeur pour tout lui raconter. Après ça, tu as été viré de l’école. Mais je ne pense pas que ça t’ait fait réfléchir : tu ne m’as jamais présenté tes excuses.

Quand j’y repense, je me rends compte à quel point j’ai eu de la chance d’avoir osé en parler à ma mère car beaucoup n’osent pas et restent dans une spirale infernale dont ils ne sortent jamais. Ce que t’as fait a été horrible pour moi. Pendant toute l’année de CM2, je suis restée toute seule, à chaque récréation, en pensant que tout le monde me voulait du mal. Tu m’as littéralement fait perdre toute confiance en moi.

Aujourd’hui, tu es dans le même collège que moi. Tu habites dans le même quartier que moi. Quand je te croise, je me rappelle de tous ces mauvais souvenirs, de tout le mal que tu m’as fait. J’espère que si des harceleurs lisent mon témoignage, ils se rendront compte que ce qu’ils font est horrible pour la ou les victimes. Mettez-vous à leur place et vous verrez ce que ça fait, de tous les jours aller à l’école en ayant peur et en se disant "Qu’est-ce qu’il va encore me faire aujourd’hui ?".

Sabrina, 13 ans, collégienne, Nanterre

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Ce témoignage provient des ateliers d’écriture menés par la ZEP (la Zone d’Expression Prioritaire), un média d’accompagnement à l’expression des jeunes de 15 à 25 ans, qui témoignent de leur quotidien comme de toute l’actualité qui les concerne.

Par La Zep, publié le 02/01/2020

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