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Strasbourg : un gymnase réquisitionné pour les sans-abri

Publié le

par Hugo Gabillet

© Frederick Florin / AFP

Alors que la température tombe jusqu’à moins dix degrés.

Les sans-abri de Strasbourg sont invités à rejoindre un hébergement d’urgence provisoire, alors que la température extérieure frôle les moins dix degrés, mais certains préfèrent décliner, malgré le froid glacial.

"Est-ce que vous ne voulez pas dormir au chaud ? Un gymnase a ouvert juste à côté", insistent Laëtitia, infirmière, et Jean-Pierre, éducateur, qui assurent une maraude hebdomadaire du Centre communal d’action sociale de Strasbourg. Un homme, calfeutré dans sa voiture, garée dans une discrète rue enneigée, refuse la proposition : "Non, tout va bien, c’est très gentil de proposer."

Avant de repartir au volant de la camionnette remplie de couvertures et de boissons chaudes, Jean-Pierre vérifie la température des mains de l’homme dormant dans son véhicule. Aussi, il s’assure que ses paroles sont cohérentes. "On surveille l’hypothermie" qui peut rendre délirant, explique l’éducateur qui fait des maraudes depuis quinze ans.

"Cela va m’aider à souffler"

Quant à Pierre, il n’a pas hésité quand le 115 l’a appelé pour le prévenir de l’ouverture d’un gymnase à côté d’une école dans le nord de Strasbourg, où quarante lits ont été installés. "Cela va m’aider à souffler", a-t-il dit, car le jeune homme de 21 ans, qui a perdu son emploi et quitté son appartement face à l’accumulation des loyers impayés, dort dans sa voiture depuis deux semaines.

Après avoir donné son identité et s’être fait prendre la température, Pierre a pu se réchauffer avec une collation, et dormir dans un des lits de camp alignés en vitesse par la Croix-Rouge après la décision de la préfecture du Bas-Rhin de réquisitionner cette salle de sport face au grand froid.

Josiane Chevalier, la préfète de la région Grand Est et du Bas-Rhin, a expliqué que leur objectif "est vraiment d’essayer de les convaincre de se mettre à l’abri, parce que, quand il fait des températures aussi basses, on se met en danger". Floriane Varieras, l’adjointe aux solidarités à la mairie de Strasbourg, a déclaré qu’en raison de l’épidémie de la Covid-19 "la capacité du gymnase a été divisée par deux, parce qu’il faut jongler entre la sécurité par rapport au froid et la Covid".

Plus de mille places à disposition dans le cadre du plan hivernal

Accessible la journée, cet hébergement vient s’ajouter aux mille places mises à disposition, notamment dans les hôtels, depuis le début de la crise sanitaire, et aux 420 places ouvertes depuis novembre dans le cadre du plan hivernal, qui ont bénéficié notamment à des familles et à des femmes à la rue.

Le gymnase est réservé aux hommes et peut accueillir quelques chiens. Pour l’heure, il est ouvert jusqu’à mardi, ce qui devrait correspondre au retour des températures positives. Pour autant, Ammar, Algérien de 33 ans ayant bénéficié d’un lit au gymnase, s’est inquiété de la suite : "Et après, je fais comment ?".

Dès 20 heures, les premiers occupants sont assis sur leur lit numéroté. Masque sur le nez, Damian, un Polonais né en 1977, a demandé à ce qu’on lui "réserve" un bol de pâtes déshydratées quand il a vu un bénévole de la Croix-Rouge passer avec une caisse remplie. "Ici, il fait chaud en plus", s’est réjoui celui qui, la veille, a dormi dans une cage d’escalier. Sur 25 hommes dirigés vers le gymnase par le 115, seulement 16 personnes y ont passé la nuit de jeudi à vendredi.

Se tenir à distance en gardant toute forme de bienveillance

Veiller au respect des règles sanitaires, aussi bien dans les maraudes que sur les lieux d’hébergement, est une exigence supplémentaire par rapport aux hivers précédents. "C’est compliqué, il faut gérer l’apport d’humanité tout en posant de la distance", a souligné Philippe Breton, administrateur national de la Croix-Rouge.

"Ce sont des personnes qui ne se plaignent pas malgré le froid, la dignité est ce qui prime la majorité du temps", a relaté Maud, responsable d’équipe de la maraude de la Croix-Rouge, qui est allée à la rencontre d’une trentaine de personnes mercredi soir.

Toutefois, certains sans-abri sollicités par la maraude du CCAS ont préféré rester dans la rue, malgré le froid persistant. C’est le cas de Peter, endormi à même le sol sous une montagne de couvertures dans le renfoncement de l’entrée d’un immeuble en plein cœur du centre-ville. Selon Jean-Pierre, "cela ne veut pas dire que demain, il n’acceptera pas. Parce qu’il va passer une mauvaise nuit".

Konbini news avec AFP

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