© Mathieu Rocher

Sida : la lutte des chercheurs au quotidien

À l’ombre du Panthéon à Paris, deux équipes de l’Institut Curie sont chargées de recherches pour lutter contre le sida. Nicolas Rufin, 37 ans, nous en dit plus sur les avancées passées et à venir. Rencontre avec une tête chercheuse.

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Konbini news | Comment vous êtes-vous spécialisé dans la recherche sur le sida ?

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Nicolas Ruffin | Je fais partie d’une génération qui a toujours connu cette maladie. En 2005, quand j’ai entrepris ma thèse en biologie, j’ai été financé par un réseau européen qui tentait de mettre au point un gel-vaccin pour empêcher la transmission. Aujourd’hui, j’ai rejoint l’institut Curie où je fais partie d’une unité de recherche de l’INSERM.

Actuellement, sur quoi portent vos recherches ?

Je viens de recevoir un financement du Sidaction pour les deux prochaines années. Cela me permet de poursuivre mon travail sur des cellules du sang : les cellules dendritiques. Elles représentent 1 % des globules blancs. Ce sont des sentinelles du système immunitaire, donc on en trouve beaucoup autour des muqueuses comme celles du vagin ou du rectum. Quand un microbe arrive, les cellules dendritiques le digèrent et envoient le signal au système immunitaire. Problème avec le VIH : elles sont à l’origine de l’activation de la maladie.

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Comment testez-vous vos hypothèses ?

À l’institut Curie, on produit du VIH. Dans des laboratoires confinés, on le met en contact avec des cellules humaines pour observer leurs réactions. En étudiant les cellules dendritiques, je veux trouver un moyen pour qu’elles ne s’activent pas lorsqu’elles rencontrent le VIH ou, au contraire, qu’elles agissent plus efficacement pour l’éliminer.

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Y a-t-il eu un effet du film 120 battements par minute ?

Il y a eu un petit rebond dans les dons, mais c’est encore trop tôt pour le constater dans la recherche. Aujourd’hui, nous subissons les effets bénéfiques des recherches passées. Les nouvelles trithérapies fonctionnent bien et donnent l’impression que la maladie est en passe d’être vaincue.

Mais elle ne le sera que lorsque nous trouverons un vaccin. Car, si l’épidémie ralentit, elle n’est pas arrêtée. Le problème reste celui de l’accès aux soins à travers le monde. Par exemple en Russie, où les homosexuels atteints du virus sont à peine considérés.

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Y a-t-il d’autres pistes pouvant mener à la guérison ?

En 2007, un homme surnommé "le patient de Berlin" était atteint du VIH et d’une leucémie. Les chercheurs ont trouvé un donneur de moelle osseuse qui présentait une mutation. Sur le patient de Berlin, cette mutation a permis d’empêcher le VIH de se fixer. Dix ans plus tard, il est guéri. C’est un cas très particulier et il est impossible de généraliser la greffe de moelle osseuse.

En revanche, dans la communauté scientifique, ça a permis de dépasser un blocage. D’autre part, depuis deux ans en France, les personnes non-contaminées peuvent prendre le PrEP, un médicament qui protège du VIH. Les premières études menées à San Francisco montrent que les nouvelles contaminations ont chuté de 50 % grâce à lui.

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Ressentez-vous une forme de pression au quotidien ?

Oui, car la société est en attente de l’élimination du virus. Mes amis me demandent toujours "pour quand est prévu le vaccin". Chaque chercheur travaille sur un projet entre deux et cinq ans. Au bout du processus, il répondra à une seule question. Donc, oui, c’est frustrant. Mais, c’est l’effort collectif qui nous fera éradiquer la maladie.

On ressent l’urgence et en même temps, il faut s’en détacher pour travailler sereinement. N’oublions pas qu’entre la découverte du virus par Françoise Barré-Sinoussi en 1983 et les premières trithérapies en 1996, il s’est passé 13 ans. C’est long car beaucoup de malades sont morts, mais pour trouver une thérapie effective, la recherche a été rapide.

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La prévention est-elle toujours efficace ?

On peut mieux faire, notamment dans le dépistage. Une personne mise rapidement sous traitement contaminera moins de personnes. Avec une prise continue de ces médicaments et un suivi médical, une étude anglaise de 2014 a prouvé que les malades atteints du sida avaient même une espérance de vie supérieure à la moyenne. Il n’y a plus d’épée de Damoclès !

À noter : la 22e Conférence internationale sur le sida se tiendra du 23 au 27 juillet à Amsterdam. L’occasion pour les chercheurs mondiaux de faire état de leurs avancées.

Par Mathieu Rocher, publié le 13/07/2018

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