Sébastien Salom Gomis / Nicholas Kamm / AFP

Selfie, daesh, végan… ces mots qui ont marqué la décennie

Il y a des mots nouveaux, des mots qui ont déjà été oubliés, et des mots qu'on continuera à employer en 2020. Florilège.

Alors qu’on s’apprête à passer en 2020, certains aiment à voir dans ce changement de décennie la fin d’un cycle. C’est l’occasion de faire le bilan, et de se remémorer les 10 ans écoulés. Qu’est-ce qui a compté ? Quels mots sont entrés dans notre vocabulaire ? Quelles idées survivront à 2020 ?

Voici, classés par ordre alphabétique, 16 mots qui ont marqué la décennie. 

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Bitcoin 

Que devient la cryptomonnaie qui devait changer le monde ? Sachez qu’au moment où nous écrivons ces lignes, elle se porte toujours bien. En ce 27 décembre, 1 bitcoin peut se revendre près de 6 500 euros. Le quotidien belge spécialiste d’économie L’Echo vient de l’élire "meilleur placement de la décennie". Et de rappeler qu’un "1 dollar en bitcoin en 2010 vaut aujourd’hui 118 623 dollars (environ 106 200 euros)."

C’est un placement qui a été particulièrement plébiscité par les millennials. Nul doute que ces jeunes investisseurs attendent 2020 avec impatience. Comme tous les 4 ans environ, le bitcoin va subir un halving – c’est-à-dire que sa production va être diminuée de 50 %, ce qui entraîne généralement une augmentation de sa valeur.

Brexit 

Voilà un mot qu’on aurait bien voulu laisser dans les années 2010. Plus de 3 ans après que les Britanniques ont voté pour sortir de l’Union européenne en juin 2016, le Royaume-Uni fait toujours partie des 28. Un cauchemar, pour les dirigeants britanniques et européens. Après de nombreux atermoiements et des navettes à n’en plus finir entre l’exécutif britannique et les négociateurs européens, ce feuilleton pourrait bientôt trouver un épilogue en 2020.

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Il aura coûté sa place à Theresa May, qui n’a jamais réussi à faire entériner son accord auprès des élus du Parlement britannique. Son successeur Boris Johnson, dispose désormais de la majorité nécessaire. Il est donc en position pour mettre un point final à ce divorce, que l’humoriste Paul Taylor nous résumait avec humour.

Burn out

Si ce phénomène d’épuisement professionnel est identifié en psychanalyse depuis les années 1970, il devient dans les années 2010 beaucoup plus courant. Du moins est-il plus facile d’en parler. Cet anglicisme fait d’ailleurs son entrée dans les dictionnaires français à ce moment-là. Sachez que malgré la multiplication des cas parfois mortels, le burn out n’est toujours pas reconnu comme une maladie professionnelle.

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Obsession de la performance, surinvestissement professionnel, management vertical… sur les 30 millions de salariés français, ils seraient plus de 3 millions à être exposés au burn out, et plus de 18 % des travailleurs disent en avoir déjà été victimes, selon un sondage relayé par RTL en mai dernier.

Buzz

Voilà un mot qui semble avoir fait son temps. Sauf à l’utiliser au second degré, le mot "buzz" a quasiment disparu de notre vocabulaire. Quand on repense à l’expression consacrée : "faire le buzz" vient assez rapidement l’image d’une Nabilla mimant un téléphone et un appel à l’aide pour une sombre histoire de shampoing. 

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À noter que certains ont tenté de se battre contre cet anglicisme qui signifie "bourdonnement" ou "brouhaha" en anglais. Ainsi lors d’un concours étudiant, le secrétariat d’État à la Coopération et à la Francophonie a tenté de le faire remplacer par l’expression "ramdam", franchement pas beaucoup plus sexy. Si en cette fin d’année 2019, l’expression est un peu moins plébiscitée qu’en 2013, cela ne veut pas dire que c’en est fini de la compétition pour l’audience dans les médias. Bien au contraire. 

Climat

C’est sûrement le mot d’hier, d’aujourd’hui et surtout de demain. Jamais on aura autant parlé de climat que dans la décennie passée. Il y a eu la COP21 qui a accouché du premier Accord mondial sur le climat (2015), des catastrophes naturelles sans précédent qui ont au moins permis de rendre incontestable la réalité du réchauffement climatique et la résistance de la jeunesse mondiale face au désastre à venir.

Évidemment, impossible de parler de cette partie de l’histoire sans citer Greta Thunberg, la lycéenne suédoise qu’on ne présente plus. Malgré une décennie ou le mot climat s’est imposé dans l’espace public, les discours politiques et les conversations privées, pour beaucoup, il y a comme un goût d’inachevé. En novembre 2020 doit se tenir la COP26 la plus décisive depuis le fameux Accord de Paris. Comme le prévoit ce dernier, les États devront réviser leurs engagements pour la planète et fixer leurs objectifs d’ici à 2030 et 2050.

Daesh

Le 29 juillet 2014, le groupe terroriste État islamique aussi connu sous le nom de Daesh, proclamait l’instauration d’un califat sur les territoires sous son contrôle, à savoir la Syrie et l’Irak. Depuis le début de cette année 2019, cette organisation terroriste est supposément vaincue.

D’abord parce qu’il y a eu la fin des combats en mars, ensuite parce que les États-Unis sont parvenus à tuer dans un raid, dans la nuit du 26 au 27 octobre dernier, le chef de l’organisation Abou Bakr Al-Baghdadi, comme s’en est copieusement vanté Donald Trump. Malgré ces victoires retentissantes, nombreux sont les experts à rappeler que si le territoire et son chef ont disparu, l’idéologie ne va certainement pas s’évaporer aussi facilement. En mai 2018, avant la chute de l’État islamique, le jeune journaliste irakien Meetak Al Khatib nous décrivait la situation dans son pays. 

Fake news

Quand on pense fake news, on en vient assez facilement à Donald Trump. Et pour cause, depuis son élection, le Washington Post décompte le nombre de mensonges et autres inexactitudes débitées par le président des États-Unis. Selon le dernier décompte en décembre dernier, Donald Trump en était à 15 413 informations fausses en 1055 jours.

Mais les infox, comme on préfère les appeler en français, n’ont rien de contemporain. Ce qui est nouveau, c’est leur mode de diffusion via les réseaux sociaux – des outils repérés par certains gouvernements qui n’hésitent pas à s’en servir notamment pendant des périodes d’élections. 

Féminicide 

L’avènement de ce mot, c’est comme une reconnaissance. La reconnaissance d’une triste réalité. Formé en accolant le suffixe "-cide" (du latin "caedere", qui veut dire "tuer") au mot "femme", ce néologisme ne figure pourtant pas dans la plupart des dictionnaires. Quant à savoir ce qu’il désigne, c’est assez clair : il s’agit du meurtre d’une femme en raison de son sexe.

Si le mot s’installe en une de nos journaux et dans notre vocabulaire, certains semblent réticents à l’employer, voire enclins à le combattre. En septembre dernier le gouvernement français a souhaité s’emparer du sujet en organisant un Grenelle pour lutter contre les violences faites aux femmes. Le groupe de travail a rendu ses conclusions en novembre dernier. En attendant que ces promesses fassent lois, partout en France des militants féministes se battent pour que le nom des femmes assassinées ne soit pas oublié. On était avec les colleuses d’affiches de Paris. Au moins 130 femmes seraient mortes en 2019.

Hashtag 

Popularisé par Twitter dès 2007 puis par Instagram, le # (hashtag) a pris une dimension politique et sociale lors des dix dernières années : #OccupyWallStreet (2011), #BlackLiveMatter (2013), #IceBucketChallenge (2014), #BringBackOurGirls (2014), #JeSuisCharlie et #PrayForParis (2015), #MeToo et #BalanceTonPorc (2017)… Chaque évènement marquant a été associé à un ou plusieurs mots-clés qui a permis de diffuser de messages de soutien ou de lancer des mouvements.

LGBTQIA+ 

Cet acronyme tente de regrouper l’ensemble des identités possibles (lesbiennes, gays, bisexuel·le·s, transgenres, queer, intersexes, asexuel·le·s et tous les autres). De LGBT à LGBTQIA+, ce mot a connu une évolution importante ces dernières années et on ne peut qu’espérer que ça continue en ce sens.

Si la criminalisation des personnes LGBTQIA+ diminue – par exemple : dépénalisation de l’homosexualité en Inde (2018), en Angola et au Botswana (2019) – et que l’extension du mariage pour tous – en France (2013), à Taïwan et en Équateur (2019) – ainsi que le droit à définir son identité de genre évoluent – admission d’un troisième sexe au Népal (2011), d’un genre neutre en Australie (2014) ou encore d’un genre indéterminé en Allemagne (2018) –, partout dans le monde, des personnes sont encore persécutées en raison de leur(s) orientation(s) sexuelle(s), leur(s) identité(s) parce qu’elles ne correspondent pas à une norme selon laquelle une femme née femme devrait avoir des rapports sexuels avec un homme né homme.

Aux États-Unis, le pronom neutre "they", utilisé pour désigner les personnes "non-binaires", a été élu mot de l’année en décembre 2019 par le dictionnaire américain Merriam Webster.

Réfugiés 

Crises politiques et conflits militaires (Syrie, Libye, Turquie…) ont marqué la dernière décennie et ont fait connaître à l’Union européenne une crise migratoire majeure. Les réfugiés sont les personnes qui ont dû fuir leur pays d’origine.

Selon l’article premier de la Convention de Genève du 28 juillet 1951, ce terme s’applique à toute personne "qui craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité, et qui ne peut, ou du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays".

À cette liste, pourraient bientôt être ajoutés les "réfugiés climatiques" puisque le changement climatique risque de créer un flux de migration très important. 

Selfie 

De l’anglais "self" (soi-même)… Que dire de cet autoportrait photographique ? Signe de narcissisme pour certains, simple photo pour les autres, il s’est démocratisé avec l’évolution des smartphones.

Diffusé principalement sur les réseaux sociaux, il est probablement devenu le meilleur outil des influenceurs et un contenu très demandé des fans de personnalités populaires. Cependant, sachez que le marché de la perche à selfie est en train de s’effondrer…

Survivalisme 

Il y a ceux qui espèrent un monde meilleur et ceux qui se préparent tranquillement à la fin du monde. Si pour certains survivalistes, c’est une manière de s’assurer une forme d’autonomie, pour d’autres c’est vraiment une manière de se préparer à une apocalypse tant espérée ! On avait d’ailleurs passé 24 heures avec l’un d’entre eux.

Le phénomène est difficile à chiffrer mais il existe bel et bien en France et permet même le développement d’un business autour de cette peur de l’effondrement. En 2020 se tiendra d’ailleurs la 3e édition du salon du survivalisme à Paris. 

Uberisation 

Ce néologisme désigne un phénomène de mise en relation directe entre clients et professionnels, par l’intermédiaire de nouvelles technologies (le plus souvent, des applications). Il a été créé à partir d’Uber, la société américaine qui a bousculé le secteur du transport de personnes. Hôtellerie, livraisons, location de voitures, service bancaire… Aucun secteur n’a été épargné.

Si ce nouveau concept a permis à certaines entreprises une bonne ascension et une réduction des coûts, il est aussi très controversé. Uberisation rime avec individualisation mais aussi avec précarisation… et plus récemment avec agression… Il y a quelques semaines, Anaïs racontait à Konbini news comment son chauffeur Uber l’avait violée.

Végan 

Utilisé en tant que nom, le mot végan désigne une personne qui refuse toute forme d’exploitation des animaux. Il adopte un régime alimentaire excluant tout produit d’origine animale et adapte également son mode de vie (loisir, habillement, etc.). Comme adjectif, il caractérise un produit conçu sans aucune substance d’origine animale.

Le mot a fait son entrée dans le dictionnaire français Hachette en 2013 avant d’être intégré dans le Petit Robert en 2015. Et on imagine bien que ce mot n’est pas près de disparaître de nos dicos… D’une part, les détracteurs du véganisme adorent l’employer pour critiquer cette approche et expliquer "pourquoi les végans ont tout faux". D’autre part, le débat public sur la condition animale (élevage, transport, pêche, abattage) bat son plein et continuera probablement d’en convertir certains !

ZAD 

C’est initialement l’acronyme de "zone d’aménagement différé", outil administratif créé en 1962 et offrant un droit de préemption (une priorité) à l’État ou aux collectivités locales sur des ventes immobilières réalisées sur la zone en question. En 1974, la ZAD de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) a été créée et c’est probablement celle dont on aura le plus entendu parler ces dernières années. Le détournement de cet acronyme ZAD en "zones à défendre" daterait des années 2010. Employé ainsi, il désigne des lieux que des militants appelés les "zadistes" occupent afin de manifester leur opposition à un projet d’aménagement susceptible de porter préjudice à l’environnement.

Le site de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes qui devait servir à un projet d’aéroport du Grand Ouest a finalement été abandonné en janvier 2018. Une véritable opération militaire a été lancée le 9 avril 2018 afin d’expulser les occupants de la ZAD. Elle a été suivie d’une seconde vague d’expulsion le 17 mai 2018. Nous y étions :

Article écrit par Clothilde Bru et Lila Blumberg

Par Konbini News, publié le 31/12/2019

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