Paris, le 17 mars 2020. © JOEL SAGET / AFP

Rhône-Alpes : des sans-abris verbalisés pour non-respect du confinement

"Quatre ou cinq" personnes SDF se sont vues infliger une amende de 38 €, d’après le Samu social.

Des sans-abris ont été verbalisés par les forces de l’ordre dans la région Rhône-Alpes. L’information a été révélée par Le Progrès, à qui s’est confié le Samu social du Rhône. Celui-ci a dénombré "quatre ou cinq cas" de ce type, depuis le début des mesures de confinement.

Le journal s’appuie sur le témoignage d’un travailleur social. Sur Facebook, ce dernier a publié un long texte. "Ce soir, j’ai la rage. La vraie, la froide, celle qui te broie les tripes", lance-t-il.

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Après avoir dénoncé le manque de moyens alloués à la prise en charge des personnes sans-abri pendant l’épidémie, il rapporte, indigné, les cas de verbalisation dont il a connaissance :

"Cerise sur le gâteau de l’absurde et du cruel, plusieurs personnes SDF aujourd’hui m’ont appelé pour se plaindre d’avoir pris une amende de 38 €, car elles ne respectent pas le confinement…"

"À ces 'agents' qui ont donné des amendes à des gens vivant dans la rue (et qui leur ont signalé, hein !), vous me donnez des haut-le-cœur… Vraiment…", conclut-il.

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Le préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Pascal Mailhos, a réagi auprès du quotidien régional, déclarant que : "Les faits relatés dans l’article de presse, s’ils étaient avérés, sont contraires aux instructions [qu’il a] données aux forces de l’ordre".

Puis il a annoncé avoir "demandé au directeur départemental de la sécurité publique du Rhône de diligenter une enquête interne pour faire toute la lumière sur cette affaire. Si d’éventuelles contraventions avaient été délivrées à des personnes sans domicile fixe, celles-ci seraient immédiatement annulées", a-t-il promis.

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"Ils ont plus de risques que les autres d’être emportés"

En ce qui concerne plus largement la question de la prise en charge des personnes sans-abri, le ministre de la Ville et du Logement, Julien Denormandie, a pour sa part annoncé que "de nombreuses places d’hôtels sont en cours d’ouverture pour les sans-abris", dans l’Hexagone.

Il a assuré : "Nous mobilisons les hôteliers pour identifier les places disponibles dans tout le territoire". Le ministre a également fait savoir sur Sud Radio ce matin que des centres dédiés aux personnes à la rue atteintes du Covid-19 allaient être ouverts ce soir "pour qu’ils puissent se reposer".

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Mais cela fait plusieurs jours que les associations interpellent sur l’urgence sanitaire de prendre en charge les personnes isolées. "Pour rester chez soi, il faut un chez soi", soulignait une pétition lancée mardi par l’association Droits d’urgence et cosignée par une vingtaine d’organisations telles que La Cloche, Action contre la faim, Emmaüs France ou encore La Fondation Abbé Pierre.

Elle s’adresse au Premier ministre, Édouard Philippe, qu’elle exhorte à aider "ceux qui sont restés depuis trop longtemps au bord du chemin" et éviter que "les sans domicile fixe, les mineurs isolés, les familles et personnes exilées" ne fassent partie "des oubliés de la crise sanitaire". Elle rappelle :

"Ceux-là n’ont ni syndicat ni confédération pour les représenter, pas de revendications à vous adresser, pas de 'charges' ni d’impôts à reporter.

Ils sont pourtant touchés comme les autres et, plus fragiles encore, ils ont plus de risque que les autres d’être emportés."

À l’heure où nous écrivons ces lignes, le texte a été soutenu par pas moins de 22 000 personnes.

Par Astrid Van Laer, publié le 20/03/2020