(© LCI)

Retour sur l'hallucinante séquence de LCI sur les mères célibataires

"Si on est au Smic, eh bien il ne faut peut-être pas non plus divorcer dans ces cas-là", a affirmé l'éditorialiste Julie Graziani.

Tout est parti d’une séquence diffusée sur LCI hier soir, dans laquelle on entend le chef de l’État converser avec une mère célibataire. Cette dernière lui déclare : "Je trouve que les aides ne sont pas terribles, quand on est toute seule avec deux enfants, au Smic. Je ne vois pas comment on peut s’en sortir." Emmanuel Macron lui rétorque alors qu’elle devrait avoir "deux tiers de taxe d’habitation en moins".

Et la mère de famille de répliquer : "Sauf qu’avant, je n’en payais pas, alors que je ne gagne pas plus, je suis toujours au Smic et je suis toujours seule avec deux enfants." Elle est alors suivie par une autre femme, mère de cinq enfants, qui explique au président : "Le pays est en révolte et vous fermez les yeux."

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Sur le plateau de l’émission présentée par David Pujadas, 24h Pujadas, se trouvait Julie Graziani, éditorialiste au magazine L’Incorrect. "Je le dis souvent : ce n’est pas à l’État de s’occuper du pouvoir d’achat des gens", a-t-elle entamé, avant de fustiger un "paradigme de la réclamation" et des "personnes interviewées qui se comportent comme des créanciers" :

"Je comprends très bien qu’elle ne s’en sorte pas, c’est sûr qu’elle ne s’en sort pas à ce niveau-là. Mais à un moment donné, je ne connais pas son parcours de vie à cette dame.

Qu’est-ce qu’elle a fait pour se retrouver au Smic ? Est-ce qu’elle a bien travaillé à l’école ? Est-ce qu’elle a suivi des études ?

Et puis, si on est au Smic, eh bien il ne faut peut-être pas non plus divorcer dans ces cas-là. À un moment donné, quand on se rajoute des difficultés sur des difficultés, et des boulets sur des boulets, on se retrouve [dans] des problèmes."

Rapidement contredite, Julie Graziani a ajouté une concession, qui n’a pas forcément beaucoup aidé sa cause : "Je ne dis pas que c’est forcément elle qui a divorcé, peut-être que c’est son mari qui l’a quittée et ce que tu veux…" Et de conclure : "On assume ses arrières, à un moment donné, il faut prendre sa vie en main."

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"Chacun est responsable de ses parcours de vie"

La secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a réagi ce matin, demandant à la chaîne quel était "le message quand on blâme une femme de ne gagner que le Smic puis qu’on lui reproche publiquement d’avoir divorcé ?"

"Riche on peut divorcer, pauvre il faut subir ?", s’est ensuite demandé la ministre, avant de qualifier la prise de position de Julie Graziani de "violent mépris des mères isolées, sous couvert d’opinion".

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Face à la polémique naissante, Julie Graziani a souhaité "mettre les points sur i" et a déclaré dans une série de tweets :

"Chacun est responsable de ses parcours de vie. Tu as fait le mauvais choix de boulot, tu as fait le mauvais choix de mec, tu assumes. Ce n’est pas à l’État d’arranger tes problèmes.

Notre société est devenue un gigantesque triangle de Karpman avec des plaignants vindicatifs attendant de l’État qu’il les sauve et ne réalisant même plus que ce sont quand même eux les premiers responsables de leur sort."

Avant d’ajouter : "Et enfin, quand j’étais jeune, nous vivions à 5 dans 35 mètres carrés. Ma mère a dû emprunter de l’argent plus d’une fois pour les courses alimentaires. Eh bien ça ne serait pas venu à l’esprit de ma mère de venir engueuler le président de la République." 

"La formule était provocatrice et blessante"

Mais, mardi dans l’après-midi, l’éditorialiste a publié une nouvelle déclaration sous forme de mea culpa publié dans L’Incorrect, allant dans un tout autre sens que la précédente :

"La formule était provocatrice et blessante pour les intéressées. Je le reconnais et je présente mes excuses à ceux qui l’ont ressenti comme tel. Mon propos n’était pas de dire qu’une mère de famille en situation de précarité n’avait pas à divorcer.

Je sais très bien que les aléas de la vie nous mettent dans des situations inextricables que nous n’avons pas choisies et je ne veux pas accabler les gens qui pâtissent de ces difficultés. Je sais aussi que certaines personnes partent avec de tels handicaps dans la vie qu’il est difficile de les responsabiliser autant que des personnes ayant reçu une éducation supérieure et ayant fait de bonnes études.

Cependant, mon propos était d’en appeler avant tout à la responsabilité personnelle au nom de la dignité de chacun. Car même dans des situations difficiles, nous restons responsables des actes que nous choisissons et nous ne pouvons indéfiniment nous retourner vers l’État pour résoudre nos problèmes personnels ou pour nous victimiser."

Sur le compte Twitter de l’émission, la chaîne a pour sa part appelé à faire "attention à la confusion et à la folie du buzz" : "On peut contester, trouver cela ridicule ou réac, mais cet échange – contradictoire – doit-il être jugé scandaleux ou interdit à la télévision comme un appel à la haine ou à la violence ?"

En 2017, Julie Graziani, fervente militante contre l’avortement et porte-parole de la Marche pour la vie, avait déjà provoqué une vague d’indignation en déclarant dans l’émission 28 minutes :

"Ce sont des personnes discriminées dans des conditions épouvantables, puisque 96 % des bébés diagnostiqués trisomiques sont avortés avant leur naissance. Ça vous viendrait à l’idée d’avorter d’un bébé parce qu’il est noir ?"

Par Astrid Van Laer, publié le 05/11/2019

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