DAVID MCNEW / AFP

Reconnaissance faciale : des lycées vont se livrer à des expérimentations façon Black Mirror

Non, ce n’est pas de la fiction : deux lycées de la Région SUD-PACA vont bientôt expérimenter des portiques d’identification à reconnaissance faciale.

(Photo by DAVID MCNEW / AFP)

L’intelligence artificielle a le vent en poupe. Une tendance confirmée le 14 décembre dernier par le conseil régional de la Région Sud-PACA, qui a voté l’expérimentation de la reconnaissance faciale dans deux lycées, Les Eucalyptus, à Nice, et Ampère, à Marseille. Les élèves de ces lycées pourront donc bientôt tester de nouveaux portiques qui utilisent cette technologie.

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Selon Le Parisien qui a pu voir le dispositif, lorsqu’un lycéen passera sous un de ces portiques, son visage sera capté par une caméra, et comparé au QR code qu’il devra badger sur une borne. Si le visage correspond bien à celui associé au QR code, l'entrée dans l'établissement est autorisée. Si le visage n'est pas reconnu, l'entrée est refusée, et les surveillants avertis. Il ne s’agit pour le moment que d’une phase de test, mais la Région envisage de les généraliser si le bilan s’avère positif.

De plus en plus de technologies de surveillance

Cette décision s’inscrit dans le contexte d’une politique de plus en plus sécuritaire mise en place au sein des lycées. Auparavant, Renaud Muselier, président de la Région, avait déjà équipé les lycées de caméras de vidéosurveillance.

Des mesures similaires ont été prises dans d’autres régions : en Auvergne-Rhône-Alpes, présidée par Laurent Wauquiez, 90 % des lycées sont déjà équipés de portiques de sécurité, de clôtures ou de caméras de vidéosurveillance. Selon La Montagne, ce ne sont pas moins de 90 millions d’euros qui ont été dépensés à cet effet.

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Tous ces dispositifs sont toutefois sous le feu des critiques. Rodrigo Arenas, le président de la FCPE, une des principales associations de parents d’élèves, estime que "tout ça est bidon car ce n’est pas efficace". En cas de plainte, par exemple, il explique que les enregistrements vidéo sont rarement utilisables, car ils ne sont pas conservés.

Une idée controversée

Dans une lettre adressée à la CNIL, que l’association La quadrature du net s’est procurée, Renaud Muselier affirme, lui, que ce plan de "mise en sûreté" s’inscrit dans un contexte de menace terroriste et devrait servir à lutter "contre toutes les incivilités et formes de violence aux abords des lycées". Un avis que ne partage pas Rodrigo Arenas.

Pour lui, en ciblant les lycées et écoles, la Région prendrait le problème du mauvais côté : "Les dangers ne sont pas dans les établissements, mais à l’extérieur". Toujours selon le président de la FCPE, ces questions relèvent davantage du ministère de l’Intérieur que de l’Éducation nationale. Il reproche également à la Région de toujours miser sur le développement technologique pour résoudre ces problèmes et fustige l’idée selon laquelle "les machines peuvent remplacer le contact humain".

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"On transforme nos écoles en prisons"

Contacté par Konbini News, Louis Boyard, le président du syndicat lycéen UNL, juge également que ce dispositif est "extrêmement inquiétant", sans en être étonné cependant, du fait du "repli ultra-sécuritaire en France". Concernant l’installation de ces portiques à reconnaissance faciale, le lycéen est catégorique :

"C’est une mesure électoraliste qui ne va pas dans l’intérêt des lycéens […] Victor Hugo disait : 'Ouvrir une école, c’est fermer une prison'. Aujourd’hui, on transforme nos écoles en prisons. Ça va coûter des millions, alors qu’il y a des postes en moins et des lycées en mauvais état."

Pour la FCPE, il y a derrière cette mesure une volonté politique de montrer que "les enfants et les élèves sont des dangers. On veut inverser la responsabilité sur les jeunes, qui sont pointés du doigt". Ces portiques ne seraient là que pour rassurer l’opinion publique, alors que "ce qui est important, c’est d’augmenter les effectifs en vie scolaire".

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Par abouviala, publié le 06/02/2019

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