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Qui est Élisabeth Moreno, qui succède à Marlène Schiappa ?

Publié le

par Astrid Van Laer

Elisabeth Moreno et Marlène Schiappa © Anne-Christine POUJOULAT / AFP

Cette novice en politique a d'ores et déjà quelques "petites phrases" à son actif.

Elle a fait son entrée au gouvernement et par la même occasion en politique ce mardi : Élisabeth Moreno, 49 ans, est désormais ministre déléguée auprès du Premier ministre Jean Castex chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la diversité et de l’égalité des chances.

C’est donc à cette dernière de succéder à Marlène Schiappa et lui revient par conséquent la charge de cette "grande cause du quinquennat", pourtant grandement délaissée ces derniers temps. Qui est-elle ? Selon l’AFP, c’est "une patronne de la tech discrète et autodidacte qui se définissait en 2019 comme une 'femme, noire, élevée dans une cité' aimant 'le challenge'".

Présidente depuis janvier 2019 d’HP Afrique après avoir dirigé le groupe Lenovo en France, Elisabeth Moreno est originaire du Cap-Vert où elle est née le 20 septembre 1970.

Sept ans plus tard, ses parents s’installent en France avec leurs six enfants dans une cité de l’Essonne, rapporte l’AFP. Aînée de la fratrie, elle a raconté plusieurs fois dans les médias avoir pris "la responsabilité" de la famille et trouvé dans l’école un "refuge".

Titulaire d’un bac littéraire, elle obtient une maîtrise en droit des affaires et débute comme juriste dans un cabinet à Paris. Elle ne poursuit pas longtemps dans cette voie et crée avec son ex-mari une PME dans le bâtiment. En 1998, elle intègre le groupe France Télécom en charge du département des PME, avant d’être débauchée quatre ans plus tard par le géant informatique américain Dell. Elle y restera dix ans.

Toujours selon l’AFP, son "goût du challenge" et des responsabilités la porte ensuite chez Lenovo, l’un des leaders de l’électronique. Trois ans plus tard, elle en devient la patronne Europe Moyen-Orient et Afrique, avant d’être nommée en 2017 PDG de Lenovo France.

En 2018, elle racontait : "Je me souviens de la première grande entreprise où j’ai été présentée. Le directeur exécutif qui m’accueille me fait faire le tour des bureaux et les gens m’accueillent avec un grand sourire en me disant 'tiens, vous êtes la nouvelle secrétaire de notre président ?' , 'non, je suis votre nouvelle patronne'."

Et au Figaro, elle expliquait au sujet de son parcours : "Je sais combien ça coûte d’en arriver là. Je cochais toutes les cases de l’impossibilité : des parents qui ne savent ni lire ni écrire, une femme, noire, élevée dans une cité et évoluant dans le bâtiment puis les techs". 

"Les blagues à la machine à café sont très importantes"

Il semblerait donc qu’Elisabeth Moreno ait une connaissance réelle de l’importance de l’égalité des chances ainsi qu’une certaine expérience de ce que constitue le fléau du sexisme notamment. Mais il y a déjà deux ombres au tableau : certaines phrases prononcées par la nouvelle ministre lors de deux interviews laissent à désirer quand on connaît le but et la nécessité du portefeuille ministériel dont elle vient d’hériter ainsi que la charge de travail qui l’y attend.

Depuis l’annonce de sa nomination, une interview datée de mars 2018 accordée aux Échos refait surface. Interrogée sur son conseil pour lutter contre le sexisme ordinaire, elle répondait que "ce serait de prendre davantage de responsabilités", expliquant :

"Plus vous montez dans la hiérarchie, moins vous êtes confrontée au sexisme. Au-delà des compétences de chacune, il est extrêmement important de savoir s’entourer d’hommes ou de femmes qui ont suffisamment voix au chapitre dans l’entreprise et pourront être vos sponsors. Il faut oser. Oser agir et oser parler."

La réaction de la militante Caroline de Haas à la lecture de ces lignes ? "Je vais pleurer". Mais ce n’est pas tout, la même année, dans un entretien accordé au magazine de l’école de commerce Ionis, à la question : "avez-vous souffert de votre statut de femme dans votre vie professionnelle ?", elle répondait : "Je ne dirais pas 'souffrir', mais j’ai eu le droit à des blagues sexistes, stupides et ridicules mais, encore une fois, je ne sais même pas si les hommes qui ont tenu ces propos en sont conscients"

Un peu plus loin, elle ajoutait, et c’est là où le bât blesse : 

"Je ne veux surtout pas que les hommes se sentent gênés, car ils auraient le sentiment qu’il n’y en a que pour les femmes ! Les blagues à la machine à café sont très importantes, car il ne faut pas qu’on se sente verrouillé et qu’on ne puisse plus s’exprimer.

Je ne veux pas d’un climat de défiance où le sexisme met tout le monde mal à l’aise et où chacun mesure constamment chaque mot qu’il utilise… Quand chacun se sent respecté, l’organisation fonctionne bien."

Pour Caroline de Haas, avec ces mots, "notre ministre des droits des femmes est donc de l’équipe 'On ne peut plus rien dire'."

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