© Damien Meyer / AFP

Qu'est-ce que le Plaquenil, ce dérivé de la chloroquine que tout le monde s'arrache ?

Le gouvernement a été contraint de passer un décret pour en réguler la vente.

C’est une victoire pour le professeur Didier Raoult, et peut-être pour certains malades du coronavirus. La chloroquine pourra être "dispensée et administrée sous la responsabilité d’un médecin aux patients atteints par le Covid-19", précise un décret publié au Journal officiel jeudi 26 mars. C’est un pas supplémentaire franchit par le gouvernement. Lundi 23 mars déjà, Édouard Philippe avait annoncé que ce médicament pourrait "être utilisé dans des cas graves et sévères en milieu hospitalier sur décision collégiale des médecins".

Depuis plusieurs jours, ce traitement, principalement utilisé pour soigner le paludisme, fait la une de l’actualité, à la faveur des déclarations du directeur de l’IHU Méditerranée Infection, Didier Raoult. L’infectiologue marseillais l’a utilisé sur ses patients dès le début de l’épidémie. Il affirme que, sur les 24 malades du coronavirus qu’il a traités avec de la chloroquine, les trois quarts ont guéri en six jours. Outre-Atlantique, c’est Donald Trump qui vante les mérites de l’antipaludique, "un véritable don du ciel", selon lui.

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La chloroquine est-elle vraiment le médicament miracle pour guérir du Covid-19 ? En France, d’autres spécialistes appellent à la prudence. Ils craignent de donner de faux espoirs aux Français.

Rupture de stocks

Ce médicament est-il dangereux ? Tatiana Michel, 46 ans, prend un dérivé de la chloroquine tous les jours depuis 8 ans. Ça s’appelle le Plaquenil. Cette mère de famille souffre d’un mal qui n’a rien à voir avec le Covid-19. Elle est atteinte d’un lupus, une maladie chronique auto-immune qui détruit les cellules de son organisme et lui cause de terribles douleurs articulaires.

Lorsqu’elle voit la chloroquine faire la Une des médias, elle a un mauvais pressentiment et se rend donc dans sa pharmacie à Toulouse. La pharmacienne vient à sa rencontre sur le trottoir : "Elle m’a vue venir", raconte-t-elle à Konbini news. "Je suis en rupture de stocks depuis des semaines", lui lâche-t-elle. Nous sommes alors le 24 mars.

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Pour Tatiana Michel, ce n’est pas complètement un choc. La pharmacienne lui explique que certains médecins le prescrivent en masse pour aider les malades atteints du coronavirus et que les pharmacies n’en reçoivent plus qu’au compte-gouttes.

"OK, je comprends l’urgence, mais quid des lupiques et autres, pour qui le traitement est vital ?" s’interroge-t-elle. Le Plaquenil est prescrit pour soulager les malades atteints de lupus, mais aussi de polyarthrite rhumatoïde. Plusieurs dizaines de milliers de personnes en France sont concernées.

Par chance, Tatiana Michel parvient à s’en procurer auprès d’un pharmacien, qui a mis un petit stock de côté pour les patients qu’il connaît. La jeune femme a donc désormais son traitement jusqu’à fin avril. "Je ne peux pas vous garantir que j’en aurai fin avril", lui confiait alors son pharmacien.

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"Si je ne prends pas mes médicaments je risque de refaire des crises articulaires, de ne plus pouvoir me lever ou juste éplucher des pommes de terre", nous explique la mère de famille, qui a deux enfants à charge pendant le confinement.

Un usage encadré

Face à l’engouement suscité par ce médicament, le gouvernement a pris les choses en main. D’autant que, pour l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), il n’est pas utilisable "dans la prise en charge du Covid-19 en (médecine de) ville".

Désormais, un décret prévoit la limitation de la délivrance du Plaquenil en officine à ses indications médicales strictes, à savoir : la "polyarthrite rhumatoïde, lupus, et en prévention des lucites – allergies au soleil".

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Prévenue des difficultés rencontrées par certains malades en pharmacie, l’ANSM a demandé aux laboratoires Sanofi qui fabriquent le Plaquenil de "livrer dès que possible et en quantités suffisantes les grossistes-répartiteurs et les pharmacies".

Pour Tatiana Michel, la chloroquine est un médicament assez miraculeux. "Vous vous rendez compte qu’il peut soigner des maladies aussi différentes que le lupus, le Covid-19 ou le palu ?", s’émerveille-t-elle. Elle ne déplore aucun effet secondaire en 8 ans de traitement

De son côté, le professeur Didier Raoult a salué la décision du gouvernement hier sur Twitter, alors que le bilan du coronavirus continue de s’alourdir en France avec près de 1 700 morts.

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Par Clothilde Bru, publié le 27/03/2020