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Prison avec sursis pour harcèlement et menaces de mort : la justice accusée de laxisme

Publié le

par Pauline Ferrari

© Captures Twitter

L’homme a passé plusieurs mois à menacer de viol et de mort une jeune femme sur les réseaux sociaux.

C’est une condamnation qui paraît faible pour de nombreuses militantes féministes et pour les victimes. Un homme de 20 ans, jugé en comparution immédiate, a été condamné lundi à Pontoise, dans le Val-d’Oise, à deux ans d’emprisonnement avec sursis pour avoir proféré de multiples menaces de mort envers une jeune femme repérée sur les réseaux sociaux.

Il avait été placé en garde à vue dimanche dans les locaux de la police du Val-d’Oise pour avoir menacé de mort et de viol sur les réseaux sociaux cette jeune femme qu’il ne connaissait pas et qui l’avait éconduit. Dans un long fil de messages sur Twitter, partagé plus de 32 000 fois, la victime a déroulé le harcèlement intense subi depuis plusieurs semaines.

Selon les captures d’écran qu’elle a postées, les insultes auraient débuté via des messages privés sur Instagram début juin. Le cyberharcèlement se poursuit, provenant d’une quarantaine de comptes selon la victime, pour brouiller les pistes, sur les réseaux sociaux mais également par mail.

En août, les messages sont devenus violents et menaçants : "Toi, je t’attrape, je vais te violer", "je vais massacrer ta famille", éructe son harceleur dans des messages audio, tous plus violents les uns que les autres. Lui-même se filme en train de chercher la jeune femme à Paris et dans l’Essonne, où elle réside.

Dans une de ses vidéos, il brandit un couteau en lui lançant : "Ose venir, je t’attends." Il lui intime également de ne pas porter plainte. "Même si j’arrive, j’te vois, je t’égorge, j’te viole, je sais que je prendrai jamais 20 ans […]. J’peux faire ce que je veux, t’as pas compris ça", s’écrie-t-il dans un autre message audio, se vantant d’avoir harcelé d’anciennes conjointes.

"On ne sera jamais prises au sérieux"

D’autant plus que ce n’est pas la seule victime : une autre jeune femme a déroulé sur Twitter son témoignage de plusieurs années de harcèlement, où l’homme l’a menacée de mort et de viol à plusieurs reprises, l’ayant suivie et essayant de pénétrer chez elle. Cette autre victime affirme avoir porté plainte plusieurs fois, sans aucun effet.

La décision de justice rendue lundi, à savoir deux années de prison avec sursis, a provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux. La première victime s’est exprimée sur Twitter, partageant sa peur : "Je me dis si le mec ne respecte pas son sursis, il va falloir attendre qu’il trouve l’une de nous et fasse quelque chose pour qu’il fasse du ferme."

Pour l’autre victime s’étant exprimée et vivant du harcèlement depuis plusieurs années, c’est la douche froide : elle ne bénéficie d’aucune mesure d’éloignement.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’internautes se sont estimés choqués par cette décision de justice, significative selon eux du laxisme du système judiciaire français envers les violences sexistes et sexuelles, ainsi qu’envers les cyberviolences. De nombreuses femmes et militantes féministes ont estimé trop lente la réponse de la police et de la justice, alors que les premières victimes se manifestent depuis plusieurs semaines voire plusieurs mois.

D’autant que dans ses audios et vidéos, le harceleur affirmait ne pas se sentir en danger vis-à-vis de la justice. "Un gars qui harcèle et menace des femmes se retrouve sous protection policière en 48 heures, là où jamais ses victimes n’ont eu droit à ce traitement de faveur, montre bien que nous sommes dans une société où il est normalisé de laisser crever des femmes", s’indigne une internaute. La condamnation en sursis donne raison à l’agresseur de se sentir protégé, selon d’autres militantes.

Cela fait désormais deux jours que cette affaire tourne sur les réseaux sociaux, des centaines d’internautes appelant à faire justice, façon loi du talion ou en mettant la pression aux personnalités politiques comme Marlène Schiappa. Pour l’une des victimes, les répercussions sont là : "J’ai créé une sorte de phobie sociale. Je suis devenue très anxieuse et stressée dans mon quotidien. Je n’arrive à créer aucun lien social, j’ai peur des gens, je me froisse dès qu’on essaie de parler avec moi", explique-t-elle.

En attendant la suite, pour les victimes, l’heure est à la peur.

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