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#PrendsMaPlainte : enquête choc sur l’accueil des femmes en commissariat et gendarmerie

Publié le

par Clothilde Bru

© NousToutes

Banalisation des faits, culpabilisation, moqueries, sexisme… le collectif #NousToutes a compilé des centaines de témoignages.

"Pourquoi vous ne l’avez pas repoussé ?" ,"Pourquoi vous êtes pas partie ?", "Vous savez ce que vous encourez avec ce type de fausse accusation ?"… C’est avec ce genre de mises en cause que des centaines de femmes ont été accueillies au commissariat ou en gendarmerie en France, lorsqu’elles sont venues déposer plainte pour des faits de violences conjugales, sexistes ou sexuelles. Le collectif de lutte contre ce type de violences #NousToutes a compilé des centaines de témoignages dans une enquête baptisée "#PrendsMaPlainte", publiée ce mercredi 24 mars.

Le constat est effarant. Dans une majorité des cas, les victimes de violences sexuelles ne sont pas bien accueillies par les forces de l’ordre. C’est plus ou moins surprenant pour Caroline De Haas, porte-parole de #NousToutes et auteure de En finir avec les violences sexistes et sexuelles, aux éditions Robert Laffont.

"Je n’ai pas été surprise par les résultats, même si à chaque fois on est quand même sidérées par les témoignages. Ça paraît impossible que des membres des forces de l’ordre puissent tenir ce genre de propos", confie-t-elle à Konbini news.

Les résultats de cette enquête sont très éloignés des chiffres encore égrainés récemment par le ministère de l’Intérieur.

"90 % des femmes qui ont porté plainte en 2020 pour des violences conjugales sont satisfaites de l’accueil des forces de l’ordre, selon un audit commandé par le gouvernement et présenté vendredi 5 mars par Marlène Schiappa, la ministre déléguée à la Citoyenneté", rapporte franceinfo.

#NousToutes oppose un tout autre chiffre : "66 % des répondantes font état d’une mauvaise prise en charge par les forces de l’ordre lorsqu’elles ont voulu porter plainte pour des faits de violences sexuelles."

"Cet audit du gouvernement est indécent, c’est un mensonge. C’est grave et dangereux parce que ça envoie aux forces de l’ordre le message que tout va bien", déplore Caroline De Haas.

L’enquête menée par #NousToutes a été lancée le 5 mars dernier. Les membres du collectif ont récolté quelque 3 496 témoignages anonymes sur 15 jours, grâce à un questionnaire en ligne. Parmi les faits rapportés, 1 622 dépôts de plainte ont eu lieu ces deux dernières années (2019-2021), précise l’étude.

Quelles réalités cette "mauvaise prise en charge" recouvre-t-elle ? Ce qui revient en premier selon les témoignages des répondantes, c’est la banalisation des faits.

"Madame, on ne reste pas quand ça se passe mal"

"Le policier m’a dit qu’il considérait cela comme de la drague, que c’était quelque chose de positif et que je devais me sentir flattée", peut-on lire parmi les récits publiés.

Viennent ensuite le refus de prendre la plainte, puis la culpabilisation de la victime : "Madame, on ne reste pas quand ça se passe mal", aurait déclaré un policier à une femme venue déposer plainte contre son conjoint.

Les moqueries, le sexisme ou les propos discriminants arrivent en 4e position. Enfin, la solidarité avec la personne mise en cause pour les violences arrive en dernier.

À ce titre, #NousToutes attire l’attention sur les cas de violences conjugales, pour lesquels la solidarité avec la personne mise en cause est beaucoup plus forte. "Ils m’ont dit que ce n’était rien, que les violences et le harcèlement que je subissais, c’était simplement parce qu’il m’aime et n’arrive pas à me laisser", écrit une femme.

S’agissant des mineures, la culpabilisation des victimes est plus fréquente, d’après l’enquête : "Le policier qui prenait ma plainte pour revenge porn [diffusion d’une vidéo] m’a dit 'tu ne te respectes pas en fait' [j’avais 16 ans] après ça j’étais tellement mal que j’arrivais plus à retracer les faits", rapporte une jeune femme.

Enfin, pour les personnes non binaires la situation est encore plus alarmante.

"#NousToutes a récolté 44 témoignages de personnes se déclarant non binaires. Dans 81 % des cas, les témoignages font état d’une mauvaise prise en charge", révèle l’enquête, qui publie également ce témoignage : “On m’a dit que je l’avais bien cherché, que mon agresseur m’avait violé·e parce que 'je me fais passer pour un homme'.”

Il est important de rappeler que le refus de prendre une plainte est interdit par la loi, comme le précise l’article 15-3 du Code de procédure pénale.

En 2018, deux femmes victimes de ce genre d’accueil avaient accepté de témoigner sur Konbini news.

"Ça s’améliore un peu, mais on part de tellement loin, conclut Caroline De Haas, il faut un message clair du gouvernement pour que ces violences institutionnelles cessent."

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