AccueilSociété

Précarité menstruelle : cachez ce sang que je ne saurais voir

Publié le

par Pauline Ferrari

© Volanthevist

Les règles restent un facteur d’exclusion sociale.

Le 28 mai, c’est la journée mondiale de l’hygiène menstruelle, qui vise à briser les tabous autour des règles : un sujet encore fortement invisibilisé, qui conduit les personnes menstruées à subir une forme d’exclusion sociale et qui reste un poids financier important, notamment chez les plus précaires.

L’association Règles Élémentaires, qui lutte depuis 2015 contre la précarité menstruelle, a dévoilé ce 28 mai une étude avec OpinionWay, révélant que 20 % des femmes ont déjà été confrontées, directement ou indirectement, à la précarité menstruelle. Toujours selon cette enquête, 11 % l’ont vécu personnellement et 10 % déclarent connaître quelqu’un de leur entourage qui a déjà été dans cette situation.

En France, entre 1,7 et 2 millions de femmes n’auraient pas les moyens de se procurer régulièrement des protections périodiques. Et pour cause, les menstruations ont un coût : en 2017, la BBC publiait une calculette du coût des protections périodiques, qui établissait à 1 550 livres, soit 1 730 euros, le coût moyen pour une personne menstruée tout au long de sa vie.

13 % des étudiantes ont déjà dû choisir entre protections hygiéniques et produits de première nécessité

La précarité menstruelle touche en priorité les plus précaires, et notamment les étudiantes. En février 2021, la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) menait une enquête auprès d’étudiantes et de minorités de genres menstruées, comme des personnes non binaires ou des hommes transgenres. Dans cette enquête, la FAGE révélait qu’un tiers des personnes interrogées déclaraient avoir besoin d’une aide financière pour se procurer des protections hygiéniques. Plus inquiétant encore : 13 % affirmaient avoir déjà dû choisir entre acheter des protections hygiéniques et un autre produit de première nécessité.

Toujours selon cette enquête de la FAGE, 46 % des personnes interrogées déboursent en moyenne 5 à 10 euros par mois pour répondre à ce besoin. À ce budget conséquent pour des jeunes précaires s’ajoutent d’éventuelles dépenses connexes, comme des médicaments antidouleurs, des sous-vêtements ou du linge, qui font parfois grimper la facture à plus de 20 euros par mois.

Suite à cette enquête, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, avait annoncé la mise en place de distributeurs de protections hygiéniques dans les universités, dès la rentrée de septembre en 2021. L’objectif visé par la ministre est de 1 500 points de distribution accessibles et gratuits. Elle avait également promis que dès le mois de mars 2021, des protections périodiques seraient mises à disposition dans les résidences universitaires des CROUS et les services de santé universitaires (SSU).

Selon l’enquête réalisée par OpinionWay pour l’association Règles Élémentaires, près de neuf Français sur dix (86 %) sont favorables à la mise à disposition de protections d’hygiène intime gratuites pour les personnes dans le besoin. Pour lutter contre cette précarité, les trois quarts des personnes interrogées (76 %) souhaitent qu’elles soient accessibles dans toutes les structures publiques, et 70 % sont favorables à l’installation de distributeurs dans la rue et dans les transports.

Jusqu’en janvier 2016, la TVA (taxe sur la valeur ajoutée) sur les protections périodiques était à 20 %, autant que pour les produits de luxe. Elle a été baissée à 5,5 % depuis. De l’autre côté de la Manche, l’Écosse a voté en novembre 2020 l’accès gratuit et universel aux protections périodiques.

Les menstruations restent un sujet tabou

Toujours selon cette enquête d’OpinionWay pour Règles Élémentaires, le sujet des règles reste tabou pour près de sept Français sur dix. Si les militantes féministes médiatisent la question des règles et de la précarité menstruelle depuis plusieurs années, mettant ces problématiques à l’agenda politique, le sujet reste encore complexe.

En 2020, à l’occasion du 28 mai, l’association Règles Élémentaires, qui a collecté plus de cinq millions de produits d’hygiène intime ayant bénéficié à plus de 115 000 femmes, a lancé une campagne en ligne avec plusieurs personnalités pour briser les tabous autour des règles. La chanteuse Pomme, la créatrice du compte Instagram "Je m’en bats le clito" Camille Aumont-Carnel, la handballeuse professionnelle et créatrice de The V Box Estelle Nze Minko, ou l’autrice et fondatrice de la newsletter Les Glorieuses Rebecca Amsellem participent à cette campagne.

Car visibiliser les règles, c’est aussi visibiliser leurs effets physiques et psychologiques, et permettre aux personnes menstruées de mieux vivre cette période. Une étude Ifop pour Intimina, une marque de produits pour la santé intime, parue ce 28 mai, indiquait que près d’une femme sur deux (48 %) souffre de règles douloureuses. Un chiffre qui monte à 60 % pour les plus jeunes (15-19 ans) et à 52 % pour les 20-29 ans.

L’Ifop note aussi dans cette enquête "un manque de prise en charge médicale de ces symptômes" de douleurs : si des maladies comme l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques sont davantage médiatisées, leur diagnostic reste long et leur traitement difficile. De plus, pour certains professionnels de santé, la douleur des règles reste sous-considérée et minimisée.

De fait, les règles restent un facteur de gêne, voire d’exclusion sociale. Selon l’étude de l’Ifop, 19 % des femmes ont déjà renoncé à aller travailler, 31 % à se rendre à un rendez-vous galant et 28 % à sortir avec des amis lorsqu’elles avaient leurs règles. De plus, 33 % des femmes interrogées ont ainsi déjà subi des moqueries ou des remarques désobligeantes en raison de leurs menstruations.

Une problématique encore mal comprise voire dénigrée par les personnes non menstruées : 46 % des femmes interrogées dans cette enquête de l’Ifop ont déjà eu le sentiment que la gêne ou la douleur de leurs règles étaient minimisées par leurs amis hommes, et 42 % par des membres masculins de leur famille.

Enfin, le sujet des menstruations et de la précarité menstruelle reste tabou sur le lieu de travail. Selon l’enquête de l’Ifop, 71 % des actifs assurent qu’il n’y a jamais eu de produits d’hygiène intime disponibles sur leur lieu de travail. De même, la question du congé menstruel fait encore débat en France : avoir la possibilité de prendre une ou deux journées de congés en raison de règles douloureuses n’est pas encore entièrement accepté dans beaucoup de milieux professionnels. Un sujet qui mérite donc plus de visibilité, pour espérer progresser.

À voir aussi sur news :