Pour "lutter contre les rumeurs", l’Ouganda va rendre les réseaux sociaux payants

Les Ougandais vont bientôt devoir payer une taxe supplémentaire s’ils veulent utiliser Twitter, Facebook et autres réseaux sociaux.

Le Parlement ougandais vient d’approuver un projet de loi destiné à rendre l’utilisation des réseaux sociaux payante. À partir du 1er juillet, les citoyens devront payer une taxe au gouvernement s’ils utilisent des plateformes comme Twitter, Facebook, WhatsApp, Instagram, Viber, Skype, etc.

Le président Yoweri Museveni va donc demander 200 shillings, soit l’équivalent de 0,045 euro par jour, aux citoyens qui se servent de ces réseaux, chez eux ou sur leurs mobiles. Selon le gouvernement, cette mesure vise à "lutter contre la propagation des rumeurs".

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En effet, le président avait pris position sur ce sujet au mois de mars dans un courrier adressé au Trésor, dans lequel il affirmait que "l’oisiveté provoquée par l’usage des réseaux sociaux était selon lui une perte de temps et d’argent pour le pays."

Suite à cette lettre, un projet de loi avait donc été présenté dès le mois d’avril, suscitant l’indignation des défenseurs de la liberté d’expression, qui affirmaient notamment que ce projet allait empêcher tout un pan de la population d’utiliser Internet. Matia Kasaija, le ministre des Finances avait réfuté ces critiques affirmant au contraire que cet impôt va "permettre de maintenir la sécurité du pays et d’étendre le réseau électrique pour que les gens puissent profiter des réseaux sociaux plus souvent".

Ce n’est pas la première fois que l’Ouganda prend des mesures qui interfèrent avec la liberté d’utiliser Internet. En février 2016, Twitter et Facebook avaient été bloqués dans tout le pays pendant les élections présidentielles afin "d’empêcher la diffusion de mensonges", selon le président Museveni, en exercice depuis 1986. Quelques mois plus tard, le gouvernement avait également dépensé 88 000 dollars dans l’achat de machines qui détectent les contenus pornographiques, afin de protéger les valeurs morales du pays. Enfin, selon Reporters sans frontières, les profils des citoyens sur les réseaux sociaux seraient utilisés pour identifier les dissidents du gouvernement.

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Si la somme demandée peut paraître dérisoire de prime abord, rappelons que selon les chiffres publiés par la Banque Mondiale en 2012, le revenu annuel moyen en Ouganda s’élève à 440 dollars, soit 377 euros. Cette mesure va donc peser très lourd sur le budget de la grande majorité des habitants du pays, puisque 40 % des Ougandais utilisent Internet.

Traduit de l’anglais par Sophie Janinet

Par Olanrewaju Eweniyi, publié le 01/06/2018

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