Human Rights Watch

Politiques migratoires, discriminations et xénophobie : la Chine et l'UE épinglées

Dans son rapport 2020, Human Rights Watch souligne la difficulté que l’Union européenne a eu à faire respecter les droits humains.

Comme chaque année, l’ONG Human Rights Watch, spécialisée dans la défense des droits humains, a révélé son rapport mondial qui fait état des pratiques de près de 100 pays en la matière. La politique migratoire de l’Union européenne et le traitement des migrants y sont particulièrement critiqués.

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Si l’ONG affirme que l’UE a fait preuve de volonté en 2019 en matière de droits humains, ces valeurs n’auraient pas été défendues dans le domaine de migrations : "Migrants et réfugiés en ont fait les frais", explique le rapport. "L’engagement de l’UE à l’égard des valeurs universelles sonnera creux tant que ses gouvernements et institutions fermeront les yeux sur les souffrances des migrants et des demandeurs d’asile", affirme Benjamin Ward, directeur adjoint Europe et Asie centrale de l’ONG.

Dans son rapport de plus de six cents pages, l’ONG se focalise sur le traitement des migrants et des demandeurs d’asile par l’Union européenne et ses États membres, dont la politique étrangère met l’accent sur un endiguement des flux migratoires. "Certains pays membres ont procédé à des refoulements illégaux, parfois violents, aux frontières externes de l’UE et ont coopéré avec des pays tels que la Libye pour empêcher de potentiels demandeurs d’asile de rejoindre l’Europe – en dépit des preuves flagrantes de brutalité à l’encontre des migrants et de l’incapacité de ces pays à protéger les réfugiés ou à traiter leurs demandes d’asile", explique le compte rendu.

Certains États membres ont ainsi poursuivi en justice et dénigré les organisations et les personnes qui portent assistance aux migrants, notamment en mer : "Les institutions et États membres de l’UE n’ont pas mis en place d’opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée ni ne sont parvenus à se mettre d’accord sur un plan prévisible de débarquement et de relocalisation tel que le proposaient la France, l’Allemagne, l’Italie et Malte", souligne l’ONG. Les mesures restrictives de certains pays en matière d’asile, comme l’Italie, la Grèce ou la France sont également dénoncées.

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De l’Union européenne à la Chine, des discriminations et de la xénophobie

Le rapport annuel d’Human Rights Watch demande également à une action plus forte des gouvernements sur les problématiques de discriminations et d’intolérance, liées entre autres à l’augmentation des partis de droite aux dernières élections européennes. "Les juifs, les musulmans, les Roms et les membres d’autres communautés minoritaires sont confrontés à l’intolérance, la violence et la discrimination dans certains États de l’Union, avec des signes d’une montée de l’antisémitisme", note l’ONG, tout en soulignant les discriminations que rencontrent les femmes, les personnes atteintes d’un handicap, les personnes transgenres et autres personnes LGBTQ+ dans de nombreuses régions de l’Union européenne.

Une offensive aux droits humains également présente en Chine, comme le souligne le directeur exécutif d’Human Rights Watch, Kenneth Roth : "L’attitude de Pékin encourage les autocrates populistes à travers le monde et gagne leur soutien, les autorités chinoises utilisent leur puissance économique pour dissuader les autres gouvernements de les critiquer." Ce dernier a d’ailleurs été interdit d’entrée à Hong Kong, où il devait présenter le rapport mondial de l’organisation.

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Le compte rendu 2020 se penche également sur certains cas spécifiques, comme sur l’interdiction du voile couvrant le visage au Pays-Bas, les mesures régressives sur le droit des femmes et de la communauté LGBTQ+ en Pologne, ou encore les risques du Brexit pour les droits humains. Quant à l’Espagne, l’ONG dénonce "la législation pénale rétrograde permettant aux violeurs de faire face à des chefs d’inculpation moins graves d’abus sexuels s’il n’est pas fait usage de violence ni d’intimidation".

Et la France ?

La France n’est pas épargnée, puisque l’organisation pointe dans son rapport les violences excessives de la police lors des manifestations hebdomadaires. Ces tactiques de lutte antiémeute ont fait "des milliers de blessés depuis la fin de 2018", parmi lesquels manifestants, lycéens ou journalistes. Le rapport rappelle que "l’action de la police a fait l’objet de nombreuses critiques, notamment de la part des Nations unies". De plus, les enquêtes ouvertes sur des allégations de recours excessif à la force n’ont que très peu abouti : seules 18 auraient été transmises à un juge au mois de novembre. La loi sur les manifestations votée par la France en avril 2019 est également considérée comme pouvant porter atteinte au droit de manifestation.

En matière de droits des réfugiés et des personnes migrantes, la France ne se révèle pas exemplaire : renvoi sommaire d’enfants migrants non accompagnés, traitement dégradant, harcèlement des travailleurs humanitaires par la police… Le rapport de l’ONG fait également état de l’augmentation en France d’actes racistes et antisémites : "La Commission nationale consultative des droits de l’homme, un organisme officiel, a publié un rapport indiquant qu’en 2018, les actes racistes en France avaient augmenté de 20 % par rapport à 2017, les actes antisémites ayant augmenté de plus de 70 %." 

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Ces chiffres se couplent à une augmentation des violences liées à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre : "SOS Homophobie a déclaré avoir reçu 66 % de rapports supplémentaires d’agressions physiques sur des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres pour 2018 par rapport à 2017."

Enfin en France, 2019 a été marquée par la question des féminicides : le rapport souligne ainsi qu'"en novembre, 136 femmes avaient été tuées dans des actes de violence familiale en 2019". Human Rights Watch rappelle ainsi les critiques des groupes féministes sur le manque de ressources allouées à la lutte contre les violences faites aux femmes par le gouvernement.

Par Pauline Ferrari, publié le 14/01/2020

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