A picture taken on March 2, 2016 shows a police officer wearing a body-worn camera (camera pieton in French) in Calais. – French Interior Minister Bernard Cazeneuve said on April 8 in Les Mureaux (Yvelines) he wants all police patrols to be eventually equipped with body-worn camera, to film police interventions. (Photo by DENIS CHARLET / AFP)

Les policiers dotés de LBD porteront désormais "systématiquement" des caméras-piétons

Et ce, dès samedi prochain.

(© DENIS CHARLET / AFP)

Et ce, dès samedi prochain.

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La controverse autour des LBD, accusés d’avoir causé de graves blessures et même d’avoir éborgné des manifestants, a récemment pris de l’ampleur, alimentant la colère des gilets jaunes et mettant le gouvernement sur la défensive.

Face à la polémique, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a affirmé mardi devant une commission de l’Assemblée nationale que les forces de l’ordre dotées de lanceurs de balle de défense (LBD) seraient "systématiquement" équipées de caméras-piétons et ce, dès samedi, lors de l’acte 11 des gilets jaunes.

Cette instruction au sujet de cette arme non-létale "répond à la double exigence de transparence et d’exemplarité que nous devons aux Français", a ensuite tweeté le ministre. Ces caméras-piétons devront être actionnées "au moment de l’usage des LBD" afin qu’en cas de "débat", "contestation" ou "contentieux", "on puisse produire ces images y compris dans le cadre judiciaire", a précisé le ministre devant les députés.

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Seule "réserve" du locataire de Beauvau : dans les cas où les forces de l’ordre "seraient bousculées, à terre", "je ne leur en voudrais pas d’utiliser une arme de défense pour garantir leur propre défense", a-t-il dit.

Le ministre, qui s’était dit vendredi "sidéré" par les accusations de violences policières portées par des gilets jaunes, a par ailleurs affirmé que sur 81 enquêtes, dont a été saisie l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), quatre concernaient des personnes gravement blessées à l’œil par des LBD depuis le début du mouvement le 17 novembre.

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Ce premier bilan officiel est bien inférieur au chiffre de 17 personnes ayant perdu un œil, avancé par le collectif militant "Désarmons-les" et le journaliste indépendant David Dufresne, avec détails, photos et parfois vidéos à l’appui. Christophe Castaner, qui disait la semaine dernière n’avoir "jamais vu un policier ou un gendarme attaquer un manifestant", a déclaré :

"Sur ces 81 enquêtes judiciaires au titre des projectiles tirés par LBD, il y a quatre pertes de vision. Aucune [blessure] n’est acceptable mais toutes doivent faire l’objet d’une enquête pour déterminer les raisons avec lesquelles cela s’est produit et les conditions dans lesquelles cela s’est passé."

Deux personnes ont été blessées à l’œil, dont l’une a été éborgnée, samedi à Rennes lors de la manifestation des gilets jaunes, a par ailleurs annoncé mardi le parquet local.

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"En cas d’absolue nécessité"

Face à la controverse, le patron de la police nationale, Éric Morvan, avait rappelé il y a quelques jours dans une note à ses troupes que l’utilisation du LBD devait être proportionnée et que "le tireur ne doit viser exclusivement que le torse ainsi que les membres supérieurs ou inférieurs".

Le LBD-40, successeur du "Flash-Ball" utilisé à partir des années 1990 et destiné à neutraliser sans tuer, fait débat depuis plusieurs années en France.

Christophe Castaner avait pris sa défense vendredi assurant que sans lui il y aurait "beaucoup plus de blessés", tandis que son secrétaire d’État, Laurent Nuñez, estimait que "si les policiers ne faisaient pas usage de ces moyens de défense, peut-être que certains auraient été lynchés".

Jeudi, le Défenseur des droits Jacques Toubon a de nouveau réclamé la suspension de cette arme pour "prévenir plutôt que soigner". Selon les manuels d’instruction, les forces de l’ordre ne doivent recourir au LBD qu'"en cas d’absolue nécessité" et "de manière strictement proportionnée", ne pas tirer au-dessus des épaules et prendre soin d’éventuels blessés.

Des vidéos qui inondent Internet et les réseaux sociaux depuis le début de la crise des gilets jaunes montrent que ces consignes ne sont pas toujours respectées.

"On ne peut pas demander aux manifestants d’être exemplaires si on ne l’est pas soi-même", avait estimé dimanche le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux. "L’exemplarité, elle est dans les deux sens", avait-il ajouté, appelant les témoins de violences à le signaler sur le site dédié de la police.

Konbini avec AFP

Par Astrid Van Laer, publié le 23/01/2019

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