Polémique après la réponse d’un cabinet d’architectes à la candidature d’un réfugié syrien

Joint par téléphone, le jeune homme se dit "choqué".

"Honte à vous, j’ai demandé un emploi, juste ça" : c’est avec ces mots qu’Omar Helwani a commenté la réponse que lui a adressée un cabinet d’architectes bordelais suite à sa candidature. La polémique enfle sur Twitter depuis que ce jeune réfugié syrien a publié la capture d’écran du refus du cabinet KDA (Kube Design Architecture), accompagnée du message suivant :

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"Vous ne savez pas ce qui m’est arrivé jusqu’à ce que je [sorte] de mon pays. Mon père est un prisonnier politique. Ma mère est morte là-bas, sans [que j’ai pu] la voir [une] dernière fois."

Il faut dire que l’e-mail envoyé à Omar, aspirant architecte, est des plus cinglants. En cinq lignes à peine, on lui explique ainsi qu’il aurait mieux fait d’être "courageux" et de rester dans son pays en guerre, la Syrie :

"Bonjour, vous n’avez pas d’expérience, et nous recherchons des personnes productives et expérimentées (au moins 5 ans) sur Autocad Architecture 2015.

Quan[t] au fait que vous ayez quitté votre pays parce qu’il était en guerre, il eut mieux valu ne pas être lâche et rester pour le défendre.

Bonne continuation."

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Nous avons joint le jeune homme, titulaire d’un BAC +5 et réfugié en France depuis 2016. Il nous a expliqué que c'est la première fois que de tels propos lui sont adressés et a accepté de nous raconter son histoire, ainsi que l’échange qu’il a eu avec l’entreprise.

Le jeune diplômé, âgé de 28 ans, dit être tombé jeudi 28 février sur une annonce figurant sur le site Internet du cabinet : "Ils cherchaient un architecte pour travailler avec eux, notamment sur les matrices d’Autocad et Sketchup [des logiciels informatiques, ndlr]. Ils disaient 'contacte-nous' avec une lettre de motivation et un CV", raconte Omar.

"Je suis choqué, je ne sais pas quoi faire"

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Il poursuit : "J’ai envoyé ça et j’ai raconté un peu mon parcours, comment j’avais commencé des études en Syrie et comment à cause de la guerre, j’ai dû partir en Jordanie où je les ai poursuivies." Puis en 2016, Omar arrive en France. Actuellement, le jeune homme vit à Bordeaux, où il est en recherche d’emploi. Il a appris la langue française à l’Institut catholique de Lyon. Dans sa lettre de motivation, que Konbini news a pu consulter, il explique son parcours en quelques lignes et ajoute posséder le permis de conduire ainsi qu’un véhicule.

Diplômé de l’école d’architecture d’Amman en Jordanie, à son arrivée en France, il est parvenu à intégrer l’école nationale supérieure d’architecture et de paysage (ENSAP) de Bordeaux. Il n’a cependant pas validé son premier semestre d’après ses dires. "C’est pour cela que je cherche un travail", explique-t-il.

Il n’a pas répondu au cabinet. "Je suis choqué, je ne sais pas quoi faire. Je n’ai rien fait, j’ai simplement postulé pour un emploi et dans le courrier, j’ai expliqué pourquoi je n’avais pas fini mes études en Syrie, c’est-à-dire à cause de la guerre, et on me répond qu’il fallait rester en Syrie."

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Le jeune homme conclut en expliquant qu’il ne sait pas vraiment vers qui se tourner : "Je ne sais pas quoi faire, je pensais aller devant la justice mais je ne sais pas comment faire". Sur les réseaux sociaux, un élan de solidarité semble peu à peu se mettre en place et l’ancienne ministre Cécile Duflot a déjà partagé son histoire :

Nous ne sommes pas parvenus pour l’heure à joindre le cabinet KDA, mais ce dernier a contacté Omar et plaide le "piratage informatique". Une défense qu’Omar nous a confié ne pas croire.

© Document transmis par Omar Helwani à la rédaction de Konbini news

Par Astrid Van Laer, publié le 01/03/2019

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