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Plus d’un tiers des migrants contaminés contractent le VIH après leur arrivée en France

"La lutte contre le VIH rejoint pleinement la lutte contre les défaillances de l’accueil des personnes migrantes."

SOS Solidarités lance un appel ce mercredi. Son but ? Alerter sur le fait que, "sans progrès social, les avancées scientifiques ne suffiront pas" à endiguer les contaminations du virus du sida. Même si, depuis 2010, la mortalité liée au sida a été divisée par deux, les progrès de la médecine ne permettent pas de remédier aux trop grosses inégalités. Parmi elles, la situation des populations migrantes.

L’association souhaite casser l’idée selon laquelle les populations migrantes "rapporteraient" le virus en arrivant sur le territoire français. En effet, un homme sur deux vivant avec le VIH né en Afrique subsaharienne a été contaminé après son arrivée dans l’Hexagone. Quant aux femmes, c’est une sur trois, d’après une enquête de l’Agence publique française de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS).

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"Parmi les migrants subsahariens vivant avec le VIH en France, entre 35 % et 49 % sont contaminés après leur arrivée dans le pays", "durant la période de pré-installation", précise le rapport. Par période de pré-installation, on entend "la période entre l’arrivée en France et le moment où les personnes réunissent l’ensemble des conditions d’installation que sont un logement propre, des ressources propres et une situation administrative régulière", nous explique Nicolas Derche, le directeur de l’Association de recherche, de communication et d’action pour l’accès aux traitements (Arcat) au sein du groupe SOS Solidarités.

Celui-ci salue les différentes politiques de prévention, notamment la mobilisation du dépistage et de la PrEP, "qui ont permis d’infléchir un certain nombre de nouvelles contaminations chez les publics comme les homosexuels et les hétérosexuels migrants".

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La précarité engendre des situations de "sexualité transactionnelle"

En revanche, chez les femmes, le niveau des nouvelles contaminations reste stable et élevé : "On n’a pas réussi à agir sur les nouvelles contaminations chez les femmes migrantes", se désole-t-il, ajoutant : "Et on observe une hausse des nouvelles contaminations chez les jeunes LGBT migrants, alors que ça diminue chez les jeunes Français."

Comment expliquer ce triste constat ? Pour Nicolas Derche, la précarité est forcément une piste d’explication :

"Les femmes migrantes sont souvent dans des situations de précarité encore plus grandes que les hommes, et peuvent se retrouver notamment dans des situations de sexualité transactionnelles. C’est-à-dire que pour avoir accès à un certain nombre de choses et notamment des hébergements, des ressources, des services, elles peuvent avoir un recours à une sexualité transactionnelle, qui est à différencier de la prostitution car il n’y a pas de rémunération immédiate derrière. C’est une sexualité contre des services qui répondent à des besoins primaires."

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Les difficultés causées par la dureté de l’installation en France favorisent donc, selon lui, la sexualité contre services et "rendent secondaire l’attention portée à la santé en général". Il continue :

"La précarité et l’insécurité administrative augmentent l’exposition aux risques sexuels. L’absence de logement stable, de ressources et la peur de l’expulsion poussent à accepter des relations ou rapports sexuels en échange d’aide. Ce mode de vie axé sur la survie et la satisfaction des besoins primaires tels que se nourrir ou se loger rend secondaire l’attention portée à la santé en général."

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"Et dans ces situations, la capacité des personnes à se protéger, à imposer les outils de prévention comme le préservatif n’est pas simple", précise-t-il, avant de souligner que les femmes en situation de précarité font également davantage l’objet de violences. "Ces violences peuvent être sexuelles et c’est également un vecteur de transmission", alerte-t-il.

"Seule une prise en charge globale et de qualité peut enrayer l’épidémie"

S’il est prouvé que la contamination a lieu après l’arrivée en France, pour Nicolas Derche, il est donc nécessaire d’agir au plus vite et de mettre en place "une politique axée sur le dépistage à l’arrivée en France à une politique de dépistage de routine tout au long de la période d’installation. Il est également nécessaire d’instaurer une politique de prévention à long terme".

Pas question cependant pour SOS Solidarités de proposer un dépistage en préfecture. "Il faut évidemment décorréler cette problématique et les questions de séjour, mais il faut avoir des offres de dépistage portées par des associations, et donner plus de moyens aux programmes communautaires, avec des personnes issues des communautés, dans différents espaces publics, qui sont des médiateurs en santé qui peuvent les sensibiliser."

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Agir dès l’arrivée sur le territoire donc, et agir sur les causes de l’exposition au VIH : la précarité, les violences, le mal-logement, l’anxiété d’une situation instable. Pour Nicolas Derche,"la lutte contre le VIH rejoint pleinement la lutte contre les défaillances de l’accueil des personnes migrantes et demandeuses d’asile : seule une prise en charge globale et de qualité peut enrayer l’épidémie".

Toujours selon le directeur de l'Arcat, "la santé est un tout" et, en cela, les conditions d’accueil des étrangers en France ont "complètement" une incidence sur la contamination :

"À partir du moment où les expériences de précarité des migrants après leur arrivée en France sont à mettre en corrélation avec les nouvelles contaminations, pour agir, il faut proposer des actions de dépistage, améliorer les conditions d’accueil et faire en sorte que la période de pré-installation soit la plus courte possible pour réduire l’exposition au risque."

En somme, mieux accueillir permettrait de prévenir les risques de contaminations et alors, pour SOS Solidarités, l’objectif de zéro nouvelle contamination sera atteignable. Il est déjà réalisable, selon Nicolas Derche : "On dispose de l’ensemble des outils pour parvenir à casser les chaînes de contamination, il faut juste les utiliser et mettre plus de moyens."

Par Astrid Van Laer, publié le 04/12/2019

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