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Photos volées, blagues misogynes et édition douteuse : plongée dans le "Bigard Magazine"

Publié le

par Konbini News

© Capture d’écran Facebook Jean-Marie Bigard Officiel

Des extraits de la revue ont commencé à tourner sur les réseaux sociaux : c’est très problématique (et parfois illégal).

Beaucoup d’internautes ont d’abord cru à une blague : la photo de couverture d’un Bigard Magazine a commencé à tourner sur Twitter. Un Jean-Marie Bigard hilare sur fond noir entouré d’émojis, "Allez tous vous faire …" inscrit sur le T-shirt, donne le ton : "200 blagues pour un été plié en deux", annonce le magazine. Ce hors-série du magazine King, bimestriel érotique, se compose de plusieurs pages de blagues "au-dessus" et "en dessous" de la ceinture, certaines copiées-collées de ses spectacles (et présentant encore les didascalies). 

Vincent Flibustier, ancien chroniqueur de la RTBF et fondateur du site parodique NordPresse.be, désormais intervenant en éducation critique aux médias, fut l’un des premiers à partager des extraits du magazine. "Au début je n’y croyais pas, puis un ami l’a trouvé dans un kiosque à Strasbourg et me l’a envoyé", raconte-t-il.

Dans un long thread sur Twitter, il dévoile l’intégralité du magazine, que nous avons pu consulter : des blagues misogynes, LGBTphobes, sérophobes se mêlent à des images sans aucun crédit, ni aucune source. Un magazine qui semble avoir été fait à la va-vite, entrecoupé de photos de charme datant des années 1970 à 1990 : sur ces photos, le nom des modèles ou des photographes ne sont pas évoqués. On peut ainsi lire sur une double page montrant cinq femmes nues se baignant dans un puits : "Châtau de Pelly 1987 - castting : Une Danoise, une Suédoise, une Française, une Suissesses et une Russe". Les fautes d’orthographe sont incluses, ainsi que des fausses taches de sperme photoshoppées présentes sur les photos, ou des incursions d’un Jean-Marie Bigard pouce en l’air.

C’est à se demander si les modèles présentes dans le magazine sont au courant de figurer dans ce hors-série. Pour Vincent Flibustier, "il fait de l’argent avec la vente de contenus volés, des blagues volées, des images sans droit…". Dans son thread, il indique ainsi que plusieurs blagues inscrites dans le magazine proviennent d’autres humoristes, comme Philippe Geluck.

Sauf que ce Bigard Magazine n’est pas un magazine auto-édité, ou juste assemblé sur Internet. Il est édité par Medialyd, qui a notamment repris l’édition du magazine Playboy en France, mais également d’autres magazines spécialisés sur la cuisine ou les voyages. Contacté par Konbini news, Jean-Christophe Florentin, éditeur du magazine, parle du Bigard Magazine comme d’un "ovni dans la presse d’aujourd’hui". "C’est une réserve de rigolade, pour toutes les générations confondues", explique-t-il. Selon lui, l’idée de ce magazine consacré à Jean-Marie Bigard est venue début juillet : depuis le 22 juillet dernier, il est disponible en kiosque. "C’est un magazine d’été, pour la plage, qui n’est ni polémiste ni intello" ajoute Jean-Christophe Florentin. L’ambiance est posée.

Traces de sperme, commentaires graveleux et photos volées

Cela pourrait en rester à une simple histoire de magazine de "blagues", ou de produit dérivé de l’humoriste ouvertement opposé à la vaccination et au pass sanitaire, qui exprime sa rage contre le gouvernement à chaque micro qu’il croise.

La polémique a commencé à enfler sur Twitter suite au partage de plusieurs extraits du magazine, et notamment d’une double page constituée de photos de l’actrice américaine Jennifer Lawrence nue, photos originalement volées. En 2014, l’actrice avait eu son téléphone portable et son ordinateur hackés, et des photos d’elle nue avaient fuité sur la Toile. En 2017, le hacker responsable de la fuite avait été condamné à plusieurs mois de prison et plusieurs milliers de dollars d’amende.

En couverture du "Bigard Magazine", on peut ainsi lire : "Nos belles invitées : Jennifer et ses amies." Quelques pages plus loin, on y retrouve les photos volées de Jennifer Lawrence, dénudée, accompagnées de fausses traces de sperme et du commentaire suivant : "Rien qu’avec Jennifer Lawrence sur sa banquette j’ai joui trois fois…".

"Beaucoup de fans de Bigard ont été dégoûtés en découvrant ça, puisque cela pourrait être des photos de leur femme, sœur, mère…" explique Vincent Flibustier. De nombreux internautes ont déjà annoncé avoir envoyé des mails à l’agence française de Jennifer Lawrence, afin de la prévenir et que des poursuites judiciaires puissent être engagées contre Bigard.

Du côté de l’éditeur, Jean-Christophe Florentin trouve les accusations "injustes et à charge". Pour lui, il n’y a "pas de débat" : "Si elle [Jennifer Lawrence] veut porter plainte, elle peut porter plainte 36 millions de fois contre ceux qui ont déjà partagé la photo" s’exclame-t-il au téléphone. Selon lui, puisque les photos tournent déjà sur Internet, il n’y a pas de raison de s’inquiéter, juridiquement.

Pourtant, la diffusion de ces photos pourrait servir de base à une attaque juridique, notamment pour atteinte à la vie privée (Art.226-1 à 226-2-1 du Code pénal), sur le motif que les photos fuitées ne doivent quand même pas être diffusées, passible d’un à deux ans d’emprisonnement et de 45 000 à 60 000 euros d’amende. De plus, cela pourrait également consister en un recel d’une atteinte aux systèmes de traitement automatisé de données (STAD), c’est-à-dire un recel de photos subtilisées par un piratage de données personnelles.

Bientôt un numéro 2 pour Bigard Magazine

Le magazine est sorti la semaine dernière dans les kiosques et Jean-Marie Bigard s’est empressé ce lundi de le promouvoir, en vantant notamment les femmes dénudées présentes dans le magazine, et en précisant "c’est pas de l’élevage, c’est du sauvage ça !" Sous la vidéo, de nombreux fans de l’humoriste annoncent se désabonner de sa page Facebook, le traitant d’"opportuniste" et de "girouette".

Selon l’éditeur Jean-Christophe Florentin, malgré les critiques, il assure avoir reçu beaucoup de "réactions positives" suite à la publication du magazine. Il nous confie même que si c’est "un triomphe", "pourquoi pas prolonger l’expérience". Si l’optique d’un deuxième opus n’est pas pour tout de suite, l’éditeur n’y semble pas opposé.

De nombreuses associations féministes essayent d’alerter depuis plusieurs jours Elisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, ou encore Marlène Schiappa, ancienne secrétaire d’État au même poste, afin d’interdire le magazine et que des accusations soient portées à l’encontre de Jean-Marie Bigard. Pour l’instant, le magazine est toujours accessible en kiosque.

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