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Pédophilie : réouverture du procès canonique du père Preynat

Il est accusé d’avoir abusé de plusieurs dizaines d’enfants dans les années 1980-1990.

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Le procès canonique du père Preynat, prêtre du diocèse de Lyon accusé d’abus sexuels sur de jeunes scouts dans les années 1980-1990, un temps suspendu, reprend ce mardi 2 octobre.

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Le père Bernard Preynat, aujourd’hui âgé de 72 ans, avait été dénoncé en 1991 par la famille de l’un des anciens scouts que le prêtre encadrait dans la paroisse de Sainte-Foy-lès-Lyon.

En janvier 2016, il a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire pour des agressions sexuelles remontant jusqu’à 1986. L’association "La Parole Libérée" a recensé plus de 70 victimes présumées, pour lesquelles les faits sont prescrits dans la majorité des cas.

Qu’est-ce que le procès canonique ?

Le procès canonique est une procédure interne à l’Église. Commencé en février 2016, celui du père Preynat avait été suspendu l’année suivante, le diocèse de Lyon estimant qu’il y avait interférence avec les procédures de justice visant le cardinal Barbarin, poursuivi pour ne pas avoir dénoncé à la justice des agressions pédophiles dont celles reprochées au père Preynat.

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Il reprend cette semaine, mais sous une autre forme. Il a été commué en procès pénal canonique "judiciaire". La procédure initiale, "administrative", ne permettait pas aux victimes, entendues comme simples "témoins", d’obtenir des réparations.

Concrètement, trois juges et un promoteur de justice (sorte de procureur de la République), tous docteurs en droit ou en théologie et occupant des responsabilités dans des tribunaux ecclésiastiques, n’appartenant pas au diocèse de Lyon, mènent cette procédure.

"Nous avons envoyé lundi les lettres aux personnes qui avaient déjà témoigné" lors de la procédure initiale, "nous attendons maintenant de voir combien se constituent 'tierce partie' (équivalent de parties civiles) avant de pouvoir lancer les auditions de celles qui n’ont pas encore été entendues", a précisé à l’AFP le père Bruno Gonçalves, promoteur de justice à l’Officialité de Besançon, l’un des trois juges et président du tribunal jugeant le cas du père Preynat.

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Les audiences auront lieu en majorité à l’Officialité (tribunal ecclésiastique) de Lyon.

Quelles conséquences pour les victimes ?

Ces "tierces parties" vont pouvoir faire des demandes de réparation, y compris pour des faits prescrits, explique le diocèse.

Selon François Devaux de La Parole libérée, "c’est variable selon les profils, mais on peut atteindre une moyenne de 20 000 euros de demande d’indemnisation par victime, sachant qu’une trentaine d’entre elles" sont concernées dans cette procédure canonique.

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"Mais qui va réellement être condamné à payer le préjudice financier ?", s’interroge-t-il. "Si Preynat ne peut pas payer, la question se pose de la responsabilité du diocèse de Lyon, qui savait depuis 50 ans", affirme-t-il. "Au-delà, l’Église doit mettre en place un système clair et net pour que le système change et que d’autres ne vivent pas tout ça", a-t-il dit, soulignant au passage la difficulté des plaignants à trouver un avocat ecclésiastique pour les représenter.

Qu’encourt le père Preynat ?

Pour le moment, le père Preynat est interdit d’exercice de son ministère en public et en privé (il ne peut ni dire la messe, ni confesser). Il encourt, outre le paiement d’éventuels dédommagements aux victimes, le maintien de cette sanction, voire le renvoi de l’état clérical (l’interdiction de tout exercice de manière définitive), "peine expiatoire maximum", souligne le père Gonçalves, également maître de conférences à l’Institut catholique de Paris.

Konbini news avec AFP

Par Clothilde Bru, publié le 02/10/2018

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