PHILIPPE DESMAZES / AFP

Pédophilie dans l'Église : au moins 8 ans de prison requis contre l'ex-père Preynat

La procureure a requis une peine "qui ne soit pas inférieure à 8 ans" pour l’ex-prêtre accusé d’agressions sexuelles sur mineurs.

Après une semaine de procès, Dominique Sauves, procureure de la République, a requis à l’encontre de l’ex-prêtre Bernard Preynat une peine d’emprisonnement "qui ne soit pas inférieure à huit années" pour les multiples agressions sexuelles commises sur de jeunes garçons pendant deux décennies. Ce dossier "stupéfiant", "grave", "effrayant", "mérite une réponse pénale ferme qui ne peut s’arrêter au bénéfice de l’âge", a lancé Dominique Sauves au dernier jour du procès.

Ces agressions sexuelles ont eu lieu entre 1971 et 1991 dans la paroisse de Sainte-Foy-Les-Lyon, près de Lyon, et lors de camps à l’étranger, au sein d’un groupe de scouts indépendant dont le prévenu était le vicaire-aumônier. Une famille avait dénoncé ses abus en 1991 au cardinal Decourtray, l’archevêque de Lyon à l’époque, et Preynat avait été déplacé dans la Loire après une mise à l’écart de six mois.

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Il a pu y poursuivre son ministère pendant 24 ans, y compris au contact d’enfants. Ce n’est qu’en 2015 que plusieurs anciens scouts ont brisé l’omerta de l’Église en portant plainte contre Preynat, permettant la tenue de ce procès des dizaines d’années après les faits. Le procès était très attendu depuis que l’affaire a éclaté fin 2015, quand des plaintes ont enfin été déposées, éclaboussant toute la hiérarchie catholique à travers le cardinal Barbarin, condamné en mars 2019 pour ne pas avoir dénoncé les agissements de Preynat.

À la barre, l’ex-prêtre a demandé "pardon" aux neuf hommes venus témoigner de leurs souffrances – de nombreux autres n’ont pas pu porter plainte du fait de la prescription. Mais un pardon "mécanique", sans empathie manifeste, qui a d’autant moins convaincu les parties civiles que le prévenu, s’il reconnaît la plupart des abus qu’on lui reproche, a souvent cherché à les minimiser. "Il y a toujours un mot qui vient nous gêner", a résumé un avocat. "Il a écouté les souffrances des victimes mais il ne les a pas entendues", a renchéri la procureure.

À la barre, le témoignage douloureux des victimes de Preynat

"Le masque est tombé sur l’homme que vous êtes, l’homme que vous avez été", a lancé la procureure au prévenu de 74 ans en l’accusant d’avoir "brisé" les vies de ses victimes. Ces dernières, âgées de 7 à 15 ans à l’époque des faits, ont fait le récit, glaçant et poignant, des attouchements, baisers sur la bouche et masturbations que le prêtre leur imposait. En raison d’une grande majorité de cas prescrits, seulement dix victimes ont pu se constituer parties civiles.

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"Je revis toutes les sensations, son odeur", a confié Anthony Gourd, une des victimes, qui a souffert d’amnésie traumatique et se souvient, peu à peu, depuis quatre ans, de ce qu’il a subi. "Il parle de caresses. Ma femme me caresse. Lui, il me touchait comme un sauvage", a quant à lui dénoncé Stéphane Hoarau.

"Pour moi, à l’époque je ne commettais pas d’agressions sexuelles mais des caresses, des câlins. Je me trompais. Ce qui me l’a fait comprendre, ce sont les accusations des victimes", a expliqué le prévenu. Le procès a été l’occasion, pour lui, de pointer la responsabilité de l’Église et les violences qu’il aurait subies enfant. "On m’a dit : 'Tu es un malade.' […] On aurait dû m’aider… On m’a laissé devenir prêtre", a relaté Preynat, alors qu’il avait suivi une thérapie en hôpital psychiatrique dans les années soixante.

À la fin du procès, l’ancien prêtre a une nouvelle fois demandé pardon à toutes ses victimes, mais également à l’Église qu’il a "salie". Cofondateur de l’association de victimes La Parole libérée, qui avait participé à médiatiser l’affaire, François Devaux n’a pas voulu commenter les réquisitions du procureur – "ce n’est pas mon rôle" – mais a jugé le procès "brillant par l’esprit de communion et la dignité qui s’en est dégagée". Un procès qui a permis, selon lui, de montrer "la reconstruction des victimes, même trente ans après". À ce titre, le procès "a une vertu pour la justice, la société, l’Église", a-t-il dit devant la presse. Quant à Bernard Preynat, il sera fixé sur son sort le 16 mars prochain, date du jugement.

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Konbini news avec l’AFP

Par Thomas Folliot, publié le 17/01/2020