Paris, le 7 novembre 2019. © MARTIN BUREAU / AFP

Paris/Saint-Denis : 1 606 personnes évacuées ce matin de camps de migrants, et après ?

Une opération similaire devrait avoir lieu dans le camp de la porte d'Aubervilliers.

Plus de 1 600 migrants ont été évacués à l’aube ce matin de deux importants campements insalubres aux abords du périphérique, à cheval sur le nord-est de Paris et la Seine-Saint-Denis, a annoncé la Préfecture de police. Des zones devenues "incontrôlables" selon les autorités.

"Fin de l’opération d’évacuation du campement de La Chapelle. Au total, sur les secteurs de La Chapelle et du président Wilson, [à Saint-Denis, ndlr], 1 606 personnes ont été évacuées" et mises à l’abri, a souligné la préfecture sur Twitter. Avec cette évacuation, près de la moitié des campements de migrants du nord-est de Paris ont été vidés.

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Parmi les délogés, de nombreux Afghans et personnes originaires d’Afrique subsaharienne, ainsi que des familles avec enfants. Environ 600 policiers étaient mobilisés. Cette évacuation d’une ampleur inédite depuis plus d’un an dans la capitale intervient au lendemain de la présentation par le gouvernement d’un plan immigration controversé, instaurant notamment des "quotas" de professionnels qualifiés. 

Dans ce contexte de durcissement de la rhétorique sur la politique migratoire, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner s’était engagé mercredi à évacuer les camps du nord-est parisien "avant la fin de l’année".

Sur les quelque 1 500 à 3 000 exilés qui vivent dans des tentes sous les pots d’échappement du périphérique et de l’autoroute A1, il était prévu qu’entre 600 et 1 200 personnes d’entre elles soient évacuées et mises à l’abri dans des centres d’accueil ou des gymnases aux quatre coins de l’Ile-de-France. L’autre partie, qui se trouve sur le camp voisin de la Porte d’Aubervilliers, doit faire l’objet d’une prochaine opération similaire.

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"Un objectif de zéro retour"

Awa, Ivoirienne de 32 ans, dormait dans une tente Porte de la Chapelle depuis son arrivée en France il y a un an. "Il pleut, il fait froid. Je ne sais pas où je vais, mais ça me fait plaisir d’y aller, parce que j’aurai un toit ce soir", a-t-elle déclaré à l’AFP en emportant juste un sac à dos.

"Je ne peux pas laisser une situation de danger de cette nature […] tout ça ne peut plus durer, et c’est le sens de la fermeté dont je vous parle", a expliqué sur place le préfet de police de Paris Didier Lallement.

"Jusque-là, on avait des opérations de mise à l’abri de 200, 300 personnes, mais on ne vidait jamais les campements et ils revenaient. Avec cette opération, on a un objectif de zéro retour", explique-t-on à la préfecture.

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C’est le préfet de police qui a pris un arrêté d’évacuation, jugeant de même source que les campements prenaient "trop d’ampleur" et qu’une "délinquance" s’y installait. 

La préfecture évoque 213 atteintes aux personnes répertoriées sur le "secteur" de la Porte de la Chapelle depuis début 2019. Sans compter les "rixes entre migrants"

"Un dispositif de vidéo-patrouilles" 

Alors que les files d’attente s’allongent devant les cars, Mahar, 21 ans, originaire du Pakistan et arrivé en France il y a 4 mois, montre des cicatrices après plusieurs tentatives de suicide. "Je vais être hébergé mais j’y vais surtout parce qu’on m’a dit qu’il y aurait une aide pour les formalités administratives, pour que je puisse demander l’asile", explique-t-il.

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Les associations de défense des migrants craignent, elles, que l’opération ne se transforme en vaste coup de filet avec des placements en détention.

Les mises à l’abri se feront sur la base du "volontariat", insiste à l’inverse la préfecture de région. Les examens des situations administratives se feront dans un second temps, mais l’accueil reste "inconditionnel", souligne-t-on.

"Le but, c’est d’éviter les reconstitutions des camps", a affirmé sur place le préfet de la région Île-de-France Michel Cadot.

Anne Hidalgo, le 7 novembre 2019. © MARTIN BUREAU / AFP

"Chaque fois on nous a dit ça ne se reproduira plus", souligne la maire de Paris Anne Hidalgo, présente également, rappelant qu’il s’agit de la 59e mise à l’abri depuis l’été 2015, au plus fort de l’afflux de réfugiés. "Il est clair pour que cela ne se reproduise plus, il faut un dispositif d’accueil adapté et digne", réclame-t-elle.

Pour éviter que des camps ne se reforment, des forces mobiles doivent "tourner 24 heures sur 24 sur place", pour effectuer des contrôles d’identité et "placer en centre de rétention s’il le faut". Le tout accompagné d’un "dispositif de vidéo-patrouilles, avec notamment quelques caméras tactiques spécifiquement prévues pour cette action".

Konbini avec AFP

Par Astrid Van Laer, publié le 07/11/2019

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