Manifestation contre les E3C à Montfort-sur-Meu, le 20 janvier 2020. © Damien MEYER / AFP

"On bloque tout" : des lycées protestent contre la réforme du bac

Des centaines d'élèves demandent le report des épreuves après les vacances scolaires.

"On bloque tout" : certains lycéens français sont contre la réforme du bac, et ils tiennent à le faire savoir. Ce lundi, plusieurs établissements de l’Hexagone étaient bloqués par des étudiants. D’après les chiffres officiels du ministère transmis à l’AFP, ce sont cinq établissements qui ont été "bloqués" où les épreuves ont dû être reportées, et "24 actions de mobilisations" qui ont été organisées.

Sacha Halgand, le vice-président du syndicat lycéen FIDL, est scolarisé en première au lycée Antoine de Saint-Exupéry à Mantes-la-Jolie. En plein blocus de son établissement ce matin, alors que les premières épreuves débutent, il nous a expliqué ses motivations et celles de ses camarades.

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Ce qui pose problème, ce sont les fameuses E3C, ces épreuves anticipées dites "communes de contrôle continu", une nouveauté de la réforme Blanquer. La somme des notes de celles-ci, qui s’échelonnent sur l’ensemble de l’année, compte pour 30 % de la note globale du baccalauréat.

Pour Sacha, le mouvement de grève des professeurs depuis plusieurs mois l’a empêché d’être bien préparé. Il assure par exemple ne pas avoir eu de cours d’anglais depuis deux mois, et ne se sent pas prêt pour l’épreuve d’anglais qui a lieu jeudi. "Ce n’est pas possible en fait. Soit il y a une coordination qui se fait entre les établissements, les professeurs et les élèves. Là ce n’est pas le cas donc nous, on bloque parce qu’on n’en peut plus", assure-t-il.

Le syndicat regrette également le système de correction des copies : "en fait, c’est nos professeurs qui vont choisir nos sujets, mais c’est pas eux qui vont corriger nos copies. Donc ils ne seront pas au courant des difficultés qu’on a pu rencontrer en classe. Donc quelque chose ne va pas."

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"On bloque tout l’accès à l’établissement, sauf pour les BTS et les étudiants en classes préparatoires", continue le vice-président du syndicat, qui assure que les lycéens qui bloquent sont déterminés à ce que la mobilisation continue jusqu’à ce que le proviseur les ait entendus. Ce qu’ils demandent ? Le report des épreuves à la semaine après les vacances de février, "pour qu’on ait le temps de réviser décemment." 

"Improvisation et précipitation"

Il n’y avait pas d’épreuve dans son lycée aujourd’hui, elles ne doivent débuter que demain. Le but de ce blocus était donc de "montrer au proviseur que s’il ne décale pas les épreuves, la mobilisation se poursuivra demain et les autres jours."

De son côté, le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a défendu sa réforme en déclarant : "le contrôle continu est pensé pour que les élèves travaillent de façon plus progressive et plus approfondie. Pour hausser leur niveau et les préparer par étapes".

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Le porte-parole du syndicat lycéen assure pour sa part que les lycéens ne combattent pas l’idée même du contrôle continu, mais souhaitent simplement pouvoir "passer les épreuves décemment" car ils ont le sentiment de ne pas avoir été suffisamment préparés. Pour beaucoup, ce n’est pas le fond de cette réforme qui pose problème, mais sa mise en place. 

De leur côté, les professeurs pointent aussi du doigt cette réforme et surtout sa mise en application. Le syndicat enseignant SNES, qui avait lancé une pétition pour faire annuler la première session d’E3C, critique notamment "l’improvisation et de la précipitation de la mise en œuvre de la réforme".

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Selon lui, "les principes élémentaires de la préparation et de l’évaluation pour des épreuves d’un examen national sont systématiquement bafoués". Il explique : "à elle seule, la banque nationale des sujets concentre tous les maux d’une réforme marquée par la désinvolture et, il faut bien le dire, une forme de mépris pour le métier d’enseignant."

Enfin, un "grand flou autour des modalités de correction" est décrié et les sujets seraient d’une "qualité souvent discutable et surtout inégale".

Par Astrid Van Laer, publié le 20/01/2020