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Mort de Gisèle Halimi, grande féministe et "avocate irrespectueuse"

Publié le

par Clothilde Bru

© MICHEL CLEMENT / AFP

L'avocate et ancienne députée est décédée au lendemain de son 93e anniversaire.

Infatigable combattante pour la cause des femmes et le droit à l’avortement, l’avocate, ancienne députée et autrice Gisèle Halimi est décédée mardi 28 juillet, au lendemain de son 93e anniversaire, a annoncé à l’AFP sa famille.

Elle "s’est éteinte dans la sérénité, à Paris", a déclaré l’un de ses trois fils, Emmanuel Faux, estimant que sa mère, qui était entourée de ses proches, avait eu "une belle vie".

Le président Emmanuel Macron lui a rendu hommage sur Twitter.

Tout comme la ministre de la Culture Roselyne Bachelot ou encore sa collègue déléguée à l’Égalité femmes-hommes Elisabeth Moreno. 

"Une immense voix s’est éteinte", a également réagi la maire de Paris Anne Hidalgo.

Née Taïeb, Gisèle Halimi voit le jour le 27 juillet 1927 à La Goulette, en Tunisie. Cette "Française de sang-mêlé", issue d’une famille modeste, intègre le barreau en 1949 après de brillantes études.

"Avocate irrespectueuse", selon le titre d’un de ses ouvrages, elle se fait connaître en 1972 lors du procès emblématique de Bobigny, où elle défend une mineure jugée pour avoir avorté à la suite d’un viol.

Elle obtient sa relaxe et parvient à mobiliser l’opinion, ouvrant la voie à la dépénalisation de l’avortement, début 1975, avec la loi Veil.

Du barreau à l’écran

Fondatrice en 1971 avec Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir de l’association pour le droit à l’avortement "Choisir la cause des femmes", elle est la même année l’une des signataires du célèbre manifeste des 343 femmes disant publiquement avoir avorté.

En 1978, lors d’un autre procès emblématique, à Aix-en-Provence, elle représente un couple de femmes violées par trois hommes, contribuant à l’adoption d’une nouvelle loi reconnaissant le viol comme un crime.

"Chère Maître, j’aimais par-dessus tout le timbre et la musique de votre voix, je suis heureuse de vous avoir dit quelle force et quelle limpidité l’un et l’autre ajoutaient à vos passions", a salué l’ancienne garde des Sceaux Christiane Taubira dans un tweet.

Élue députée de l’Isère (apparentée PS) en 1981, elle poursuit son combat à l’Assemblée nationale, cette fois-ci pour le remboursement de l’interruption volontaire de grossesse (IVG), finalement voté en 1982.

En 1998, elle fait partie de l’équipe qui crée l’organisation altermondialiste Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne).

Parallèlement à sa carrière d’avocate, elle mène une carrière d’écrivain. Parmi sa quinzaine de titres, figurent Djamila Boupacha (1962), du nom d’une militante emblématique du FLN algérien, et une œuvre plus intimiste comme Fritna, sur sa peu aimante mère (1999), "pratiquante juive totalement ignorante".

Ses combats ont été à plusieurs reprises portés à l’écran, dans des téléfilms dont Le Procès de Bobigny (2006), avec Anouk Grinberg, et Le Viol (2017), avec Clotilde Courau.

Mère de trois garçons, dont Serge Halimi, directeur du mensuel Le Monde diplomatique, elle a confié qu’elle aurait aimé avoir une fille pour "mettre à l’épreuve" son engagement féministe. "J’aurais voulu savoir si, en l’élevant, j’allais me conformer exactement à ce que j’avais revendiqué, à la fois pour moi et pour toutes les femmes", a-t-elle confié au journal Le Monde en 2011.

Dans une longue interview accordée à ce quotidien en septembre 2019, la nonagénaire s’étonnait encore que "les injustices faites aux femmes ne suscitent pas une révolte générale".

"Cela fait 70 ans que j’ai prêté serment et, si c’était à refaire, croyez-moi, je prendrais les mêmes engagements, je ferais exactement le même choix", ponctuait celle dont le cabinet était "encore ouvert" pour faire "pousser des idées".

Konbini news avec AFP

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