© Bill Oxford / Getty Images

Morbihan : la vente d'alcool interdite jusqu'au 11 mai, mais pas de n'importe quel alcool

La préfecture souhaite lutter contre l'augmentation des violences intra-familiales.

À compter de ce vendredi 17 avril et jusqu’au 11 mai 2020, la vente à emporter ainsi que la livraison de certaines boissons alcoolisées sont interdites dans le Morbihan. Le préfet du département breton a pris un arrêté en ce sens ce vendredi. Celui-ci précise que seules les boissons des groupes IV et V selon la classification du Code de santé publique sont concernées par l’arrêté préfectoral. 

En d’autres termes, le vin, la bière, le cidre et les "boissons fermentées non distillées" restent autorisés. Sont donc concernés par cet arrêté d’autres types de boissons alcoolisées, plus forts : les alcools distillés comme le whisky, le rhum ou la vodka.

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Une décision que justifie le préfet du Morbihan, Patrice Faure, par sa volonté de lutter contre les violences intrafamiliales. "Il en va de l’intégrité des individus et des familles", a-t-il expliqué. Dans une vidéo publiée sur Facebook, celui-ci a détaillé :

"Si nos enfants ont besoin d’éducation et de formation, ils ont aussi besoin d’un environnement familial apaisé. Force est de constater que le duo confinement/alcool fait mauvais ménage. C’est ainsi que les violences intrafamiliales ont malheureusement augmenté de plus de 30 % en quelques jours.

Les très nombreuses interventions des forces de l’ordre se font quasi systématiquement sur fond d’alcool. Ce n’est évidemment pas supportable d’abord pour les victimes, mais aussi pour la société."

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"Nous ne pouvons tolérer de telles violences. Les faits sont insupportables, bien trop nombreux et quasi systématiquement déclenchés par une bien trop importante alcoolisation", a enfin affirmé le préfet.

La formulation et l’argumentation de cette décision laissent entendre que les violences intrafamiliales ne pourraient pas avoir lieu avec la consommation excessive de bière, de vin ou encore de cidre. Et qui rappelle une position courante : certains alcools, en particulier le vin, ne seraient "pas comme les autres".

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"J’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du Côtes-du-Rhône"

C’est d’ailleurs exactement le sens de propos tenus par le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Didier Guillaume. En effet, l’année dernière, celui-ci avait déclaré sur BFMTV que le vin "n’était pas un alcool comme les autres", arguant :

"L’addiction à l’alcool est dramatique, et notamment dans la jeunesse, avec le phénomène du 'binge drinking'. Mais je n’ai jamais vu un jeune qui sort de boîte de nuit et qui est saoul parce qu’il a bu du Côtes-du-Rhône, du Crozes-Hermitage, du Bordeaux, jamais. Ils boivent des mélanges, de l’alcool fort."

Une position toutefois critiquée par de nombreux professionnels de santé, à commencer par l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzyn, elle-même médecin. En février 2018, cette dernière avait rappelé les méfaits de tous les alcools, déclarant : 

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"L’industrie du vin laisse croire aujourd’hui que le vin est différent des autres alcools. En termes de santé publique, c’est exactement la même chose de boire du vin, de la bière, de la vodka, du whisky, il y a zéro différence !"

L’ex-ministre avait alors été soutenue dans une tribune parue dans Le Figaro et co-signée par plusieurs professionnels de santé parmi lesquels l’addictologue Michel Reynaud. Ceux-ci rappelaient que "le vin représente près de 60 % de la consommation d’alcool" en France et que "l’alcool, notamment le vin, est à la source de violences familiales, conjugales et de violences sur la voie publique", assurant :

"Loin de diaboliser le vin, il convient de porter à la connaissance du public les évidences scientifiques. Ainsi, les effets sur la santé ne dépendent pas du type d’alcool, que ce soit du vin, des spiritueux ou de la bière ; ce qui compte, en termes de toxicité, c’est la quantité d’alcool bue."

Fin mars, le préfet de l’Aisne Ziad Khoury avait pris une mesure similaire à celle de la préfecture bretonne, mais qui allait plus loin encore puisque le vin, la bière et le champagne étaient eux concernés par l’interdiction. Néanmoins, il avait rapidement fait machine arrière et renoncé le soir même.

Par Astrid Van Laer, publié le 17/04/2020