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Mobilisée à l’hôpital, cette étudiante en médecine aimerait gagner plus de 130 euros

Hélène n’est pas concernée par les primes annoncées par le gouvernement et regrette un manque de reconnaissance.

Comme beaucoup d’étudiants en médecine, Hélène Hubert s’est portée volontaire pour faire partie de la réserve sanitaire dès le début de l’épidémie. L’étudiante de 23 ans travaille depuis début avril dans l’unité Covid-19 de l’hôpital Hautepierre de Strasbourg pour assister les aides-soignants et les infirmiers.

"On fait le même travail qu’une aide-soignante, en ajoutant qu’on a des formations qui nous permettent de faire des prises de sang et quelques gestes infirmiers. On est à mi-chemin entre l’aide-soignant et l’infirmier", explique Hélène.

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130 euros brut

C’est ce qu’Hélène devrait recevoir pour le service rendu à l’hôpital ce mois-ci. Cette somme, tous les étudiants en quatrième année de médecine la perçoivent chaque mois. Elle monte à 251 euros pour un étudiant en cinquième année et à 281 euros pour un étudiant en sixième année. Ils sont appelés les "externes" et alternent entre périodes de stage et études.

"Ça me semblait normal d’aller prêter main-forte, explique Hélène. Au début, on ne pensait pas à la rémunération. On a commencé à y penser quand on s’est rendu compte qu’on fait plus de 20 heures par semaine et qu’on travaille de nuit, comme exactement le reste de l’équipe qui est en poste."

"Et puis surtout, l’État commençait à parler de primes pour les autres en nous oubliant un peu. On commençait à se sentir un peu lésé en se disant : 'Pourquoi nous, on ne nous valorise pas pour le risque que l’on prend au même titre que les autres ?", ajoute-t-elle.

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Alors il y a deux semaines, Hélène et d’autres étudiants ont voulu faire un "blocus" dans leur hôpital. "On a annoncé à la direction des affaires médicales de l’hôpital qu’à partir du 15 avril, il n’y aurait plus d’externes en service."

Finalement, les étudiants n’en viendront pas jusque-là. "Ça ne nous intéressait pas de prouver notre valeur à l’hôpital en abandonnant l’équipe qui avait besoin de nous, surtout dans ce moment de crise, convient Hélène. Ça s’est débloqué au niveau des administrations. La discussion a commencé à être entamée au niveau de notre rémunération."

"Cette crise révèle le problème de fond : la rémunération des externes"

"On a travaillé avec les élus locaux des facs et les doyens pour que ces étudiants bénéficient d’un contrat de vacation", détaille Sébastien Villard, vice-président de l’Association nationale des Étudiants en médecine de France (ANEMF). En d’autres termes, Hélène pourrait finalement recevoir un salaire "au-dessus du smic". "Normalement, c’est en bonne voie. Mais tant qu’il n’y a pas les contrats, je ne peux pas crier victoire", admet Sébastien.

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Pour l’obtention d’une prime, les discussions sont toujours en cours. "Édouard Philippe a annoncé des primes au personnel hospitalier de 500 à 1 500 euros. Nous, on demande que les étudiants en médecine de quatrième, cinquième et sixième années puissent bénéficier de cette prime, au même titre que les soignants", explique Sébastien.

"Cette crise révèle le problème de fond, qui est la rémunération actuelle des externes : 1,29 euro brut de l’heure en quatrième année", indique l’étudiant à la faculté de médecine de Rouen. Un stage dans l’enseignement supérieur est aujourd’hui rémunéré 3,90 euros de l’heure. "Pourquoi cette dichotomie entre les étudiants ?, s’interroge Sébastien. On veut que ça change dès la rentrée 2020 et que les externes puissent avoir une rémunération de stage au moins égale à celle des autres étudiants de l’enseignement supérieur."

"C’est vrai qu’on vit dans des situations précaires où nos droits ne sont pas toujours respectés, ajoute Hélène. On n’a pas toujours de vestiaires attitrés et on finit par devoir se changer un peu n’importe comment. Le temps de travail, je n’en parle même pas… En tant qu’étudiant, on sait ce qu’on doit à l’hôpital en qualité de formation. Mais ce n’est pas pour ça que l’hôpital ne nous doit rien. Et il a tendance à l’oublier un peu parfois."

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Par Hugo Coignard, publié le 24/04/2020