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Mineurs isolés, "voleurs, assassins, violeurs" pour Zemmour : SOS Racisme porte plainte

Publié le

par Astrid Van Laer

© Sameer Al-Doumy / AFP

Le parquet de Paris a ouvert une enquête.

C’est, pour SOS Racisme, "une scène hallucinante" qui a eu lieu hier sur le plateau de l’émission Face à l’info diffusée sur CNews. Mercredi, lors d’un débat au sujet des mineurs isolés en France et de l’identité de l’auteur de l’attentat perpétré près des anciens locaux de Charlie Hebdo, Éric Zemmour l’a en premier lieu présenté comme étant "l’archétype de ce qu’on appelle les mineurs isolés". "Ce jeune homme est absolument emblématique de ce qu’il nous arrive", a-t-il assuré.

Et Éric Zemmour, qui martèle que "la France paye pour son invasion", de tenir les propos suivants : "Ces gens-là nous coûtent de l’argent et, en plus, sont pour la plupart des délinquants, des voleurs etc. venus du Maroc, du Pakistan et de la Tchétchénie." "Les jeunes issus de l’immigration […] sont tous des voleurs, ils sont tous des assassins, ils sont tous des violeurs", a-t-il également soutenu.

"Ils n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont", continue-t-il. Avant de renchérir : "Il faut les renvoyer, il ne faut même pas qu’ils viennent, et si pour cela il faut sortir de la Convention européenne des droits de l’homme, qui est l’origine du mal […], il en faudra sortir." Et le polémiste de poursuivre :

"Vous vous pensez à ces enfants qui sont en souffrance, moi je pense aux femmes qui sont violées par ces gens-là, qui sont assassinées par ces gens-là, aux Français qui sont brutalisés et traumatisés par ces gamins-là. Il faut arrêter ça. Il faut penser aux Français avant les autres."

À la présentatrice Christine Kelly, qui lui rétorquait que "tous les mineurs isolés ne sont pas forcément des violeurs", il a répondu :

"Tous les mineurs isolés, vous avez raison, ne sont pas des voleurs et des violeurs. Mais la responsabilité de la France et du gouvernement, c’est de ne pas prendre le risque. Et donc, tant qu’il y en aura un, il ne faut pas les laisser rentrer parce que ça veut dire un voleur, un violeur, un assassin [potentiel] qui persécute les Français."

"Ces propos vous appartiennent, ce n’est pas CNews", lui répond Christine Kelly, à qui il rétorque : "La responsabilité du gouvernement, ce n’est pas l’humanisme pour les étrangers, c’est la protection des Français." Puis de maintenir : "Vous avez raison, tous les mineurs isolés ne sont pas des voleurs, des violeurs, des assassins, mais je vous répète : comme il y en a beaucoup qui le deviennent, et bien il faut protéger les Français."

 "Je prends toujours la responsabilité de mes propos vous savez, ça me coûte parfois cher", a-t-il également affirmé.

"Ni un fait ni une opinion, c’est un mensonge"

Très rapidement, les critiques ont fusé sur les réseaux sociaux et plusieurs personnalités politiques ont pris la parole. Élisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances, a réagi en évoquant une "sortie abjecte et raciste".

Elle a expliqué avoir demandé à la Délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT de saisir le procureur de la République.

Marlène Schiappa a elle aussi commenté les propos d’Éric Zemmour, les qualifiant de "stupides et incohérents" :

"Dire que TOUS les enfants migrants sont des assassins n’est ni un fait ni une opinion, c’est un mensonge.

Dire qu’AUCUN ne devrait être accueilli en France quand on prétend défendre les minorités religieuses persécutées dans le monde, c’est stupide et incohérent."

Face aux multiples appels à boycotter la chaîne d’information en continu sur les réseaux sociaux et aux critiques estimant que Christine Kelly n’apportait pas assez de contradictions au polémiste, la journaliste, accusée d’offrir une tribune au racisme, a seulement posté le message suivant : "Combattre sans débattre. Si simple. Si facile. Si triste."

"Un espace quasi quotidien de déversement de haine"

Dans un communiqué, SOS Racisme, qui a qualifié cette séquence de "scène hallucinante", a annoncé son intention de déposer plainte "dès aujourd’hui". L’association a également saisi le CSA "afin que soient prises des sanctions à la hauteur de la gravité des propos tenus". Elle poursuit :

"L’association a également demandé au CSA que, au-delà du cas de Zemmour, soit étudiée avec sérieux la responsabilité de CNews, une chaîne qui, pour des raisons mercantiles et potentiellement idéologiques, a choisi de mettre à disposition d’un ultra-raciste un espace quasi quotidien de déversement de haine."

Il y a moins d’une semaine, Éric Zemmour était condamné par le tribunal de Paris à payer 10 000 euros d’amende pour injure et provocation à la haine. À ce sujet, Dominique Sopo, le président de SOS Racisme, qui s’était constitué partie civile, déclare :  

"Lors du procès […], j’avais qualifié Éric Zemmour de 'Dieudonné des chaînes d’info'. Ce sinistre individu montre que ce qualificatif lui est parfaitement adapté car nous entrons dans une même logique de la haine croissante et de propos tenus de façon de plus en plus obsessionnelle."

Le parquet de Paris a annoncé à l’AFP avoir ouvert une enquête pour "provocation à la haine raciale" et "injures publiques à caractère raciste".

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