© CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Militaires de Sentinelle mobilisés ce samedi : l’incompréhension règne

Depuis que le gouverneur militaire de Paris a évoqué la possibilité qu'ils "ouvrent le feu", les critiques fusent de toutes parts.

La mise à contribution de l’armée lors des manifestations de gilets jaunes samedi continuait à susciter l’indignation après des déclarations du gouverneur militaire de Paris évoquant la possibilité pour les soldats d'"ouvrir le feu".

L’annonce mercredi par le gouvernement de la mobilisation des militaires de l’opération antiterroriste Sentinelle dans le cadre des manifestations de gilets jaunes avait déjà déclenché une polémique, l’opposition dénonçant un mélange des genres.

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Le gouvernement a tenté depuis d’expliquer que les soldats ne seraient pas appelés à faire du maintien de l’ordre et ne seraient en aucun cas au contact des manifestants. Mais des propos du gouverneur militaire de Paris, le général Bruno Leray, ont à nouveau déchaîné les critiques.

"Les consignes sont extrêmement précises. Ils ont différents moyens d’action pour faire face à toute menace. Ça peut aller jusqu’à l’ouverture du feu", a déclaré vendredi le général sur France Info, soulignant que les militaires intervenaient "très régulièrement sur tout type d’incident, de nature terroriste ou pas".

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"Les soldats donnent des sommations. Ils sont à même d’apprécier la nature de la menace et d’y répondre de manière proportionnée", a-t-il poursuivi.

La polémique enfle depuis ce matin

"En 2017, Emmanuel Macron promettait d’apaiser la France, en 2019, il mobilise la force Sentinelle, sans en avertir le chef d’état-major des Armées, et laisse entendre que les militaires pourraient tirer sur les manifestants. Le macronisme fracture et abîme la France", a réagi le député LR Éric Ciotti sur Twitter.

"Mars 2019 : la France en est là et monsieur Macron est son président", a de son côté écrit le député RN Louis Aliot.

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Avant même l’interview du gouverneur militaire, le chef de file de La France insoumise Jean-Luc Mélenchon avait demandé "solennellement" vendredi au Premier ministre Édouard Philippe de venir s’expliquer devant l’Assemblée nationale sur la mobilisation de l’armée, fustigeant "une déclaration aussi aventureuse que périlleuse".

De leur côté, deux avocats William Bourdon et Vincent Brengarth, ont écrit au Défenseur des droits, Jacques Toubon, pour lui demander d’obtenir des "garanties" du gouvernement "pour éviter tout risque". "Nous ne pouvons imaginer ce qu’il adviendrait si un bâtiment était effectivement sous la menace et si un militaire était requis d’intervenir", anticipent-ils dans leur courrier.

Certains militaires eux-mêmes ont exprimé des inquiétudes, témoignant pour France Info : "on n’a rien à faire dans ces histoires de 'gilets jaunes'". L’un d’entre eux, qui patrouille depuis 14 mois pour Sentinelle, explique : "on ne sait pas faire du maintien de l’ordre". Un autre s’inquiète de la symbolique :

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"C’est absurde, c’est du n’importe quoi. On n’est pas préparé à ça. Nous, en termes techniques, on lutte contre un ennemi. Et l’ennemi ne peut pas être la population, ce n’est pas possible. C’est la situation dans laquelle on essaie de mettre les militaires aujourd’hui."

"Alléger les policiers et gendarmes"

Il "n’est dans l’idée de personne de mettre les militaires en face des manifestants", a répété dans un entretien au Parisien vendredi la ministre des Armées, Florence Parly, tentant de calmer le jeu. La participation des soldats de Sentinelle permet simplement "d’alléger les policiers et les gendarmes d’un certain nombre de tâches qu’ils accomplissent communément dans la lutte contre le terrorisme", a-t-elle ajouté.

"Il s’agit de leur permettre de faire ce qu’ils sont les seuls à pouvoir faire : le maintien de l’ordre public", a poursuivi la ministre. "L’idée est donc de remplacer ponctuellement policiers et gendarmes sur des tâches que l’opération Sentinelle peut accomplir", a-t-elle expliqué.

L’opération Sentinelle mobilise 7 000 soldats en France. Les soldats protègent des sites religieux, les synagogues, mosquées et églises étant des lieux particulièrement exposés au risque terroriste, ou des très fréquentés comme les lieux touristiques ou les gares. Ils sont présents de manière quasi permanente à certains endroits, comme les aéroports ou les musées.

Konbini avec AFP

Par Astrid Van Laer, publié le 22/03/2019

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