© EMMANUEL FOUDROT / POOL / AFP

Macron versus 1 000 jeunes : heureusement qu’Estelle était là

Ce jeudi, c’était au tour des jeunes de débattre avec le président.

"Tu fais les choses dans le bon ordre et le jour où tu veux faire la révolution, tu apprends d’abord à avoir un diplôme et à te nourrir toi-même" : à quelques minutes de la rencontre d’Emmanuel Macron avec les jeunes, ces remontrances faites à un adolescent qui lui avait demandé devant les caméras "ça va Manu ?", résonnaient plus que jamais.

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Car beaucoup auraient pu rétorquer au chef de l’État aujourd’hui qu’avec Parcoursup et la réforme de la sélection à l’université, il leur sera très compliqué d’être diplômé. Ou bien que la baisse des APL leur donne quelques difficultés supplémentaires à se nourrir eux-mêmes. Mais aucun d’entre eux ne l’a fait – ou pas vraiment.

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Le président rencontrait cet après-midi un millier de jeunes – lycéens, apprentis, étudiants, volontaires en service civique – dans un gymnase d’Étang-sur-Arroux, en Saône-et-Loire, pour tenter de les réintéresser au grand débat national. Lors de son propos d’introduction, il leur a assuré : "C’est votre monde qu’on prépare."

L’enjeu était bel et bien de taille car nombreux ont été les lycéens et les étudiants à avoir rejoint la mobilisation générale et le mouvement de protestation de la fin d’année dernière. Ils avaient demandé, pour les premiers, une "révolte générale", et souhaitaient une "rentrée explosive", pour les seconds.

Ils sont pourtant bien loin d’être acquis au débat politique. Avec un jeune de moins de 25 ans sur cinq au chômage, le sujet mérite plus que jamais d’être remis sur la table. Selon l’Insee, moins d’un jeune sur cinq a voté à tous les tours des élections en 2017 : un chiffre qui doit, à l’approche des élections européennes, inquiéter la majorité.

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Surtout lorsque l’on sait que lors de la dernière élection présidentielle, les jeunes âgés de 18 à 24 ans ont préféré au candidat d’En marche, qui avait recueilli 18 % de leurs voix, ses concurrents de la France insoumise et du Rassemblement national, qui avaient respectivement récolté 30 et 21 % des suffrages.

Une rencontre millimétrée

Mais on a été très déçus. Dans un appel à témoin concernant la mise en place de Parcoursup l’année dernière, Konbini news avait récolté les témoignages de dizaines et dizaines de lycéens désabusés, qu’on n’a pas vraiment retrouvé dans ce débat. Parmi ces témoignages, on peut citer Margaux, une jeune fille pleine de désillusions. "J’ai soutenu le président au début. Mais sa ministre [Frédérique Vidal, ndlr] et lui nous ont complètement bernés", se désolait-elle, qualifiant Parcoursup de "cauchemar".

Dans cet échange, fréquemment ponctué de remerciements - "merci pour votre question", "merci de nous écouter M. le président" - un jeune garçon a même offert un produit régional au président. Un autre l’a charié sur le club de foot qu’il supporte. Pour le reste, les questions posées, malgré la sincérité de ceux qui les ont formulées, n’ont pas vraiment reflété l’insécurité et la colère de beaucoup de jeunes Français.

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Les interrogations qui se sont succédées – hormis des échanges concernant le modèle agricole français, le RIC, la suppression de l’ISF, la transition énergétique, le Brexit ou l’apprentissage – ont été pour beaucoup des questions concernant des cas très particuliers, voire des témoignages. Il y eut également quelques questions très rhétoriques – comme lorsqu’il lui a été demandé "ce qu’il pensait" du harcèlement scolaire ou de la difficulté à finir les fins de mois. Pour les autres, on a relevé en particulier un jeune demandant pratiquement au président de le former à développer son esprit critique pour débusquer les fausses informations.

En outre, l’équilibre du temps de parole a rapidement changé. Au départ, le rythme était le suivant : la question d’un ou d’une jeune, suivie de la réponse d’Emmanuel Macron, complétée par le propos d’un ministre ou d’un secrétaire d’État. Mais très vite, le format, justifié par un souci de temps, est devenu le suivant : quatre ou cinq questions à rallonge, qu’on oublie donc rapidement, posées à la chaîne ; le tout suivi d’une réponse du chef de l'État, plus ou moins longue selon son gré, permettant ainsi d’éclipser certaines questions, ou du moins d’y répondre de manière incomplète.

On notera toutefois un moment de grâce avec l’interpellation par la jeune Estelle d’Emmanuel Macron au sujet de l’autisme. La jeune femme, dans une prise de parole décomplexée et positive, a reçu des applaudissements de toute la salle en demandant une meilleure appréhension, connaissance et prise en charge de l’autisme en France, afin de permettre une meilleure inclusion de ces personnes dans la société.

Par Astrid Van Laer, publié le 07/02/2019

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