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"Lycée abandonné" : le cri d'alerte de professeurs dans l'Oise après des débordements

Publié le

par Astrid Van Laer

À gauche : © Capture d’écran Twitter / À droite : Les membres du personnel d’André Malraux, devant l’établissement de Montataire. © DR

Feux volontaires, dégradations, projectiles : ils se mobilisent et demandent plus de moyens pour prévenir les violences.

Des évènements, qualifiés de "violents et intolérables" par ceux qui les ont vécus, sont survenus la semaine dernière au lycée André Malraux à Montataire, dans l’Oise. Tout a commencé le 5 novembre dernier, vers 10 heures du matin, quand, à l’heure de récréation, il y a eu des "départs de feux volontaires" dans deux des toilettes de l’établissement.

Ces derniers ont été éteints par le personnel du lycée et ont donné lieu à une évacuation de l’ensemble des élèves présents dans l’enceinte du lycée. Mais ce n’est pas tout, dans une pétition, mise en ligne sous le nom "Lycée André Malraux : plus de moyens pour un établissement plus serein" et qui, à cette heure, compte plus de 710 signataires, les professeurs relatent "une dégradation des locaux, des voitures endommagées, des jets de projectiles" mais aussi des "agressions physiques et verbales d’élèves" et des "menaces envers les enseignants".

Le tout provoquant "des mouvements de panique" ainsi que "des malaises, des crises de spasmophilie et un cas de détresse respiratoire". Alexis Moulaï, professeur de philosophie au lycée André Malraux, joint par téléphone, évoque une "journée très angoissante". "Les responsables sont un groupe de jeunes portant masques, capuches et habillés presque tout en noir", rapportent les membres de l’équipe éducative du lycée.

D’après Alexis Moulaï, les responsables ne sont pas tous scolarisés dans l’établissement. Sur les réseaux sociaux, des images des évènements ont rapidement circulé :

"Lycée abandonné, épuisant et épuisé"

Interrogée par France 3 alors qu’elle venait récupérer son fils scolarisé à André Malraux, une parent d’élève expliquait, choquée, ne "plus avoir envie de mettre [son] fils à l’école". Et pour cause : ce n’est pas la première fois que de tels faits de violence sont observés dans ce lycée. "C’est la troisième année consécutive que cette situation déplorable se reproduit, malgré nos cris d’alarme", regrette le personnel du lycée.

"Ce qu’il s’est passé n’est pas du tout lié au contexte de crise sanitaire", assure le professeur de philosophie à Konbini news, avant de poursuivre : "Ce sont des élèves qui sont dans un tel état de délabrement psychologique qu’ils ne sont pas en état de former des revendications." Et d’ajouter :

"Ils ont une rage aveugle envers l’institution, ils la haïssent terriblement et veulent faire du bruit sur les réseaux sociaux.

Mais quand on veut brûler un lycée, c’est une pulsion. Ce sont des élèves qui devraient être pris en charge par des éducateurs. Je n’excuse pas : comprendre n’est pas excuser."

"Lycée abandonné, épuisant et épuisé, peu sécurisé" : le constat de ceux qui se rendent chaque matin au lycée André Malraux pour y enseigner est peu reluisant. "La sécurité de l’ensemble des personnels et des élèves est gravement remise en cause lors de ces embrasements, mais l’est aussi au quotidien dans l’exercice de nos fonctions diverses", regrettent-ils.

C’est pourquoi ces derniers, qui ont fait valoir leur droit de retrait hier et aujourd’hui, se mobilisent pour alerter l’opinion publique, obtenir des moyens pour prévenir la violence et faire que leur lieu de travail "redevienne propice aux apprentissages". Et le personnel enseignant d’arguer :

"En encadrant davantage nos élèves, nous réduirons les risques de décrochage scolaire et les violences potentielles qui peuvent en découler."

"Des moyens humains et financiers adaptés"

Les membres du personnel d’André Malraux, devant l’établissement de Montataire. © DR

Et Alexis Moulaï le martèle : "On manque de CPE, on manque de surveillants, on manque de moyens. Pourtant, nous sommes un bon lycée de ZEP, mais on manque cruellement de leviers nous permettant de prévenir la violence en amont." "Ce n’est pas que la sécurité qui importe ici", poursuit-il, ajoutant :

"L’Éducation nationale compte sur l’abnégation des professeurs : on charge les classes, on recrute moins de professeurs, on a perdu la prime ZEP et les dédoublements de classe. Évidemment qu’avec tout cela, on a des problèmes et une violence au quotidien.

On en a marre des rustines et des éléments de langage, on veut des moyens humains, des solutions de long terme qui s’attaquent véritablement aux problèmes structurels afin de réinstaurer l’éducation prioritaire."

Pour ce faire, les revendications des professeurs, réclamées "de manière urgente", sont multiples. En premier lieu, "que le rectorat [les] aide à retrouver des moyens humains et financiers adaptés" et pour cela, instaurer "davantage d’heures afin d’enseigner avec des effectifs réduits pour retrouver un enseignement de qualité" ou encore mettre en place "un service social qui retrouve un temps décent et adapté pour répondre aux besoins des élèves".

En outre, ces professeurs à bout de souffle, qui se sont regroupés devant la façade du lycée avec des pancartes avec des messages tels que "SOS lycée en détresse, Malraux au bout du rouleau", demandent "que la région [leur] permette d’avoir les moyens matériels et humains nécessaires à l’exercice de leurs métiers". Pour cela, notamment, ils réclament l’installation "de nouvelles clôtures évitant des franchissements trop faciles" et de "caméras de sécurité fonctionnelles".

Pour l’heure, ils regrettent une réponse inadaptée aux difficultés qu’ils rencontrent : "Les services du rectorat de l’académie d’Amiens ne nous ont offert que des remerciements et une cellule d’écoute qui ne peuvent avoir d’effets structurels efficaces." Le président de la région, Xavier Bertrand, s’est pour sa part rendu sur place hier. "C’est en cours", indique Alexis Moulaï, qui précise qu’une rencontre est prévue jeudi avec le recteur.

Et le rectorat devrait avoir du pain sur la planche car Montataire n’est malheureusement pas un cas isolé. Non loin de cette commune des Hauts-de-France, à Compiègne, des violences se sont également déroulées hier au lycée Mireille-Grenet, donnant lieu à quatre interpellations.

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